Avec 290 grands électeurs (270 étaient nécessaires pour remporter la victoire), contre 228 pour sa rivale démocrate Hillary Clinton, Donald Trump devient le 45e président des Etats-Unis. Ses velléités isolationnistes et l’antisémitisme affiché de certains membres de son état-major de campagne ne manquent pourtant pas de susciter en Israël les plus vives inquiétudes.
A l’instar de leurs commentateurs politiques et éditorialistes, les Israéliens sont sous le choc après la victoire de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. « Au début, ce type nous a un peu amusés avec sa coiffure peroxydée, ses prises de position tonitruantes et son comportement non conventionnel. Mais nous avons rapidement compris qu’il s’agit d’un menteur pathologique et narcissique sans expérience politique. Il est imprévisible et Israël risque de payer cher cette aventure », a déclaré un chroniqueur de « Kol Israël » qui participait à l’une des nombreuses « nuits américaines » organisées par les médias de l’Etat hébreu.
Ces dernières semaines, Benjamin Netanyahou avait explicitement ordonné à ses ministres et aux élus du Likoud, son parti, de ne faire aucun commentaire sur le cours de la campagne américaine. Surtout, de ne prendre parti pour personne. Mais en privé, nombre d’entre eux n’ont jamais caché leur préférence pour Clinton, avec laquelle ils avaient pris l’habitude de travailler lorsqu’elle était secrétaire d’Etat de Barack Obama.
« La candidate démocrate est bien connue chez nous, l’autre ne l’est pas du tout. Israël n’aime pas les surprises et préfère donc tabler sur du sûr, c’est à-dire sur Clinton », déclarait il y a huit jours un cadre du Likoud interviewé de manière anonyme par le quotidien Yediot Aharonot. Mais rien ne s’est pas comme espéré.
« Nous sommes désormais dans le brouillard puisque personne n’a réussi à décrypter Trump. On ne sait pas vraiment ce qu’il veut, ce qu’il va faire, et comment il va procéder », affirme le commentateur politique Oudi Segal. « Certes, durant la campagne, il a multiplié les déclarations d’amour envers Israël. Il a promis de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et sa fille, convertie au judaïsme depuis son mariage avec un Juif pratiquant, est venue rencontrer des rabbins influents à Jérusalem. Mais dans le même temps, il a répété que sous sa présidence, les Etats-Unis se désengageraient des affaires mondiales. Donc du Proche-Orient. En outre, au début de sa campagne, il a affirmé qu’il exigerait qu’Israël et les autres alliés des Etats-Unis remboursent l’aide accordée par ce pays. Si c’est le cas, nous allons souffrir ».
Les Israéliens résidant aux Etats-Unis favorables à Trump
Ajoutons à ce tableau le fait que certains des membres de l’état-major du milliardaire sont ouvertement antisémites, que le Ku Klux Klan et les milices survivalistes ont apporté leur soutien au candidat républicain, et l’on comprendra mieux l’inquiétude israélienne.
Depuis un an, les Israéliens ont suivi la campagne électorale américaine de manière quasi permanente et avec un intérêt soutenu. Parce que les Etats-Unis sont l’allié stratégique principal de leur pays et parce que 600.000 ressortissants de l’Etat hébreu résident de l’autre côté de l’océan. Contrairement aux Juifs américains qui soutiennent traditionnellement le parti démocrate, les Israéliens ayant obtenu la nationalité américaine soutiennent les républicains.
En Floride où 30.000 d’entre eux disposent du droit de vote, ils ont massivement choisi Trump. « Parce qu’il va claquer la gueule de l’Iran, remettre les Palestiniens à leur place, et boycotter les organisations internationales antisémites comme l’ONU et l’Unesco », jubilait ainsi David, un Israélo-américain de la côte ouest interviewé depuis Jérusalem.
A Ramallah, les responsables de l’Autorité palestinienne et du Fatah sont tétanisés par le résultat de l’élection présidentielle américaine. A leurs yeux, si le nouveau locataire de la Maison-Blanche applique effectivement sa politique isolationniste, Israël pourra agir encore plus librement que par le passé dans les territoires occupés. Donc, développer ses colonies ou en créer de nouvelles.
En tout cas, en Israël comme dans les territoires palestiniens, personne ne compte sur Trump pour remettre sur pied le processus de paix bloqué depuis 2013. Tout cela ne l’intéresse pas et il ne s’en est jamais caché.
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