Le mythe de la collaboration des sionistes avec les nazis est ancien pour être d’origine soviétique. Il démontre en quoi l’antisémitisme tient de l’accusation en miroir, du mécanisme de projection, forgé par Freud.
Cela consiste à attribuer à l’ennemi juif/sioniste/israélien ses propres fantasmes et pulsions délétères. Israël se voit accusé ainsi d’apartheid par le monde arabe, tandis que tous les Etats qui le composent sont construits autour de systèmes d’exclusion religieuse, ethnique, ou de genre.Dans un même mouvement pervers, l’Etat juif se voit accusé de collusion avec le nazisme alors que c’est l’URSS qui pactisa avec l’Allemagne nazie, au point de lui fournir acier et pétrole jusqu’en 1941, et que ce furent les élites arabo-musulmanes qui rêvèrent d’une victoire nazie sur les alliés. A suivre l’historien marxiste et antisioniste Gilbert Achcar, seuls (sic) 60% des Arabes de Palestine auraient soutenu le Grand mufti de Jérusalem qui pactisa avec Hitler pour s’assurer de l’extermination des Juifs de Palestine. Cela n’empêchera jamais de belles âmes d’accuser les sionistes de collusion avec les nazis. Ainsi. Tout récemment Ken Livingstone, l’ancien maire de Londres, a déclaré sur les ondes de la BBC : « Quand Hitler a gagné les élections en 1932 (sic) sa politique était que les Juifs devraient être déplacés vers Israël. Il soutenait le sionisme avant de devenir fou et de finir par tuer six millions de Juifs ».
D’où vient cette antienne antisémite : peut-être de l’accord Haavara (transfert) que les sionistes allemands se résignèrent à signer en août 1933 avec l’Allemagne nazie ? Son objectif : pour les sionistes, exfiltrer un maximum de Juifs vers la Palestine mandataire ; pour les nazis, se débarrasser d’un certain nombre de Juifs préalablement spoliés d’une grande partie de leurs avoirs. Cet accord, profitable aux nazis, permit toutefois de sauver quelque 55.000 Juifs du Reich. De là à le présenter comme une forme de complicité « sionisto-nazie » est évidemment absurde. L’anti-
sionisme d’Hitler ne fait aucun doute, comme en témoignent les deux seules occurrences relatives au sionisme dans Mein Kampf, la Bible nazie : le sionisme n’aurait été inventé que pour « duper encore une fois les sots goyim de la façon la plus patente » et les sionistes n’avaient « pas du tout l’intention d’édifier en Palestine un Etat juif pour aller s’y fixer ; ils ont simplement en vue d’y établir l’organisation centrale de leur entreprise charlatanesque d’internationalisme universel ». Paradoxalement, c’est son antisémitisme rabique qui le poussera à avaliser l’accord de transfert pour se débarrasser à bon compte des Juifs du Reich.
Pourquoi la Palestine, malgré les sympathies arabes et musulmanes d’Hitler ? Parce qu’il ne se trouvait pas d’autres Etats prêts à s’ouvrir aux Juifs allemands. Des Etats-Unis à la Suède, de l’Australie au Canada, en passant par l’Union soviétique, toutes les portes s’étaient refermées. Restait la Palestine mandataire avec laquelle les dirigeants sionistes allemands avaient négocié, dès 1931, des facilités de transferts de capitaux vers le Yishouv. Conscients des menaces qui pesaient désormais sur les Juifs allemands, ils se résignèrent non sans audace à négocier avec le diable. C’est cette audace qui leur permit de sauver quelque 55.000 Juifs d’une mort certaine, et ce, jusqu’à ce que les Britanniques ferment la Palestine à l’immigration juive.
Il se trouvera toujours de belles âmes pour feindre l’indignation à l’instar du très progressiste Dr Jacques Bude, qui ne trouve rien de mieux que de charger Ben Gourion, et ce, précisément dans les colonnes mêmes du bulletin de l’Association belgo-palestinienne (ABP) (21 septembre 2014) : « Cet accord montre clairement qu’en pleine terreur anti-
sémite, le but des autorités sionistes n’était pas de combattre l’antisémitisme -« sauver les Juifs »- mais de l’exploiter afin de coloniser la Palestine, Terre d’Israël ». Oublieux du pacte de mort scellé entre Hitler et El Husseini, le camarade Docteur en psychologie se livre ainsi à une accusation en miroir du plus bel effet ! Son envolée est évidemment hallucinante si l’on songe que les Juifs ont toujours été condamnés à devoir négocier leur survie avec le diable, et ce, depuis l’Antiquité. Les preneurs d’otages ne manquèrent jamais de réclamer leurs livres de chair aux Juifs, de Néron à Godefroid de Bouillon, de Mengistu à Brejnev, du SS Wisliceny à Ceausescu.
Ces négociations faustiennes ne posent en rien les Juifs en partisans, ici, de l’impérialisme romain et des croisades et, là, du nazisme ou encore du communisme réel. L’inverse est également vrai. Tout antisioniste qu’il fut, Ceausescu ne se priva pas de négocier lui aussi sa livre de chair avec l’Etat sioniste. C’est à la pièce qu’il vendit ses Juifs à Israël, comme ailleurs ses Allemands à la RFA. Dans les deux cas, la rançon était négociée au cas par cas selon des critères d’âge, d’éducation, de situation de famille ou de profession, la somme pouvant varier de 2.000 à 250.000$ par personne. Ce trafic d’êtres humains rapporta quelques millions de dollars au gouvernement roumain. Le géant des Carpates, adulé en son temps dans les salons marxistes critiques du brejnevisme, ne manqua jamais de se réjouir de cette belle opération. « Le pétrole, les Juifs et les Allemands sont nos meilleurs produits d’exportation », avait-il coutume de plaisanter. N’en déplaise à Livingstone et à Bude, Ceausescu n’était pas plus sioniste que les Israéliens partisans du rideau de fer.
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