Créé en 1965 par une équipe de militants enthousiastes pour se faire l’écho des combats et activités du CCLJ, Regards s’est progressivement imposé comme un journal couvrant également l’actualité juive et israélienne. Bien que des évolutions soient intervenues avec les années, Regards demeure une expérience originale d’un journal juif engagé politiquement et ouvert sur le monde.
Le développement de Regards est dès sa création lié au destin du CCLJ. Pour diffuser ses idées et porter sa programmation culturelle, le CCLJ a besoin d’un organe d’expression. Un journal apparaît comme le seul support disponible et pertinent pour une jeune organisation juive créée en 1959. « Toujours poussé par le besoin d’avancer, de progresser, le CCLJ a senti le besoin d’agir sur les événements », soulignait David Susskind, fondateur et ancien président du CCLJ, à l’occasion des dix ans de Regards en 1975. « Nous avons donc décidé de créer un journal digne de ce nom, c’est-à-dire sortir de cette atmosphère de mouvement de jeunesse dont nous étions presque tous issus ».
L’aventure Regards commence en novembre 1965. Après avoir songé à un titre de type « la voix du CCLJ », c’est finalement sur Regards que les militants du CCLJ tomberont d’accord : « Regards, parce que ce mot permet tout : des regards sur notre communauté comme des regards sur le monde juif, des regards discrets et indiscrets, des regards actifs, parfois revendicatifs », indique David Susskind.
Membre historique du CCLJ et journaliste de presse écrite, Victor Cygielman a porté le projet de création de Regards. Mais quelques mois après son lancement, Victor décide de faire son alya en Israël, où il devient correspondant du Nouvel Observateur et du quotidien Le Soir. C’est Albert Szyper qui en reprend la direction. L’équipe des premières années est réduite, mais déterminée à relever le défi d’un journal juif. Eliyahou Reichert assure alors le secrétariat de rédaction. Il deviendra le rédacteur en chef de Regards en 1976. Dans les grands moments de la vie communautaire, en 1967 et 1973, lorsque le lien avec Israël s’affirme, Regards joue un rôle important dans la mobilisation de la communauté juive de Belgique. En raison de l’implication directe du CCLJ et de son président David Susskind dans le combat pour la liberté des Juifs d’URSS, Regards est amené à aborder les grands thèmes de l’actualité juive mondiale, ainsi que celle d’Israël où le soutien du CCLJ au camp de la paix israélien et à une solution négociée au conflit israélo-palestinien est mis en avant.
Regards hebdo
En 1980, un changement de taille intervient : mensuel depuis sa création en 1965, Regards devient hebdomadaire. On en profite aussi pour changer de format et de maquette. « Cette évolution intervient au moment de la grande période d’expansion du CCLJ, tant au sein de la communauté juive que dans le monde politique et associatif belge », affirme Armand Szwarcburt, ancien directeur de publication. « Nous souhaitions être plus réactifs par rapport à l’actualité et être plus présents médiatiquement. Le foisonnement d’activités du CCLJ exigeait aussi que la périodicité soit hebdomadaire ». Le CCLJ fait alors appel une équipe de jeunes journalistes prêts à se lancer dans l’aventure d’un hebdo juif digne des newsmagazines français. Cette expérience passionnante durera deux ans. Le rythme hebdomadaire ne peut se maintenir en raison du coût financier trop élevé. Regards passe alors à un rythme bimensuel. C’est aussi à ce moment-là que Panorama est créé, communément appelé le petit Regards, pour annoncer les activités du CCLJ. Cette solution, toujours en vigueur, a permis de maintenir un mensuel de qualité, tout en permettant au CCLJ de présenter sa programmation d’activités à ses membres et aux lecteurs de Regards.
Tout au long des années ‘80, deux fortes personnalités occupent le poste de rédacteurs en chef : Viviane Teitelbaum (1980-1984 et 1988-1992) et Ouri Wesoly (1984-1988). « Quand Suss (David Susskind) m’a contactée pour me proposer de prendre la tête de la rédaction de Regards hebdo, il m’a demandé si je connaissais le Nouvel Obs », se souvient Viviane Teitelbaum. « Je lui ai répondu oui. Il m’a ensuite dit qu’il voulait que Regards devienne le Nouvel Obs juif, c’est-à-dire un hebdomadaire engagé ». Regards est l’organe d’expression du CCLJ, mais avec une rédaction composée de jeunes journalistes décidés à faire preuve d’impertinence, cela peut susciter quelques tensions. « La question ne se posait pas de cette manière », réagit Viviane Teitelbaum. « Le comité de direction de Regards, composé entre autres d’administrateurs du CCLJ, s’occupait essentiellement de la gestion et s’assurait surtout de la viabilité financière du projet. Il n’intervenait pas pour définir le contenu du journal. Il y avait évidemment des discussions entre la rédaction et ce comité, mais cela ne posait pas de problèmes majeurs, car nous portions haut et fort les combats et les idées du CCLJ en matière de judaïsme laïque et de politique israélienne ». Aucune dissension alors ? « Quand on parlait de ce qui se passait dans la communauté juive de Belgique, on analysait de manière critique le rôle joué par les dirigeants communautaires, ce qui créait des incidents qui remontaient à chaque fois chez Suss. Il nous en parlait, mais jamais il ne nous a demandé de changer quoi que ce soit, même si le ton montait et la discussion était houleuse. Il nous désavouait parfois, mais à sa manière, c’est-à-dire en rédigeant une tribune dans Regards où il expliquait son point de vue, différent du nôtre », admet Viviane Teitelbaum.
