Il y a 74 ans débutait la déportation des Juifs et des Tziganes de Belgique…
Comme chaque année, le Pèlerinage de Malines, qui en était cette année à sa 60e édition, s’est déroulé dans le recueillement et l’émotion. Maître Max Haberman, maître de cérémonie et lui-même fils de déporté, a notamment rappelé qu’au départ de la Caserne Dossin, plus de 25.000 Juifs ont été déportés entre le 4 août 1942 et le 31 juillet 1944, en 27 transports…
A leur retour de l’enfer, les rares survivants ne purent guère s’exprimer, tant l’horreur était difficile à entendre. Ce n’est qu’après quelques décennies que la parole a enfin pu se libérer, dévoilant ce qu’avait été la Shoah.
Après l’allumage des six flammes du Souvenir et l’hommage aux martyrs tziganes de Belgique rendu par les représentants de la communauté juive, les élèves de l’athénée Ganenou et de l’école Beth Aviv ont lu les noms de déportés et résistants assassinés.
Dans son allocution, le bourgmestre de Malines, Bart Somers, a mis en garde : « La menace de la barbarie est plus présente que jamais. Nous devons résister de toutes nos forces à ce danger mortel ».
La veille du pèlerinage, les mouvements de jeunesse juifs s’étaient rassemblés au CCLJ pour entendre le témoignage de trois rescapés de la Shoah, et c’est tôt dans la matinée qu’ils ont entamé la Marche de Malines au départ de la gare de Boortmeerbeek, avant de se joindre à la cérémonie de la Caserne Dossin. L’intervention de deux représentants de la Brith a été très remarquée : « Nos grands-parents et arrière-grands-parents ont souffert et résisté face à la fureur nazie qui voulait éradiquer le peuple juif. Mais nous, les jeunes, nous sommes la réponse vivante de ce génocide. Nous sommes présents et veillons à assurer la pérennité du judaïsme ».
« L’indifférence a permis de préparer le mal »
Autre moment fort, le discours de Marcel Frydman, professeur de psychologie, ancien enfant caché, qui a rappelé que les enfants déportés étaient massacrés dès leur arrivée dans le camp. Par chance, d’autres enfants ont pu être sauvés, grâce à des réseaux de résistance, dans des institutions religieuses ou dans des familles compatissantes et courageuses.
Après la guerre, ces enfants se sont regroupés au sein de l’Association des Enfants cachés, formant des ateliers de parole et eux aussi, comme les rares rescapés des camps, ont pu raconter leur vécu, certes sans commune mesure avec l’horreur concentrationnaire. Les enfants cachés ont néanmoins traversé des années angoissantes, redoutant les rafles de septembre 1942, séparés de leurs parents, ayant perdu leur identité, craignant les dénonciations, vivant dans l’angoisse quotidienne. « Les conditions d’existence dans la clandestinité empêchaient toute réaction normale. Nous ne pouvions pas pleurer, car nous risquions de nous faire remarquer. Et il a fallu des dizaines d’années avant de pouvoir exprimer nos souffrances doublées par celles de nos proches ». L’orateur a rendu hommage aux nombreux concitoyens belges qui ont risqué leur vie pour sauver des enfants juifs en détresse.
Le vice-Premier ministre Kris Peeters a, quant à lui, rappelé les paroles d’Elie Wiesel : « L’indifférence a permis de préparer le mal qui a produit la Shoah ». Avant d’insister sur le danger que font peser les extrémistes sur la démocratie.
Micha Eisenstorg, président de l’Union des Déportés juifs de Belgique – Filles et Fils de la Déportation, a salué et remercié les jeunes qui avaient participé à la Marche. Il a aussi tenu à rendre hommage aux victimes des attentats de Zaventem et de Bruxelles. Enfin, il s’est élevé contre la politique révisionniste du gouvernement polonais, une politique inquiétante et inadmissible. Et de conclure en lançant un appel aux jeunes : « Nos derniers témoins disparaissent peu à peu. A vous les jeunes de perpétuer notre mémoire ! »
La cérémonie s’est clôturée par le chant des Partisans juifs, interprété en yiddish par les enfants de l’école Beth Aviv, devant le portail, grand ouvert, de la Caserne Dossin qui donne sur la cour…
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