2016, année du dialogue interculturel

Très investi dans le dialogue interreligieux, le rabbin anversois Aaron Malinsky souhaite créer une émission tv interculturelle pour déconstruire les stéréotypes et les préjugés concernant les minorités religieuses en Flandre.

5…4…3…2…1…, BONNE ANNÉE ! Rares auront été les années dont l’égrenage des dernières secondes fut accueilli avec un tel soulagement collectif. 2015 est à marquer dans le grand livre de l’histoire en lettres noires. Noir pour le deuil d’innocents tombés sous les tirs, noir comme les espoirs envolés de ces milliers de réfugiés avalés par la mer en espérant trouver une terre où ils pourraient regarder l’avenir avec confiance, loin des persécutions. Si cette année nous avons successivement été Charlie, Garissa, Tunis, Sanaa, Bangkok, Ankara, Beyrouth ou encore Paris, nous avons surtout été spectateurs d’un déferlement de haine.

Face à ce déferlement nous devons faire obstacle. Non pas par le repli sur soi et l’augmentation de la suspicion et du rejet à l’égard de nos concitoyens musulmans, ingrédients du succès actuel de la droite populiste, mais par un sursaut citoyen. Ce sursaut passe indubitablement par une ouverture aux autres cultures qui font la richesse de nos sociétés occidentales. Le réflexe du repli identitaire est la solution qui peut apparaître comme salvatrice dans un monde semblant hostile, la réalité est cependant fort différente. L’entre soi confortable débouche inexorablement sur la construction de barricades entre nous et eux qui, à son tour, nourrit les préjugés ; le rejet n’en finit plus de monter des deux côtés : alors que les uns rejettent, les autres se sentent rejetés. Cet engrenage maudit, qui dresse nos populations les unes contre les autres, doit être brisé. Les initiatives de dialogue interculturel peuvent grandement y contribuer. A cet égard, saluons l’initiative de l’échevine molenbeekoise, Sarah Turine, qui a invité le 17 décembre dernier des chorales juive, musulmane et chrétienne à célébrer la fête de Noël ensemble.

Le 20 novembre dernier, je vous avais fait part dans mon billet « Le rabbin Malinsky, l’homme le plus intelligent du monde ? » de ma consternation concernant l’humour plus que douteux de l’émission De Slimste Mens à l’encontre du candidat-rabbin Malinsky. Je ponctuais l’article en évoquant le rôle indispensable que les médias se devaient de jouer en ce qui concerne le renforcement de la cohésion sociale et la déconstruction des stéréotypes. Désormais, Aaron Malinsky, fort de son expérience télévisée et de son nouveau statut de personnalité médiatique du nord du pays, a décidé de s’atteler à cette tâche en proposant la création d’une émission interculturelle/interconfessionnelle. Il faut dire que, depuis plus de dix ans, l’Anversois a fait du dialogue interreligieux un de ses chevaux de bataille, lançant un « trialogue » avec ses compagnons de route le prêtre Rik Hoet et l’imam Jamal Maftouhi. A l’origine de cette rencontre, l’assassinat de Mohamed Achrak, un enseignant musulman, à Borgerhout en 2003 qui avait échauffé les esprits dans la métropole. Depuis, les trois compères ont participé à des dizaines de débats, ainsi que co-publié un livre « Trialoog, hoopvolle stemmen voor een angstige tijd » en 2005.

Aujourd’hui, Aaron Malinsky souhaite médiatiser plus largement son combat en mobilisant l’effet multiplicateur de la télévision pour y lancer une nouvelle émission en compagnie d’Adil El Arbi, le co-réalisateur du film Black, de l’acteur Kamal Kharmach et de la jeune présentatrice Danira Boukhriss. Le rabbin a annoncé aux médias flamands que le projet était en pleine réflexion et que la présentation de la mouture définitive se ferait dans le courant du mois de janvier. Le lancement d’une telle émission dans le paysage médiatique flamand pourrait faire beaucoup de bien aux rapports judéo-musulmans, mais également donner plus de visibilité aux communautés juives et musulmanes, loin des stéréotypes habituels.

Puisse 2016 rester dans les annales comme l’année qui consacre le dialogue interculturel. Lui seul peut lutter efficacement contre la peur, cette mauvaise conseillère. La liberté et l’ouverture d’esprit peuvent certes être considérées comme le talon d’Achille de nos démocraties occidentales, mais elles sont également les valeurs fondamentales sans lesquelles nous ne vaudrions pas mieux que les régimes autoritaires que nous décrions. Pour que ce vœu salutaire ne demeure pas qu’une promesse en l’air – sur le papier – je m’engage en ce qui me concerne à faire découvrir le patrimoine culturel juif aux personnes qui le désirent, en ouvrant ma table de fête à ceux et celles qui le souhaitent. J’espère que, comme moi, pour tourner définitivement la page de 2015, vous deviendrez acteur du sursaut citoyen plutôt que spectateur apeuré d’un monde en crise.

 

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