« Golem », de Pierre Assouline

Neurochirurgien, le professeur Robert Klapman, reçoit dans son cabinet à l’hôpital son patient et ami de longue date Gustave Meyer, champion d’échecs, qui se plaint de maux de tête, épileptique. Lequel Meyer, après la mort de sa femme Marie dans un accident d’auto, entre mystérieusement dans la clandestinité.

Accident d’ailleurs, ou assassinat à distance ? Nina, commandant de police, mène l’enquête. Marie Meyer travaillait comme blogueuse sur des enquêtes à propos des transhumanistes et des post-humanistes. Si vous songez au sens du mot golem dans la tradition juive, vous êtes sur la voie de comprendre de quoi il retourne. Et si le professeur Klapman avait tenté sur son patient et ami d’enfance on ne sait quelle opération aussi monstrueuse qu’illégale qui viserait à l’augmenter, à démultiplier sa mémoire, faisant de Meyer l’égal des plus puissants ordinateurs ? Autrement dit un golem, tel celui que, d’après la légende, créa un certain rabbin de Prague, au 17e siècle, sur le front duquel il inscrivit les trois lettres hébraïques, alef, mem, tav, soit emet, la vérité. Et comme son monstre lui échappa, il le réduisit à néant en effaçant la première lettre, alef, et ne resta plus que met, la mort… Pierre Assouline nous conduit avec Golem dans l’univers secret de ces chercheurs de toutes obédiences qui rêvent d’une humanité post-humaine, pétris de ce mot d’ordre : « Moins souffrir, moins vieillir, moins mourir ». Science-fiction ou rêve vraisemblable ? A chacun d’en juger.

Pierre Assouline, Golem, roman, Gallimard, 258 p.

C’est d’abord le titre qui m’a intrigué, Azyme, tout simple et pur. Ce n’est pas tant que je raffole de matza. La baguette parisienne m’agrée davantage, on se demande bien pourquoi. J’ai ouvert ce petit livre et j’ai été aussitôt séduit. Le moins observant d’entre nous, je crois, le serait. La poésie y ruisselle comme l’eau, l’eau que précisément la farine ne doit pas rencontrer. C’est ce qu’explique Ahava à la jeune Malka dans une maison de Jérusalem. L’azyme, c’est le pain de la hâte, le pain de l’urgence à se mettre en marche, à quitter l’esclavage. Il s’agit bien d’une transmission de la grand-mère à la petite fille. Aux gestes de la vieille femme sont liés des histoires, des légendes, des rites et leurs explications. L’histoire, un peu floue, d’un certain rabbi qui est venu autrefois, avec lequel ils ont partagé le pain du seder. Un rabbi qui venait, vous l’avez compris, de Galilée, faiseur de miracles. Il se trouve que nous sommes bien ici dans un récit évangélique. Mais c’est si totalement ancré dans le vécu juif qu’on se laisse prendre à cette histoire si joliment contée. Il me plait de savoir que l’auteur, spécialiste de tout ce qui concerne le pain et ses métiers, est titulaire d’un CAP de boulangerie. On le voit bien, il sait de quoi il parle, et il en parle avec amour. Son court récit inspiré nous conte rien de moins que la vie à Jérusalem au temps de Jésus, et il le fait non de façon didactique, mais autour des gestes si simples et cependant religieux de la confection des azymes de Pessah.

falseJean-Philippe de Tonnac, Azyme, Actes Sud, 154 p.

Voici la dernière parution du grand Georges Perec, posthume évidemment. Mais c’est bien le premier livre qu’il écrivit, un roman donc, à l’âge de 21 ans. S’il ne fut pas publié alors, en 1957, c’est tout simplement qu’il fut refusé par tous les éditeurs, Le Seuil y compris, qui le publie aujourd’hui pour la première fois. Pourtant, les mots qui accompagnaient ces refus étaient rien de moins qu’élogieux. Allez comprendre ! De quoi s’agit-il ? D’une sorte de roman d’amour. Le narrateur est amoureux de Mila, la maitresse de son ami Branko. Fatalement, il déteste Branko, aussi brutal et laid que Mila est belle et douce. Mais Mila retourne chez elle a Belgrade, où il la rejoint. Or Mila n’est pas là. Le narrateur l’attendra, se demandant pourquoi il est venu en Yougoslavie. Pour l’amour hypothétique de Mila ou pour assouvir sa haine de Branko ? Une histoire œdipienne, nous assure le préfacier Claude Burgelin, grand spécialiste de Perec. Voici donc une de ces amourettes d’adolescent livré à mille supputations. Ce récit, vrai-faux roman d’amour, admirablement maitrisé, manie le mystère à la manière d’un roman policier qui jouerait avec nos nerfs. Quant à l’attentat de Sarajevo -l’attentat historique de juin 1914-, il a bien pu inspirer le narrateur. Je ne vous dis que ça.

falseGeorges Perec, L’attentat de Sarajevo, Le Seuil , 183 p.

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