David Tartakover, l’artiste fétiche de la gauche israélienne à l’honneur à Tel-Aviv

Le Musée des Arts de Tel-Aviv organise cet été une rétrospective du travail de David Tartakover, le maître de l’affiche politique qui a créé, entre autres, le nom et le logo du mouvement Shalom Archav.

Ce n’est pas la première fois que le travail de l’artiste originaire de Jérusalem, David Tartakover, sans doute le plus célèbre des designers graphistes du pays, est exposé dans un musée israélien. Mais la rétrospective que lui consacre cet été -et jusqu’au 24 octobre 2016- le Musée des arts de Tel-Aviv, intitulée sobrement « Tartakover. L’Exposition », vaut le détour à plus d’un titre. Non seulement David Tarkakover, âgé de 72 ans, en a conçu les moindres détails. Mais cette présentation est une occasion unique de découvrir l’œuvre d’un artiste majeur, connu pour son activisme, et considéré comme l’un des maîtres de l’affiche politique.

Formé à l’Académie des arts de Bezalel à Jérusalem où il a ensuite enseigné, et par ailleurs diplômé du London College of Printing, David Tartakover, récipiendaire du Prix Israël du design en 2002, est surtout célèbre pour l’auto-production d’affiches politiques dans lesquelles il répond quasiment en direct au conflit israélo-palestinien. En 1978, il a d’ailleurs été choisi pour créer le nom et le logo du principal mouvement pacifiste israélien Shalom Archav. Catalogué comme le designer officieux de la gauche israélienne, Tartakover n’appartient pourtant à aucun camp.

Même si ses positions allant de la dénonciation de l’occupation israélienne des Territoires palestiniens, à celle du leadership de Benjamin Netanyahou, ne laissent pas l’ombre d’un doute. Dans sa série d’images « I’m Here », diffusée sur Internet, l’artiste s’est par exemple fait fabriquer un gilet orange fluo, semblable à celui des ambulanciers ou des pompiers, avec le mot « artiste » inscrit en hébreu et en anglais sur le dos. Il a ensuite récupéré des photos d’actualité et, à l’aide de l’ordinateur, a incrusté son portrait, ainsi vêtu, au cœur de l’action. A savoir devant le Mur de séparation, près des corps qu’on extirpe d’un bus après un attentat, avec les enfants palestiniens qui bravent les soldats.

Un langage qui ravive une mémoire collective

Celui qui aime à citer le poète israélien Avigdor Haméiri « La liberté d’opinion n’est pas un droit, mais un devoir », a en tout cas créé une langue. Au-delà de l’exposition de Tel-Aviv, retraçant les grands jalons de sa carrière, mais aussi les objets personnels du collectionneur et du citoyen, il suffit pour s’en convaincre de feuilleter son anthologie de 500 pages (aux Editions Am Oved, uniquement en hébreu) parue voilà quelques années. Préfacée par l’avocat des droits de l’homme Michael Sfard, l’ouvrage à la couverture rouge vif contient notamment le design des pochettes de disque conçues pour les chanteurs israéliens iconiques Shalom Hanoch et Arik Einstein ; le logo conçu par « Tarta », comme ses amis le surnomment ici, pour le film-fleuve Shoah de Claude Lanzmann ; ou encore ses  affiches les plus marquantes, telle « Mother » qui évoque la figure de la mère du combattant, ou le poster un brin provocateur intitulé « United Colors of Netanyahou ».

« J’appartiens à une génération nourrie de déception, une génération qui espérait que les choses seraient différentes ici. Quand j’ai servi dans l’armée dans les années 1960, pendant la guerre des Six-Jours, et en 1973, nous rêvions à une autre réalité », confiait David Tartakover au quotidien Haaretz en 2011, lors de la publication de son livre phare.

Lauréat en 2004 de la triennale d’affiches politiques de Mons, l’artiste israélien avait fait l’objet voilà dix ans d’une grande exposition au Centre de la Gravure  et de l’Image imprimée de la Fédération Wallonie-Bruxelles, situé à La Louvière. « Tartakover dénonce la politique nationale à grands coups de détournements d’images issues de la presse, ainsi que des icônes et références propres à son pays, jouant sur les contrastes et les ambiguïtés », avaient alors salué les organisateurs. « Par son langage graphique, il ravive une mémoire collective douloureuse. Il interpelle ses concitoyens, usant de l’hébreu, utilisant l’histoire nationale, la culture populaire, les chansons, la Bible… A chaque épisode marquant du conflit israélo-palestinien, l’artiste répond par une image, véritable coup de poing mental pour ceux qui la regardent et la comprennent ».

Exposition à voir jusqu’au 24 octobre 2016 au Musée des Arts de Tel-Aviv (ouvert lu-mer-sa. 10h-18h, ma.-je. 10h-21h, ve. 10h-14h) Plus d’infos : www.tamuseum.org.il/tel-aviv-museum-of-art
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