Historique, la rencontre à Jérusalem entre le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukry et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est un signe de détente -parmi d’autres- entre les deux pays souvent taxés de pratiquer une « paix froide ». Elle pourrait déboucher sur un sommet israélo-palestinien au Caire.
La visite du ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukry à Jérusalem, le 11 juillet, a surpris tout le monde. Il faut dire que ce voyage, qui n’était pas attendu, est le tout premier en Israël d’un officiel égyptien de ce rang depuis 2007. Accueilli par Benyamin Netanyahu pour un « entretien approfondi », le chef de la diplomatie égyptienne a ensuite été reçu à la résidence du Premier ministre pour une nouvelle réunion de travail, suivie d’un dîner. Les deux hommes ont même pris le temps de regarder la finale de l’Euro de football ; un moment rare immortalisé en photo et aussitôt diffusé sur les réseaux sociaux par les communicants de Netanyahu. Au risque de faire grincer des dents au Caire.
Officiellement pour les Egyptiens, cette visite fait suite à la proposition du président Abdel Fattah al-Sissi en mai dernier de servir de médiateur entre Israéliens et Palestiniens. Le règlement du conflit aura « un impact significatif et considérable sur la situation globale dans la région du Moyen-Orient », a déclaré Choukry. Et d’ajouter : « L’Egypte est toujours prête à contribuer aux efforts pour réaliser cet objectif ». Côté israélien, on s’en réjouit d’autant plus que les bons offices égyptiens pourraient concurrencer, voire contrecarrer, l’initiative de paix française. Netanyahu a ainsi salué « les efforts des responsables égyptiens pour faire avancer la paix avec les Palestiniens et une paix plus globale dans notre région. »
Israël poursuit sa stratégie régionale
Ce réchauffement diplomatique entre deux pays plutôt habitués à une « paix froide » s’inscrit pour Israël dans un rapprochement avec les grandes puissantes sunnites du Moyen-Orient. La Jordanie et la Turquie, autres pays en paix avec Israël, bénéficient du même regain d’intérêt, comme en témoigne l’accord de réconciliation conclu récemment avec le président turc Erdoğan. Par ailleurs, et de façon plus discrète, les Israéliens se rapprochent des Saoudiens et des Etats du Golfe pour mieux unir leurs forces contre l’Iran et ses alliés chiites qui ont relancé la course à l’hégémonie régionale depuis la signature de l’Accord nucléaire il y a tout juste un an.
Plus largement encore, la venue de Choukry à Jérusalem se place dans le système diplomatique qu’Israël bâtit pour prendre de revers l’ennemi chiite, les sunnites extrémistes, et tous les Etats qui lui sont hostiles et le manifestent dans les organismes internationaux. De ce point de vue, cette visite est l’heureux épilogue de la grande tournée menée début juillet par Netanyahu dans quatre pays d’Afrique de l’Est : l’Ouganda, le Kenya, le Rwanda et l’Ethiopie, où il a été notamment question du conflit avec l’Egypte à propos des eaux du Nil.
L’Egypte réaffirmée dans son rôle de médiateur
Les Egyptiens ont ainsi tout à gagner à renouer avec Israël. Diplomatiquement, ils opèrent le même mouvement en direction des puissances sunnites de la région. A commencer par l’Arabie saoudite avec laquelle le président Sissi a signé plusieurs accords, et notamment la restitution -avec le consentement d’Israël- de deux îles de la mer Rouge.
Militairement, les Egyptiens ont aussi intérêt à coopérer étroitement avec Tsahal. La lutte contre Daesh et les mouvements djihadistes qui opèrent depuis le désert du Sinaï dépend pour beaucoup des échanges de renseignements avec Israël et des opérations de part et d’autre de la frontière. Selon Bloomberg news, les Israéliens auraient ainsi mené plusieurs attaques de drones contre des terroristes dans le Sinaï avec la bénédiction du Caire. Une information publiée en pleine visite de Choukry à Jérusalem, et qui lui a donné une saveur toute particulière. Sans cependant être confirmée par Israël.
Là où Israël et l’Egypte tiennent à communiquer, en revanche, c’est sur la bande de Gaza. Netanyahu a ainsi demandé à Choukry l’aide du Caire afin d’obtenir la remise par le Hamas des corps de deux soldats tués lors de l’Opération Bordure protectrice ainsi que de deux civils israéliens qui seraient détenus dans la bande de Gaza. Soit les demandes qu’il n’a pu obtenir d’Erdoğan lors de l’accord de réconciliation ; ce que l’opinion israélienne lui avait vivement reproché. Quant à Choucry, il a évidemment accepté cette demande de médiation, qui permet à l’Egypte de réaffirmer son rôle dans la bande de Gaza face à une Turquie jugée trop proche des Frères musulmans, et donc du Hamas.
Ainsi l’Egypte reprend-elle son rôle de pivot régional. En attendant un sommet israélo-palestinien au Caire ? Netanyahou aurait accepté d’y rencontrer Mahmoud Abbas en présence de Sissi, à en croire le quotidien saoudien Al Arabiya. Un événement qui pourrait arriver avant la fin de l’année.
@FredSchillo
]]>