Le pari gagné du Musée juif de Belgique

Le 4 septembre 2016, en cette Journée européenne de la culture juive, plus de 30 pays dont l’Ukraine, la Géorgie et la Bosnie, ont mis à l’honneur la culture juive et son patrimoine sous toutes ses formes, dans le but de permettre à un large public d’en découvrir ses richesses.

Organiser aujourd’hui une Journée européenne de la culture juive, la démarche parait d’autant plus symbolique en cette époque de repli identitaire, de méfiance généralisée et de préjugés que seule l’ignorance de la culture de l’Autre peut faire naître.

Le Musée juif de Belgique en a payé un lourd tribut le 24 mai 2014. Pourtant, en dépit de cette difficile épreuve, l’équipe du Musée a réussi le pari de l’ouverture. Ce 4 septembre 2016, dans le cadre de la Journée européenne de la culture juive, le Musée juif de Belgique a choisi de mettre à l’honneur les Juifs en terre d’islam. L’idée étant de faire découvrir au plus grand nombre leur culture, leurs rites, leurs traditions musicales et les échanges qu’ils entretenaient avec les musulmans. L’objectif était de montrer aussi -et c’est ce qui sous-tend  cet évènement- ce qui nous réunit, ce qui nous rassemble et nous ressemble.

Au programme de cette Journée, une exposition de plus de cent photographies inédites de Juifs du Maroc, du Mellah de l’Atlas aux grands centres urbains, prêtées par le Centre de la culture judéo-marocaine à Bruxelles, ainsi que des clichés pris par Aaron Zedé Shulmann, dans les années 50. Des femmes de toute beauté y sont représentées dans leurs costumes traditionnels, exerçant des activités de la vie quotidienne ou posant pour le photographe le jour de leurs noces.

Au cours de la journée, le public aura pu écouter la conférence du professeur Joseph Chetrit, de l’Université de Haïfa, sur les traditions musicales des Juifs du Maroc, découvrir le documentaire des frères Berdugo sur la vie des Juifs marocains des années 50, en référence au travail photographique d’Aaron Zédé Schulmann, arrivé au Maroc en 1913 où il vécut jusqu’à sa mort, en 1981.

Le public aura pu également s’initier avec Mohamed Azaitraoui à l’art de la calligraphie arabe et hébraïque, découvrir l’usage du kalame, le roseau taillé pour calligraphier ces langues sémites qui s’écrivent toutes les deux de droite à gauche, comme des langues sœurs.

Ce fut un voyage dans le temps, dans l’espace et aussi une fête des sens. Dans un atelier dédié aux parfums d’Andalousie, Olivier Kummer, parfumeur de son état, nous a fait découvrir une palette de parfums créée à partir de plantes du Maghreb. Il a pu, par son érudition et sa connaissance de l’arabe et de l’hébreu, nous raconter l’odyssée de ces plantes et l’importance qu’elles occupent, tant dans la tradition musulmane que juive. Passionnant.

La musique a clôt cette journée riche en couleurs et en parfums, avec le Med Orchestra, dans un voyage musical à travers la tradition judéo-arabe, interprétée par Lior Elmaleh, sous la direction du chef d’orchestre et joueur de mandoline, Tom Cohen. Un moment de fête et de joie qui a dû faire fuir les esprits malfaisants et le mauvais œil, c’est certain.

Le public éclectico-bruxellois, en nombre, était également de la fête. Et si la culture judéo-arabe était finalement la clé de voûte pour une meilleure compréhension entre Juifs et Arabes ?

Nous attendons la prochaine Journée européenne de la culture juive à Bruxelles avec impatience.

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