« Regards n’est pas une mer tranquille »
Entre 1992 et 1996, Joseph (Jojo) Lewkowicz assure la fonction de rédacteur en chef. Journaliste à la RTBF radio, il met son professionnalisme au service de Regards. Suite à son décès inopiné, Sara Brajbart-Zajtman reprend la direction de Regards et confie le poste de rédacteur en chef à Luc Rosenzweig, alors correspondant permanent du Monde à Bruxelles. Ensemble, ils constitueront une équipe de rédacteurs soucieuse du pluralisme d’opinions. C’est aussi sous l’impulsion de Sara Brajbart-Zajtman que le volume du journal augmente et que le nombre d’abonnés est multiplié par cinq. Après son départ en 1998, Joël Kotek lui succède, avec Olivier Boruchowitch comme rédacteur en chef. Le Prix du Mensch de l’année honorant une personnalité de la communauté au sens large pour ses qualités humaines est également lancé. Regards y consacre depuis un numéro spécial annuel.Ces confrontations saines entre la Rédaction et les responsables du CCLJ ont toujours suscité des débats vifs, mais extrêmement intéressants. « Cela n’a jamais été une mer tranquille et je pense que c’est comme ça que ça doit fonctionner », estime Armand Szwarcburt. « Chaque membre du conseil d’administration du CCLJ, pour ne pas dire chaque membre du CCLJ, se vit comme dépositaire d’une parcelle de responsabilité du CCLJ et de son expression. Il souhaite donc voir transparaître ce qu’il pense ou du moins ce qu’il croit être la ligne du CCLJ ».
« Quand je suis arrivé à Regards, le magazine était dirigé par Sara Brajbart-Zajtman. » se souvient Olivier Boruchowitch. « Elle avait réalisé un remarquable travail de modernisation et d’analyse critique, faisant preuve d’une énergie exceptionnelle et d’un profond dévouement. » « Avec Joël Kotek, nous avons rapidement souhaité donner une nouvelle tonalité à Regards, car le monde connaissait des bouleversements sans précédent. Tout cela donnait à la problématique juive un nouvel éclairage sur fond de confrontations identitaires. Les années 2000 furent marquées par de nouvelles lignes de fracture, caractérisées par un raidissement inimaginable de la communauté internationale à l’égard d’Israël qui posait réellement question. En terme éditorial et politique, Joël Kotek a toujours défendu des positions brillantes et excessivement courageuses, notamment en ce qui concerne les nouvelles formes d’antisémitisme ».
Cinquante ans après sa création, Regards demeure fidèle aux souhaits de ses fondateurs de doter le CCLJ d’un journal couvrant l’actualité juive, tout en diffusant les valeurs et les combats du CCLJ. Directeur de publication entre 2002 et 2008, Nicolas Zomersztajn devient rédacteur en chef de Regards après le départ d’Olivier Boruchowitch. Avec Joël Kotek, qui redevient directeur de publication, et Géraldine Kamps (rédactrice en chef adjointe), il s’efforce de montrer les grandes évolutions de la vie juive et d’accorder une place importante aux problèmes auxquels sont confrontés les Juifs de Belgique au 21e siècle. Grâce à la création d’un site internet (www.cclj.be) en 2009 et de sa page Facebook, l’équipe de Regards peut aussi se montrer plus réactive et proposer quotidiennement des articles et des interviews au plus proche de l’actualité.
L’aventure Regards se poursuit, sa présence sur internet et les réseaux sociaux lui permettant de proposer ses analyses et ses réflexions à un lectorat plus large. « Il est sain pour notre société qu’il y ait des organes de presse comme Regards qui soient des lieux ouverts à la réflexion », fait remarquer Armand Szwarcburt. « Et la marque de fabrique de Regards, c’est précisément que l’analyse et la réflexion débouchent sur l’action. Le CCLJ se nourrit sans cesse de la réflexion produite par Regards, ce qui n’est pas le cas de nombreuses revues prestigieuses qui limitent leur champ à la réflexion. Ce lien étroit entre un journal et un mouvement militant produit quelque chose d’unique dans le monde juif, mais aussi dans la société belge plus largement ».
Un thé avec David Susskind
1965 : création de Regards.
1980 : lancement de Regards hebdomadaire.
1998 : création du prix de Mensch de l’année.
1999 : Regards en couleur.
2009 : Regards en ligne www.cclj.be
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