Un salafiste antisémite sur les listes du parti au pouvoir pour les élections législatives au Maroc

Un imam salafiste marocain aux prises de position virulemment antisémites a été investi par le PJD, le parti islamiste actuellement au pouvoir pour les prochaines élections législatives marocaines. Cette investiture choquante a été soulevée et dénoncée par le journaliste belgo-marocain Mohamed Tijjini (Maghreb TV et 1ère chaîne marocaine). Dans l’entretien qu’il nous accorde, il revient sur l’attitude inacceptable du PJD dans cette affaire.

Comment avez-vous découvert que le PJD avait investi Hammad Kabbaj, cet imam salafiste, sur ses listes électorales à Marrakech ? Mohamed Tijjini : Comme j’anime une émission d’entretiens politiques sur la première chaîne de télévision marocaine, je dois suivre la campagne en vue des élections législatives du 7 octobre prochain. Certains partis, dont le PJD, le parti islamiste dit modéré, cherchent à placer sur leurs listes des candidats salafistes par pur électoralisme. Le plus connu de ces imams est Hammad Kabbaj de Marrakech. Comme tous les salafistes, il défend une vision rétrograde de l’islam (il s’oppose à la mixité hommes/femmes, veut imposer le niqab aux femmes, etc.). Dans mes recherches, j’ai découvert des enregistrements audio d’une série de conférences sur les Juifs qu’il avait données en 2011 dans sa mosquée. Ce cycle de quatre heures est intitulé L’histoire et  la réalité des Juifs, de l’époque des Pharaons à nos jours. Le contenu de ces conférences est virulemment antisémite. Quelques exemples : « Il faut être convaincu, et moi je le répète exprès, il faut être convaincu que le danger des Juifs n’est pas limité à la terre de Palestine, mais comme l’ont dit certains chercheurs, c’est une vipère dangereuse, sa queue est en Palestine et sa tête s’étend à toutes les parties du monde par des morsures venimeuses et mortelles », ou encore : « Ô Allah, occupe-toi des juifs, Ô Allah nous te prions de les repousser de nous et de nous protéger de leur méchanceté, Ô Allah fait en sorte de les exterminer, ils sont devenus des tyrans dans le pays et ont multiplié la turpitude, déverse sur eux, Ô Allah, le plus grand des châtiments ». Et enfin cet extrait on ne peut plus clair : « Ce sont ceux-là les Juifs, ce sont ceux-là les sales, les répugnants ceux qui ont perverti, oppressé et sont devenus des tyrans. Nous demandons à Allah de se venger d’eux et qu’il les extermine et qu’il nous protège de leur méchanceté et qu’il leur retourne tous leurs projets de méchanceté ». Il ne fait aucun doute que son discours appelle explicitement à la haine et à l’extermination de tous les Juifs.

Cet imam assume-t-il ses propos ? M.T. : Il ne nie pas avoir tenu ces propos, mais il réagit en adoptant la posture antisioniste. Il prétend qu’il ne désigne pas les Juifs de manière générale, mais les « Juifs sionistes d’Israël qui massacrent les Palestiniens ». C’est faux et même s’il vise les « sionistes », j’estime qu’on ne peut appeler à la destruction des Juifs d’Israël. On voit bien qu’il joue sur la fibre pro-palestinienne des Marocains. Il n’ignore pas qu’en se positionnant comme antisioniste, il apparait aux yeux des Marocains comme un homme intègre et sensible à l’injustice. Cela montre bien, et c’est regrettable, qu’il vaut mieux être antisioniste que proche des Juifs !

Quelle est la réaction du PJD depuis que vous avez révélé le discours antisémite de son candidat à Marrakech ? M.T. : Il ne réagit absolument pas. Pire, il essaie d’organiser des sorties médiatiques pour que Hammad Kabbaj puisse se défendre et réfuter les accusations que j’ai portées contre lui. Il va jusqu’à prétendre qu’il est le champion du dialogue et de la cohabitation pacifique entre communautés ! Tout cela est proprement scandaleux, d’autant plus que ce type de discours va à l’encontre des valeurs de tolérance de l’islam modéré dont se réclame le Maroc. Notre pays compte encore une communauté juive, il est donc important de respecter les valeurs de coexistence et d’ouverture que nous prônons officiellement. Je regrette surtout que le PJD, qui se profile comme un parti islamiste « modéré » et démocratique, place sur ses listes électorales un individu de ce type. A la limite, je peux admettre que le PJD ne connaissait pas bien cet imam. Mais dès lors qu’il est établi que son discours relève de l’antisémitisme, le PJD ne peut plus se dérober. Il doit prendre ses responsabilités en se désolidarisant de lui et en le retirant de ses listes. En lui permettant de se présenter, le PJD ne contribue pas du tout au processus de démocratisation du Maroc et envoie surtout un mauvais signal, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. C’est contraire aux valeurs marocaines et cela entache gravement l’image de notre pays. Le refus du PJD de prendre ses responsabilités en dit long sur sa vision de la société. Cela m’inquiète beaucoup pour l’avenir du Maroc.

Comment réagit la diaspora marocaine face à ces propos antisémites ? M.T.  : Aucune réaction. C’est une autre source d’inquiétude. Les Belges d’origine marocaine et tous les amoureux du Maroc se taisent. Et notamment les responsables politiques belges d’origine marocaine. Prompts à dénoncer le racisme et l’islamophobie en Belgique, ils ne prennent absolument pas position, même après qu’on leur a soumis toutes les preuves. Par cohérence, ils doivent dénoncer la présence de cet antisémite sur les listes du principal parti politique marocain. Si on lutte contre le racisme en Belgique, on ne peut pas l’ignorer quand il sévit dans son pays d’origine.

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