19 avril 1943 : le ghetto de Varsovie entre en guerre contre l’Allemagne

Voici 70 ans, une poignée de combattants juifs se révoltèrent contre les nazis et leur firent face durant près d’un mois. Un combat sans espoir dans une situation désespérée. Et une victoire pourtant

Ils étaient 220. Ou 450. Ou 800, les témoignages varient. Mais tous ces Juifs du ghetto de Varsovie avaient choisi une nouvelle manière de mourir. Pourtant, depuis la création du ghetto, en novembre 1940,  ce n’étaient pas les façons de périr qui manquaient.

D’abord, il y avait la faim, omniprésente depuis trois ans, quand les Allemands avaient mis en place le dernier mur de 3m de haut qui transformait le centre de la capitale polonaise en un mouroir pour  400.000 Juifs.

La ration quotidienne fournie par l’occupant était de 200 calories (il en faut, au minimum, 2.000 à un adulte).  Il y avait le gel aussi: durant l’hiver polonais, la température tombe à -15° et, faute de charbon, le ghetto n’était pas chauffé.

On mourrait de froid dans les maisons comme dans les rues.  Sans oublier les épidémies, surtout le typhus : inévitables avec 15 personnes entassées par pièce. Durant l’année 1941, 43.000 personnes en étaient mortes. 1/10 de la population juive.

Si on échappait à tout cela, on pouvait aussi être abattu par les Nazis en tentant de ramener quelque nourriture de l’extérieur du ghetto. Ou, au hasard d’une rue en tombant sur des SS en vadrouille.

D’autres choisissaient le suicide, comme finit par le faire Adam Czerniakow, le président  du « Judenrat », ce « Conseil juif » que les Allemands avaient chargé d’administre le ghetto à leur place.

A l’instar de nombre de dirigeants juifs en Europe occupée, Czerniakow avait cru  atténuer les souffrances de son peuple en les lui infligeant lui-même. Ce n’est qu’en juillet 42, lorsque débuta « la grande déportation », qu’il comprit l’inanité de sa démarche et mit fin à ses jours**.

Car, à cette date, les nazis avaient commencé à déporter les Juifs : en 2 mois, 300.000 d’entre eux furent envoyé dans les chambres à gaz du camp de Treblinka. Début 1943, il en restait 25.000 dans le ghetto.

Chiffre officiel. 25.000 autres s’étaient terrés dans des cachettes.  Et parmi eux, il y eut donc ces  220 (ou 450 ou 800)  hommes et femmes qui choisirent de mourir en combattant. Qui étaient-ils ? Des jeunes : la majorité avaient moins de 20 ans, leurs dirigeants moins de 30.

Comme toujours chez les Juifs, même en de telles circonstances, ils étaient divisés. La majorité venaient de l’Union Militaire Juive  (?ydowski Zwi?zek Wojskowy) proche du Betar, la droite sioniste juive.

Le précédent de Stalingrad

Les autres étaient membres de l’Organisation Juive de Combat (Zydowska Organizacja Bojowa) composée de sionistes de gauche et de membres du Bund **. Tous étaient sans espoir. Que pouvaient-ils contre l’armée qui avait conquis une bonne partie de l’Europe ?

Ils n’espéraient d’aide de personne. Ni tenir plus de quelques jours. Et pas davantage en sortir en vie. Seulement mourir debout. Pour se battre, ils n’avaient que des quelques dizaines de pistolets et des grenades.

C’était tout ce qu’avait pu –ou voulu- leur fournir « l’Armée de l’Intérieur » (Armia Krajowa), la résistance polonaise. C’est avec cela et des « cocktail molotov » maison qu’ils entrèrent en guerre contre l’Allemagne.

Cela commença le 19 avril 1943, lorsque, afin d’y reprendre les déportations, les nazis firent entrer dans le ghetto 800 SS, accompagnés de leurs fidèles auxiliaires baltes et ukrainiens. Non sans de lourdes pertes, les Juifs les firent fuir en désordre.

Ce n’était qu’une escarmouche et les Allemands auraient pu la traiter par le mépris. Mais, leurs dirigeants, Heinrich Himmler en tête, ne pouvaient supporter d’avoir dû battre en retraite.

C’est que, trois mois auparavant, il y avait eu le précédent de Stalingrad.: 380.000  Allemands tués et 91.000 capturés. Et à présent les Juifs… Himmler ordonna au général SS Jürgen Stroop de « liquider le ghetto ». Celui-ci s’en donna les moyens.

Il déploya plus de 2.000 hommes, appuyés par des blindés et de l’artillerie. Armés de lance-flammes, de dynamite et de gaz asphyxiants, les Waffen SS détruisirent le ghetto maison par maison.

Mais, avec une résolution farouche, les Juifs résistèrent près d’un mois, jusqu’au 16 mai. Ce jour là, Stroop fit sauter la Grande Synagogue et pu enfin annoncer à ses maîtres que « le ci-devant quartier juif de Varsovie » n’existait plus. 7.000 Juifs étaient tombés durant les combats.

Les pertes allemandes s’élevèrent à 16 tués et 85 blessés. 80 combattants avaient réussi à fuir par les égouts. En juillet 43, il n’y avait plus de ghetto à Varsovie : les nazis avaient déportés les 42.000 Juifs qui y survivaient encore

Les Allemands avaient gagné la bataille mais perdu à jamais « la guerre de l’image » comme on ne disait pas encore : plus jamais, ils ne pourraient se dire invincibles. Et jamais plus, ils ne pourraient prétendre  que les Juifs étaient une « race inférieure ».

« Les plus désespérés sont les combats les plus beaux/ Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots »*

* Si peu des collaborateurs juifs du génocide eurent un tel sursaut d’honneur, d’autres personnalités sacrifièrent leur vie pour de bien plus honorables raisons. Comme le docteur et pédagogue  Janusz Korczak qui fit le choix d’accompagner jusqu’à la mort les orphelins dont il était responsable

Ou Samuel Zygielbojm, dirigeant du Bund et membre du gouvernement polonais à Londres qui se défenestra le 12 mai 1943 afin de protester contre l’indifférence des Alliés vis-à-vis de son peuple

** Le Bund est un mouvement socialiste pour qui les Juifs ne doivent posséder un territoire spécifique mais disposer d’une « autonomie culturelle» dans les pays où ils résident.

***Paraphrase d’Alfred de Musset (« Nuit de mai »)

 

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