7 septembre 2014. Comme chaque année, un public fidèle à la mémoire de ses proches disparus dans l’enfer d’Auschwitz s’est retrouvé devant le porche ouvert de la Caserne Dossin pour assister au 58e Pèlerinage de Malines.
La cérémonie était présidée par Max Haberman, fils de déporté, qui a rappelé le processus de la déportation, l’arrivée dans le camp et le moment où les détenus ont vu la fumée s’échapper de la cheminée… Il a rappelé le courage de ceux qui ont sauvé des familles traquées en Belgique et le traumatisme subi par les enfants cachés. Après la sonnerie du Shofar, l’allumage des 6 flammes du Souvenir, hommage a été rendu aux centaines de martyrs tziganes de Belgique, suivi du dépôt de fleurs devant la plaque commémorative et sur les rails de la déportation, par les enfants des écoles.
Lourd silence d’émotion lors de la lecture par quelques jeunes de noms de déportés et résistants. Bart Somers, bourgmestre de Malines : « 72 heures après leur départ de Malines, ces malheureux, arrivés sur place, étaient aussitôt assassinés ». Témoignage poignant d’Alberto Israël, déporté depuis Rhodes, qui a décrit les conditions atroces dans lesquelles sa famille et ses coreligionnaires ont connu l’horreur. Autre moment fort, l’allocution de Didier Reynders, vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères : « La mémoire ne suffit pas. Il faut surtout agir et se mobiliser pour prévenir de telles atrocités de masse ». Il a rappelé jusqu’où peut aller la folie en Syrie et en Irak où l’on décapite des innocents. Face à la recrudescence de l’antisémitisme, « il nous faut élever la voix et surtout agir. Aucune communauté ne peut être stigmatisée et être la cible de menaces ou d’actes d’agression. Ceci implique une mobilisation de tous au niveau politique, mais aussi au sein des autres communautés ». Et de rappeler l’attentat du Musée Juif de Belgique. « Il faut que la mobilisation se poursuive au jour le jour sur le terrain, afin que cette minorité menaçant notre vivre-ensemble puisse être isolée et neutralisée ». Il retient la nécessité de mettre en place les mécanismes d’alerte et de surveillance et souligne le rôle central de l’éducation. En conclusion, l’orateur a rendu hommage à nos milliers de victimes et assuré leurs familles et les survivants de sa plus profonde considération. Dans son allocution, Micha Eisenstorg, président de l’Union des Déportés, a rendu hommage à deux membres éminents qui nous ont quittés cette année : Sim Finkielsztejn et Henry Elberg, laissant un vide immense. Et de poser la question : « Pourquoi continuer à nous revoir ici, chaque année ? Certains croient qu’il ne s’agit que de se lamenter sur le sort funeste de nos frères assassinés… Notre démarche va bien plus loin. C’est vers l’avenir que nous nous tournons, par nos témoignages pour empêcher que cela se reproduise ». Après s’être étonné de pouvoir encore entendre chez nous « mort aux Juifs ! », en 2014, dans la plus totale impunité, Micha Eisenstorg s’est adressé aux jeunes qui avaient effectué quelques heures plus tôt la marche entre Boortmeerbeek et Malines : « Demain, quand les derniers témoins auront disparu, ce sera à vous de raconter ce qui s’est passé. Comme le dit Elie Wiezel, « celui qui entend un témoin devient lui-même un témoin » ».
Pour clore ce Pèlerinage aussi intense qu’indispensable, les voix fraîches des enfants de l’Ecole Beth Aviv, sous la direction d’Annie Szwertag, ont interprété la Brabançonne, l’Hatikva et, en yiddish, le Chant des Partisans.
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