Les paroles perverses, comment les reconnaitre et comment s’en défaire, c’est le sujet qu’a choisi de traiter dans son dernier livre (aux éditions PayotPsy) le psychiatre, psychanalyste et thérapeute de couple Robert Neuburger. Il sera au CCLJ le 1er décembre 2016 à 20h pour nous en parler.
Vous rangez les violences perverses parmi les violences conjugales. Avec quelle spécificité, peut-être celle d’être une violence sournoise ?
Tout à fait, dans le sens où cette violence n’est pas repérée. Les victimes s’en rendent compte souvent par leurs effets, elles se sentent soudain mal au contact de l’autre, elles ressentent des symptômes physiques sans savoir exactement d’où ils proviennent. Souvent, ce sont les autres qui repèrent ce qui se passe, mais pas les victimes. D’abord parce qu’on n’a pas toujours envie de voir son partenaire sous un aspect négatif, après avoir passé plusieurs années avec lui, et aussi parce que si on le repère, cela met le couple en danger.
Vous décrivez le couple comme un laboratoire communicationnel.
Oui, d’autant plus qu’il s’agit d’un milieu fermé, ce qui le rend peut-être plus périlleux que d’autres milieux qui peuvent compter sur des témoins. On trouve cela de la même manière dans les rapports employé-patron/supérieur. Le couple est propice au développement des manipulations verbales, mais sans doute autant que le milieu professionnel. La peur joue un rôle très important dans la méconnaissance de ce qui se passe : ici, on connaitra la peur de perdre son travail, là de perdre son couple.
Vous tenez à distinguer clairement les paroles perverses des êtres pervers, ceux que l’on appelle communément les ‘pervers narcissiques’ ?
On peut en effet être un jour manipulateur et à un autre moment de sa vie victime, raison pour laquelle je ne crois pas du tout à cette histoire de pervers narcissique, qui impliquerait que les pervers le soient à temps partiel. C’est une notion très dangereuse dont on abuse, selon moi. Des thérapeutes affirment que vous êtes victime d’un pervers narcissique sans n’avoir jamais vu le pervers en question, et cela peut se terminer par un divorce pas forcément justifié ! