Chouna Lomponda « On se reconstruit en choisissant de jeter des ponts »

Le 24 mai 2014 est de ces journées que l’on n’oubliera jamais. Une journée qui constituait probablement aussi les prémisses d’une vague d’attentats meurtriers qui allaient être bientôt perpétrés en France et en Belgique. Responsable de la communication du Musée juif de Belgique depuis 2011, Chouna Lomponda a accepté de revenir avec nous sur ces événements tragiques et ce qu’ils ont changé.

Deux ans jour pour jour après l’attentat qui a frappé le Musée juif, comment se sent le personnel du Musée ?

Chacun a vécu les faits à sa manière. Le temps a fait son œuvre pour certains et pour d’autres, les blessures sont plus vivaces. Globalement, l’ensemble du personnel fait front et est plus que jamais déterminé à poursuivre notre mission en mémoire de nos 4 victimes.

Comment se reconstruit-on après un tel événement ? Les attentats du 22 mars n’ont-ils pas ravivé le traumatisme subi le 24 mai 2014 ?

On se reconstruit en choisissant de vivre, plutôt que de mourir tout doucement en laissant la peur gagner du terrain. On se reconstruit en choisissant de bâtir, en jetant des ponts avec d’autres cultures pour mieux se comprendre et vivre les uns avec les autres. Les attentats du 22 mars nous ont bien sûr rappelé l’horrible tragédie du 24 mai, mais ils interpellent surtout sur les questions de sécurité de tous !

Outre le renforcement de la sécurité, quelque chose a-t-il changé dans la philosophie du Musée ?

Le rez-de chaussée et l’accueil ont effectivement été réaménagées. Notre vision de la scénographie pour le nouveau musée a aussi changé. Nous avons repensé notre muséographie après la tragédie du 24 mai. Une scénographie qui mettra en exergue nos similitudes avec d’autres cultures. Dans le cadre des partenariats, nous organisons de nombreuses activités qui visent à toucher un large public. Par exemple, le 3 mai dernier, nous avons présenté le spectacle de Richard Ruben à l’Espace Magh. Un autre exemple est la projection du réalisateur Nabyl Ayouch autour de la double appartenance, autant de projets qui nous permettent de mettre l’accent sur la diversité.

Comment gère-t-on la communication dans une institution victime de ce genre d’événement pour tenter de lui redonner une image positive ?

Les premiers mois n’ont pas été faciles. Car tout en faisant le deuil, il a fallu poursuivre le travail, intensifier la communication, agir dans la rapidité, transmettre le vrai message, et informer, tout en rassurant le public. Tout communicant aujourd’hui doit s’adapter à la situation actuelle, qui entraîne de nouvelles crises auxquelles il faut répondre et faire face. Communiquer sur des activités « grand public insolite », telles que l’Urban Trail par exemple (parcours d’environ 10 km à travers les bâtiments historiques et trésors cachés du centre-ville, dont le Musée juif), a véhiculé au lendemain d’un attentat un message positif d’ouverture… Dimanche dernier, nous avons accueilli plus de 2.500 visiteurs, venus admirer la création contemporaine belge, soit 100 artistes présents dans notre musée. Ce sont autant d’initiatives qui donnent une image positive de cette institution.

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