L’hilarant Comment savoir si vous êtes juif ?, présenté au CCLJ en octobre 2015 par ses auteurs Alain Granat et Jonathan Demayo, est devenu un ouvrage de référence. Aussi convaincus que le seraient des employés de mairie vichyssois, nous sommes aujourd’hui nombreux à avoir acquis la certitude d’être juifs grâce à ce livre.
Parce que l’univers tend vers un équilibre fait de choses opposées, il serait juste que les antisémites aient aussi droit à leur petit guide, rassemblant leurs codes de communication, leurs phrases-clés et leurs musiciens préférés. Ils ont déjà un sens de l’humour commun, miroir du nôtre. Sauf que le leur n’est pas juif évidemment. Il n’est d’ailleurs pas drôle non plus. Quant au langage, pas facile de le fixer, la révision et la négation étant des forces puissantes. De la syntaxe au vocabulaire en passant par la ponctuation et l’orthographe, rien n’échappe aux révisionnistes : les fachos nient tout à tour de bras, qu’ils ont bien tendu vers le ciel.
Pas évident de réécrire l’Histoire quand on n’est pas foutu d’écrire son nom sans faute. J’aimerais vous y voir, vous : comment rendre compte de la complexité de la vie quand on a des parents qui sont frère et sœur ? Le fond du panier se contente donc de signes aussi simples que son esprit, et de phrases-fleuve dans lesquelles on le noierait volontiers pour abréger ses souffrances :
« C les juif kizon tout les média !!!!!!!!!! c bi1 conu ke D nom berg et stein partou jean peuplu !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! ».
D’autres réussissent à se hisser péniblement au degré 1 de l’expression écrite. La forme paraît plus élaborée, le fond reste au ras des pâquerettes, foulées par des pieds chaussés de bottes impeccablement cirées (on ne peut pas être mauvais en tout) :
« Ce meeting de Bricmont & Collon m’a galvanisé ! Grosse envie de brûler des livres ! #QueDuBonheur ».
Une troisième sous-espèce semble se dégager du troupeau. Plus prudents, ses représentants louvoient entre complotisme délirant, mutisme imposé par le risque de poursuites judiciaires et incapacité totale à garder réellement fermé l’égout nauséabond qui leur sert de bouche. Sur les réseaux sociaux, ils ont mis au point un système appelé en anglais echoing qui permet, en usant de triples parenthèses, d’identifier aux yeux des sous-débiles de leur engeance des personnes juives (ou considérées comme telles, on n’est jamais à l’abri d’une erreur), afin de coordonner des attaques à leur encontre.
Un de ces cerveaux écrirait ainsi : « (((Garfinkel))) n’est pas venue à la Fête nationale flamande du Chant. Ma cousine Simone l’attendait pour un duo célébrant la création du Festival en 1933. La duplicité de ces gens-là n’est pas un mythe. #TousLesMêmes #IlsNaimentPasLaMusiqueOuQuoi #Simone&(((Garfinkel))) ».
Vous vous retrouvez dans l’un de ces portraits ? Vous êtes antisémite ? Une chose à faire : suivez votre penchant naturel pour la délation et dénoncez-vous auprès du commissariat le plus proche.
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