Tel-Aviv rend hommage ce mardi 6 septembre 2016 au grand journaliste du Yediot Aharonot et survivant de la Shoah à l’occasion de ses 90 ans.
Un casting d’exception, pour un parcours hors du commun. Tel-Aviv organise aujourd’hui une grande soirée en l’honneur Noah Klieger, le rescapé de la Shoah et journaliste vedette du quotidien Yediot Aharonot, qui vient de fêter son 90e anniversaire. Le Président de l’Etat d’Israël, Reuven Rivlin, le rabbin de Tel-Aviv et administrateur de Yad Vashem, Yisrael Meir Lau, des membres de la Knesset et du corps diplomatique viendront rendre hommage à ce « combattant ».
Lors de la cérémonie, parrainée par l’asbl « Adopte une safta », la cinémathèque de Tel-Aviv prévoit de projeter La Boxe ou la vie, le film documentaire inspiré du récit autobiographique de Noah Klieger (paru en français aux éditions Elkana en 2008). Témoignage de sa déportation à l’âge de 16 ans, dans l’enfer du camp d’Auschwitz, ce livre a été préfacé par Elie Wiesel, récemment disparu.
« Elie Wiesel et moi sommes devenus amis dès notre première rencontre en 1946, à Paris. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’on a compris que nous avions vécu plusieurs mois durant dans les mêmes baraquements du bloc numéro 3 d’Auschwitz », écrivait le journaliste le 3 juillet dernier, dans la foulée de la disparition de l’auteur de La Nuit. Comme Elie Wiesel, Noah Klieger n’a jamais ménagé ses efforts pour commémorer les victimes de l’Holocauste. Son destin n’en demeure pas moins singulier.
Né à Strasbourg en 1926, Noah Klieger part en 1938 avec ses parents en Belgique, où la guerre les rattrape. A l’âge de 14 ans, Noah se joint à un mouvement clandestin de jeunes Juifs qui aide à faire passer des enfants vers la Suisse à partir de la France et sauve ainsi environ 300 jeunes. Arrêté sur dénonciation, il est déporté à Auschwitz le 15 janvier 1943.
Mais comme le fait remarquer son éditeur, Noah Klieger « a reçu en cadeau le don de survivre ». Depuis le début de son récit, quand à l’âge de 16 ans, en 1942, il exige la libération de son père devant un officier SS. Jusqu’à la fin, où il termine vivant la Marche de la mort, aux côtés de 600 autres prisonniers arrivés à Ravensbrück à bout de forces, alors qu’ils étaient 3.000 au départ du camp de Dora.
Fervent combattant contre l’antisémitisme
Il a aussi survécu à l’enfer d’Auschwitz, en se faisant passer pour un boxeur, alors qu’il n’était jamais monté sur un ring, contrairement au boxeur tunisien, Young Perez, l’un de ses compagnons d’infortune. Après sa libération, Noah Klieger couvre comme journaliste le procès des criminels de guerre nazis en Belgique, en France et en Allemagne.
En 1947, il émigre en Israël en tant que membre de l’équipage de l’Exodus, le plus célèbre des bateaux illégaux transportant des Juifs vers la Palestine mandataire. Et se porte volontaire dans l’armée juive naissante qui combat pour l’indépendance d’Israël. Une fois rodé à l’apprentissage de l’hébreu -dix mois pour le parler, cinq ans pour l’écrire-, le Strasbourgeois entre en 1957 au Yediot Aharonot, le principal quotidien israélien, d’abord en tant que journaliste sportif, puis comme spécialiste de l’histoire, du judaïsme et de la Shoah. Il devient également correspondant du journal français L’Equipe. Une collaboration de près de six décennies.
En parallèle d’une carrière journalistique de premier plan, Noah Klieger s’est surtout imposé comme l’un des plus farouches combattants de l’antisémitisme. Celui qui a accompagné moins de 150 délégations en visite dans le camp Auschwitz, n’a jamais cessé de témoigner. Plus de 70 ans après la libération des camps de la mort, il reste persuadé que son destin est d’avoir pu échapper au génocide nazi pour pouvoir parler.
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