La nouvelle est presque passée inaperçue. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), vitrine politique en perte de vitesse de la communauté, s’est doté le 29 mai 2016 d’un nouveau président. Seul candidat en lice, l’heureux élu s’appelle Francis Kalifat, il a le regard doux, porte un bouc poivre et sel et a le crâne dégarni.
Que sait-on de lui ? Pas grand-chose… A la différence de ses prédécesseurs, Kalifat est inconnu du grand public. Depuis les années 1980, l’homme a patiemment tracé son chemin dans la plus emblématique des institutions juives françaises. Entré au CRIF sous la présidence de Théo Klein, ce chef d’entreprise de 63 ans y a d’abord été élu au comité directeur, puis a obtenu un siège au bureau exécutif avant de devenir trésorier de la fédération en 2002. A l’orée des années 2000, il accède au poste de vice-président du CRIF. Le voilà aujourd’hui président. Aura-t-il le pouvoir et le charisme nécessaires pour donner une seconde vie à l’institution ? L’avenir le dira. Pour l’heure, loin de tout triomphalisme, le principal intéressé garde la tête froide. A l’AFP, le jour de son élection, il déclare : « Je connais les gens et les rouages », « Je sais les problèmes que nous avons à affronter ». Antisémitisme violent, alya massive, morcellement de la communauté : ceux-ci sont nombreux, nous les évoquons ici même à longueur de chronique.
Dès son entrée en fonction, Francis Kalifat a posé les bases des combats à venir. Premier chantier : la lutte d’influence autour du mouvement BDS (boycott, désinvestissement et sanctions). Son objectif : « obtenir de façon claire l’interdiction du mouvement en France ». Second chantier, l’alya. Alors que 8.000 départs vers Israël ont été enregistrés en 2015, sans compter les installations dans d’autres pays, Francis Kalifat dit vouloir « œuvrer pour que les conditions du choix soient rétablies ». Autrement dit pour que « la sécurité soit assurée et que les Juifs puissent choisir en toute liberté, comme tous les autres Français, de partir ou de rester ». A l’exil des Juifs de France, le nouveau président du CRIF associe une notion qu’il nomme la « petite alya » désignant le mouvement par lequel des familles juives fuient l’insécurité de zones de banlieue « quasiment devenues « judenrein » ».
Né à Oran, en Algérie, puis élevé à Trappes, en banlieue parisienne, Kalifat se bat pour retrouver la mixité de son enfance. Il entoure également son action d’un discours intransigeant, peut-être hérité de son passé de militant au Betar… Reste un atout de taille dans le jeu du nouveau calife du CRIF. Dans l’océan des présidents ashkénazes qui dirigent la fédération d’associations, il est le premier capitaine séfarade depuis près de cinquante ans ! Des origines et un parcours qui le rapprochent logiquement du profil majoritaire au sein de la communauté juive de France. Sera-ce suffisant pour renouer le lien et empêcher le navire CRIF de sombrer ? Rien n’est moins sûr…
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