Après la sortie de son dernier ouvrage*, le psychiatre Isy Pelc viendra nous parler « Bien-être » au CCLJ le jeudi 29 septembre 2016, à 20h. Une mission éducative trop longtemps négligée dans les écoles, et qu’il souhaite relancer à travers des « Ateliers du Bien-être », pour contribuer à un « développement humain durable ».
Vous avez consacré au bien-être une grande partie de votre carrière de psychiatre. Est-on arrivé aujourd’hui à un point critique ?
Isy Pelc On a toujours cherché à se sentir mieux, à trouver en soi ou dans son environnement des moyens pour améliorer son bien-être. Bien sûr, il y a aujourd’hui tous ces événements politiques, ces attaques terroristes qui nous font peur, un repli des parents aussi, de l’éducation, mais je ne pense pas que cette période-ci soit plus préoccupante qu’une autre. On voit aussi d’excellentes choses. En revanche, je vois depuis un certain nombre d’années que de plus en plus d’enseignants m’interpellent, me disent qu’ils ne s’en sortent plus. Dans l’enseignement actuel, et le secondaire en particulier, ils se retrouvent non seulement confrontés à des difficultés d’apprentissage de certains élèves, mais aussi au fait de devoir négocier toutes ces différences idéologiques, culturelles et personnelles. Et ils ne sont pas formés pour interpréter les comportements de ces jeunes…
Instruction et éducation sont liées, selon vous. N’est-ce pas donner une trop grosse responsabilité aux écoles ?
IP Je ne le pense pas. On ne s’instruit bien que lorsqu’on est correctement éduqué, qu’on est bien dans sa tête. Amasser des connaissances aide à se développer et le développement personnel est la conséquence de nos apprentissages. Il faut au minimum quatre conditions pour le développement personnel : le développement des liens affectifs, avec des « tuteurs de résilience » (Boris Cyrulnik), quand ces liens ne sont pas présents dans le milieu naturel ; il faut aussi de la connaissance. Si vous ne savez pas que c’est la terre qui tourne autour du soleil et non l’inverse, vous resterez enfermé dans ce que votre milieu familial vous a appris depuis toujours, l’ouverture au monde est donc indispensable. Il y a ensuite l’estime de soi : il faut représenter quelque chose, jouer un rôle, être utile, pour ne pas sombrer dans la déprime. Et enfin, il faut des valeurs. Il n’y a pas que les Lumières qui peuvent nous éclairer. Les émotions, ce que l’on ressent, la croyance (en l’amitié, l’amour, les amis ou autre), c’est aussi très important, sans pour autant vouloir l’imposer aux autres. Le problème est que certains se font manipuler, comme les djihadistes dont on profite du mal-être. Ceux qui n’ont rien de positif dans leur vie, pas de valeurs, pas de liens, pas de plaisir -pas de bien-être en un mot- qui peut être mis en concurrence avec ce qu’on leur propose, la drogue, comme les radicalismes, ceux-là vont craquer.
En quoi consistent les « Ateliers du Bien-être » que vous avez lancés au Lycée Dachsbeck de 2009 à 2014 ?
IP On a commencé avec des enseignants bénévoles volontaires et on leur a d’abord proposé des formations à travers des séminaires donnés par des collègues, psychiatres, sociologues, philosophes. On les a notamment formés à reconnaitre les émotions, pour mieux pouvoir les gérer. On ne parle pas d’un cours. Il s’agit d’une heure qui doit permettre aux élèves de discuter avec les enseignants qui ont été formés. On essaie de se comprendre, de se mettre à la place de l’autre, de voir comment on aurait réagi, en écoutant les appréciations des uns et des autres, cela peut être une occasion de parler des obédiences religieuses aussi. « Eduquer pour vivre ensemble », le sous-titre de mon livre, c’est exactement ça : s’ouvrir au monde, voir ce qui me convient de mon héritage spirituel, de ma famille, mais aussi aller voir ailleurs et se développer, en respectant un certain nombre de valeurs communes.
Quels effets ont pu être constatés ?
IP On a démarré à Dachsbeck avec 5% d’élèves qui connaissaient un refus d’inscription l’année suivante. Cinq ans après, on était passé à 1%. En début d’année, aujourd’hui, dans chaque classe, on demande aux élèves ce qu’ils souhaiteraient améliorer dans l’école, et régulièrement on regarde comment cela évolue, et on évalue. Aujourd’hui aussi, à Dachsbeck, à 12 ans, avant chaque interrogation, les élèves poussent les bancs, se mettent ensemble et en 3-5 minutes, ils font des exercices de relaxation, leurs résultats s’en trouvent améliorés. Les « Ateliers du Bien-être » existent à présent dans chaque classe de secondaire, une heure tous les 15 jours. Cela fait du bien aux élèves, aux enseignants qui retrouvent leur estime d’eux-mêmes et se font de nouveau respecter, mais aussi aux parents, reconnaissants d’avoir une école qui les aide à éduquer. Mettre ces ateliers en place est simple et peu coûteux. Nous sommes intervenus bénévolement, comme beaucoup de retraités peuvent le faire. La formation au bien-être doit devenir une priorité. C’est un investissement qui contribue à la prévention des pathologies psychiatriques, par conséquent au « développement humain durable ». J’espère que ces ateliers se généraliseront dans toutes les écoles. Quelle école aujourd’hui ne connait pas de difficultés ? C’est juste une question de bonne volonté !
* Isy Pelc, A l’école du bien-être. Eduquer pour vivre ensemble, éd. Marque belge.
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