L’Etat hébreu veut contraindre Facebook à « coopérer » dans la lutte anti-terroriste

Deux ministres israéliens poussent un « projet de loi » pour bannir les contenus  incitant à la haine ou à la violence sur les réseaux sociaux.

En Israël, le ton monte contre… Mark Zuckerberg, le fondateur du réseau social Facebook. « Facebook est devenu un monstre (…) qui sabote le travail de la police israélienne », s’est emporté voilà peu le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, sur le plateau de la seconde chaîne de télévision israélienne. « Parce que, lorsque la police israélienne les contacte, et que c’est à propos d’un résident de Judée-Samarie (Ndlr : Cisjordanie), Facebook ne coopère pas », a-t-il poursuivi.

Joignant le geste à la parole, Gilad Erdan (du parti de droite Likoud) vient d’anonncer son intention d’introduire un projet de loi à la Knesset, pour bannir les contenus favorisant les actes terroristes sur les réseaux sociaux. Cette initiative, menée conjointement avec la ministre de la Justice Ayelet Shaked (du parti Foyer juif), a reçu le soutien de certains députés des partis centristes Union sioniste et Koulanou. A en croire les médias israéliens, la première version de ce projet de loi Facebook (« Facebook bill ») devrait donner lieu à une publication dans les jours à venir.

Depuis la fin juin, les deux ministres du gouvernement de Benjamin Netanyahou ne ménagent pas leur peine pour dénoncer le manque de coopération de Facebook dans la lutte antiterroriste… Gilad Erdan et Ayelet Shaked veulent notamment rendre illégale la diffusion de « contenus inappropriés », comme « l’encouragement à des attaques terroristes (…) l’insulte de responsables publics et la calomnie ».

Lors de leur réunion avec de hauts responsables de Facebook, les ministres ont cherché à obtenir le retrait dans les 24 heures de contenus qui constituent une incitation au terrorisme, « comme c’est le cas dans l’Union européenne », ont-ils fait valoir. Israël assure qu’Internet a joué un rôle clé dans l’incitation aux violences perpétrées contre les Israéliens par des Palestiniens depuis octobre dernier.

Des accusations rejetées par Facebook dont les hauts responsables assurent coopérer dans l’Etat hébreu « avec les organismes de sécurité et les décideurs politiques ». Selon les chiffres de Facebook, la compagnie a fourni des informations à Israël dans 59,52 % de ses 294 requêtes entre juillet et décembre 2015, et a supprimé 236 posts pendant cette période. 

Il n’empêche que pour Gilad Erdan, Facebook a choisi son camp. « Le gros problème se situe en Judée-Samarie, parce que Facebook ne reconnaît pas le contrôle israélien sur ces territoires, et n’est pas prêt à livrer des informations », a confié le ministre au journal Yedioth Ahronoth. Pour le ministre, « Facebook a apporté une révolution formidable et positive au monde, mais (…) depuis la montée de l’Etat islamique et la vague de terrorisme, c’est tout simplement devenu un monstre ».

Illustration d’impuissance ?

A l’heure où les gouvernements étrangers mettent la pression sur Facebook et Google pour qu’ils commencent à automatiser leur censure face à l’Etat islamique,  l’Etat hébreu semble déterminé à agir dans le même sens. En faisant en sorte que cette censure automatique s’applique sur les contenus pro-palestiniens ou anti-israéliens lorsque ceux-ci incitent à la haine ou à la violence.

En novembre dernier, un entrepreneur israélien, Micah Lakin Avni -dont le père venait d’être tué lors d’une attaque palestinienne terroriste survenue à l’automne dans le quartier d’Armon Hanatziv, à Jérusalem- avait déjà alerté l’opinion sur la complicité des réseaux sociaux dans la dernière vague de violences qui sévit dans l’Etat hébreu.

Dans une tribune intitulée «The Facebook intifada », parue dans les colonnes du New York Times, il estimait que les plates-formes de médias sociaux n’en faisaient pas assez pour combattre les contenus incitant à la haine raciale. Micah Lakin Avni est même devenu le principal plaignant d’un recours collectif contre Facebook, accusant le réseau social d’ignorer les messages palestiniens appelant à la violence contre les Juifs.

Dans cette plainte déposée à la Cour suprême de Brooklyn dans l’Etat de New York, 20.000 plaignants israéliens, fédérés par l’ONG israélienne Shurat Ha Din, ont fait valoir que les messages de Facebook ont inspiré les récentes attaques terroristes. Et que le groupe californien a une obligation « juridique et morale » de bloquer les contenus antijuifs.

Reste à savoir si le tir croisé des deux ministres israéliens contre Facebook n’est pas l’illustration de l’impuissance des dirigeants du pays face à une vague de violence alimentée par « des loups solitaires ». « Prenez-vous en à l’occupation et non à Facebook », titrait pour sa part un éditorial du quotidien Haaretz paru dimanche 10 juillet, signé du commentateur Asher Schechter.

Tandis que d’autres observateurs se sont inquiétés du précédent dangereux que pourrait créer l’Etat hébreu s’il parvenait à forcer Facebook à partager des informations. Prise à partie à ce sujet, la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, a toutefois tenté de calmer le jeu. Affirmant que cette loi ne serait utilisée que pour « des cas extrêmes ». Affaire à suivre.

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