Le burkini, cette coquetterie salafiste

Je reste abasourdie par les nouvelles collections de grandes marques qui ont fait la promotion du voile islamique, du burkini et de la tenue islamique globale sur un ton glamourisé, appelé pour la circonstance « la mode pudique ».

A quel jeu jouent ces stylistes ? La présence du voile islamique dans nos cités correspond à la progression de l’islam politique dont le voile est l’étendard. Le voile s’est répandu chez nous depuis la révolution islamique en Iran. Les jeunes filles belges de la troisième génération issue de l’immigration se sont mises à le porter comme les femmes orientales.

Je ne peux m’empêcher de me poser la question suivante : un instrument d’oppression dans certains pays peut-il devenir un signe de liberté pour d’autres ? En d’autres termes, un voile porté à Bruxelles a-t-il le même sens qu’un voile porté en Arabie Saoudite ? Pour ma part, le voile ne se vide pas de son sens en traversant les frontières. Il ne change pas de nature pour autant. Nous savons aussi que depuis des millénaires dans tout le pourtour de la Méditerranée, le voile des femmes est en lien avec leur assujettissement sur le plan politique, juridique, économique, et bien sûr sexuel !

Esther Benbassa, sénatrice écologiste française, prône une certaine conception de la liberté individuelle en comparant le voile islamique à la minijupe : « Le voile ne serait pas plus aliénant que la minijupe ». Une comparaison malheureuse qui n’a pas lieu d’être. Le voile correspond à une contrainte, alors que la minijupe est un choix. Derrière la minijupe, il n’y a pas d’idéologie, il n’y a pas de religion, il n’y a pas de châtiments si l’on décide de ne pas la porter. Derrière le voile, il y a une série de revendications imposant des préceptes sociaux, mais aussi des normes politiques d’organisation d’une société. Le voile est donc bien en lien avec l’idéologie politique de la religion. Alors, glamouriser la tenue islamique, c’est la banaliser, et plus tard en faire la norme. Non, le voile n’est pas banal ! Occulter la charge qu’il porte, en jouant les délirants du tout-va-bien, c’est occulter ses responsabilités d’être humain, d’humaniste, c’est ne pas vouloir prendre en considération ce que l’on injecte dans l’esprit des individus et les conséquences de cette injection sociale.

Depuis la nuit des temps, les religions se sont organisées pour contrôler les corps des femmes. En Amérique latine, des millions de femmes n’ont pas le droit à l’avortement à cause de l’église catholique. A cause d’hommes religieux et politiques, des millions de femmes doivent se couvrir de la tête aux pieds, à cause de certaines interprétations de la religion islamique.

En tant que féministe, je veux critiquer la répartition des tâches domestiques, la sexualité, le travail, le voile et maintenant, le burkini. Je veux pouvoir interroger le voile et le burkini, car ce sont des instruments qui vont séparer les hommes des femmes, et les femmes entre elles, de manière visible dans l’espace public. Ces femmes ainsi désignées seront assignées à un rôle particulier, à une représentation particulière, ce qui ralentit cette marche pour l’égalité pour laquelle je lutte. Je soutiens donc pleinement l’appel au boycott des marques qui se lancent dans la mode islamique, un appel initié par Elisabeth Badinter. Cette mode islamique n’est rien d’autre qu’un signe d’aliénation supplémentaire des femmes, sous la pression communautariste d’une frange radicale de l’islam, certes minoritaire, mais très influente !

Le burkini, qui couvre tout le corps à l’exception du visage, pourrait suivre la même évolution que le voile. Car cette coquetterie néosalafiste qui tend à effacer le corps des femmes tient aussi de l’idéologie islamiste. Mais l’espace public (la plage) appartient à tout le monde et les forces de l’ordre ont autre chose à faire que de courir sur les plages pour verbaliser toutes ces femmes qui portent le burkini. En revanche, il serait inconcevable que des filles puissent le porter pendant les cours de natation à l’école.

Nos ennemis sont les djihadistes qui tentent de fracturer notre société en générant le chaos. Nos ennemis ne sont pas ces femmes qui portent le burkini, pas forcément par militantisme, mais parce qu’elles subissent des pressions sociales, ou qu’elles se sentent mal dans leur corps. L’arrêté de Cannes (avec raison suspendu par le Conseil d’Etat) qui consiste à interdire le burkini sur les plages publiques parle de tenues correctes, respectueuses de bonnes mœurs et de la laïcité. Pourquoi dans ce cas, ne peut-on pas interdire le topless ou le string ?

Ne validons pas le discours victimaire des fanatiques religieux en interdisant le burkini sur les plages publiques. Cela irait à l’encontre de nos valeurs laïques. Ne leur donnons pas cette possibilité d’utiliser leur mot préféré : « islamophobie ». Un mot vide de sens, mis au point par les Frères musulmans. Ne rentrons pas dans le piège qui nous est tendu par les islamistes. Restons lucides, restons laïques. 

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