Alors, on part

L’autre jour, sur mes réseaux sociaux, il y avait du bleu ciel et du blanc partout, de petits drapeaux agités et des visages heureux. C’était Yom Haatzmaout, la fête nationale israélienne, un évènement qui n’a pas fait la une des journaux, car lorsqu’au Proche-Orient les choses se passent correctement, cela n’intéresse personne…

A l’image, des Israéliens chantaient et dansaient pour se rappeler, ensemble, combien le fait même que leur Etat soit né et existe encore tient du miracle… Vu de France, ce spectacle par écrans interposés a quelque chose d’étrange. Ces photos, je les vois revenir jusqu’à plus soif sur mes fils Twitter, Facebook et Instagram, elles y sont postées par des relations récemment parties faire leur alya.
Qui sont-ils vraiment ces néo-Israéliens ? D’anciens collègues, des cousins, des amis, des relations. Qu’avaient-ils en tête au moment de quitter la France ? L’antisémitisme, les grands principes sionistes, l’appel de la Terre promise, le chômage, la foi… Comme dans une équation complexe, les motivations se combinent souvent. Ces Français juifs ou ces Juifs français (dans l’ordre que vous voudrez) sont partis. C’est simple. Un jour, ce fut le ras-le-bol, l’envie de changer d’air ou l’agression de trop. Peut-être aussi l’envie de ne plus être anormal, mais tout à fait banal dans son environnement, simplement comme les autres. Alors on part. Camion de déménagement, appartements vidés, comptes soldés : on referme définitivement la porte de son domicile comme on referme un livre. Voilà la fin d’un livre qui était grandiose, il s’intitulait « Heureux comme juif en France ». L’exode de ces Français ne doit pas être minimisé. Il devrait tous nous faire réfléchir…

Mes amis partis vers l’Orient compliqué sont plutôt jeunes et plutôt doués. Ils constituent ce que l’on appelle communément « des jeunes gens pleins d’avenir ». En observant leurs trajectoires, je repense à la pétition « Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous ! », co-signée par Felix Marquardt, Mokless et Mouloud Achour. Son idée : puisque la France déteste ses jeunes, alors ses jeunes doivent la quitter, puis revenir forts de leurs diverses expériences vécues. C’est une certitude : être jeune en France n’est pas chose aisée. Si, de surcroit, vous êtes juif, arabe ou noir, alors votre situation se complique vraiment ! Certains ont fait ce constat et ont tranché. Sur les réseaux sociaux, je vois ainsi défiler des bribes de la nouvelle vie de mes amis toujours français et désormais israéliens. Tout ce petit monde se retrouve sur les roofs-tops de Tel-Aviv, parfois à Jérusalem. Ces gens-là ont l’air heureux. Ils étudient, investissent, montent des start-ups, mènent leur vie avec un entrain qui leur était totalement étranger à Paris. On verra ce qu’il adviendra de toute cette énergie dans cinq, dix, vingt ans. Reste que, pour le moment, la possibilité d’accéder à un récit national fort, à un avenir tracé et à un destin commun (en somme, tout ce dont la France et la Belgique sont dépourvues) séduit…

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