Le 14 novembre 2016 à 19h30, en collaboration avec la députée Christiane Vienne, André Versaille vous convie à une soirée diner-conférence au profit des femmes et des enfants victimes du génocide des Tutsi en 1994. Il nous explique ses motivations et les objectifs de l’association SEVOTA à laquelle seront reversés les bénéfices.
Cette soirée du 14 novembre une soirée caritative est-elle la prolongation du film que vous avez réalisé sur le sujet ?
Je suis en effet infiniment reconnaissant à ces femmes de la confiance qu’elles m’ont faite d’apporter leurs témoignages pour le film Rwanda la vie après – Paroles de femmes, que j’ai réalisé avec Benoit Delvaux et dans lequel elles racontent leur parcours, de la fin du génocide à aujourd’hui, avec la maladie, l’accouchement d’un enfant de génocidaire, le rejet et la solitude qu’elles ont pu ressentir. On peut donc dire que cette soirée s’inscrit dans la volonté de propager les témoignages de ces souffrances. Rapporter ces témoignages est certes nécessaire, mais il est encore bien plus utile d’aider financièrement ces femmes et ces enfants.
Les femmes et les enfants restent-ils les premières victimes des génocides ?
Le femmes surtout, car elles sont les victimes de viols utilisés comme arme de destruction massive destinée à désespérer une population minoritaire. De tout temps, les guerres ont été le théâtre de très nombreux viols. Mais depuis une quarantaine d’années, le viol, de latéral, est devenu central dans les guerres. Ce fut le cas des femmes tutsi au Rwanda, mais aussi en ex-Yougoslavie, comme ce l’est aujourd’hui sur d’autres territoires : au Congo, en Syrie, en Somalie, au Nigéria. Comble de l’horreur, au Rwanda, comme au Congo, ces viols se sont accompagnés de mutilations génitales. Manière pour les criminels de signer leurs forfaits au cœur de l’intimité des femmes qu’ils ont saccagées. Au Rwanda, des milliers des femmes tutsi violées ont donné naissance à des enfants. Aujourd’hui, souvent écrasés par le poids des circonstances de leur naissance et de la pauvreté, ces enfants luttent pour trouver leur place au sein de leur pays.
Qui est Godelieve Mukasarasi et quel est l’objectif de l’organisation SEVOTA à laquelle vous reverserez les bénéfices de la soirée ?
Godelieve Mukasarasi est une Hutu, épouse d’un Tutsi, qui fut donc traquée comme traitresse à la cause des Bahutus par les génocidaires. Au lendemain du génocide, devant la vision de la population dévastée et traumatisée, elle a fondé son association SEVOTA (Solidarité pour l’Epanouissement des Veuves et des Orphelins visant le travail et l’Auto-promotion), destinée à venir en aide aux femmes rescapées et à leurs enfants. Elle est ce que l’on appelle une « Juste ». Nous l’avons rencontré à plusieurs reprises elle, mais aussi les membres de son équipe, ainsi que plusieurs dizaines de ces femmes rescapées qui ont été accueillies par SEVOTA. Outre l’aide apportée à la réinsertion de ces femmes dans la vie sociale par l’apprentissage d’un métier à leurs mesures, SEVOTA les a soutenues en leur apprenant à verbaliser ce qu’elles ont enduré, à vaincre leur honte, et enfin à confier à leurs enfants le secret de leurs naissances. Aujourd’hui, Godelieve Mukasarasi et l’équipe de SEVOTA se trouvent devant une nécessité : empêcher des jeunes vivant dans la pauvreté de devenir une nouvelle génération de la haine. Pour une part, ces jeunes sont nés des viols de 1994, d’autres sont des orphelins de la famille de ces femmes rescapées, et d’autres encore sont des enfants âgés de 6 à 14 ans, que les femmes rescapées ont eus par la suite, mais que la pauvreté ou la violence conjugale ont empêchées de dispenser une bonne éducation. SEVOTA se donne pour mission immédiate de soutenir 300 jeunes dans leur évolution, pour une majorité dans leur scolarité, pour les autres dans l’accompagnement dans la vie professionnelle. Il s’agit donc pour les premiers de financer le minerval, le matériel scolaire, l’uniforme, pour les seconds, une formation professionnelle : soit agricole, suivie de l’acquisition d’une parcelle de terrain en milieu rural ; soit urbaine, avec l’ouverture d’un petit commerce de proximité. Il faut savoir qu’avec 80€, vous offrez un an de scolarité à un enfant !
Au programme de la soirée, Elie Barnavi viendra rappeler comment un génocide survient. Cette sensibilisation est-elle plus que jamais nécessaire?
Je pense que cette sensibilisation reste toujours nécessaire. Trois génocides se sont succédé au 20e siècle -quatre si l’on ajoute l’« auto-génocide » cambodgien-, et rien ne nous garantit que l’on n’en verra pas au 21e. Nous savons ce que valent les promesses « Plus jamais ça ! ». Nous sommes heureux qu’Elie Barnavi ait accepté de venir mener cette réflexion générale sur la manière et les conditions qui rendent possible un génocide : clivages politiques et sociaux, mobilisation de l’appareil de l’Etat, usage massif des moyens de propagande, le tout aboutissant au conditionnement psychologique nécessaire à transformer un nombre suffisant de citoyens en un agrégat de tueurs. C’est ce conditionnement psychologique qui crée la psychose collective permettant au groupe génocidaire de ne plus voir en ses victimes des êtres humains, mais un déchet à éliminer.
Théâtre Marni, 25 rue des Vergnies, 1050 Ixelles.
La conférence, organisée en partenariat avec le CCLJ, sera suivie d’un dîner.
Infos et réservations avant le 10/11 : www.theatremarni.com
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Médecins du monde : BE26 0000 0000 2929 avec mention « Rwanda, la cause des femmes et des enfants »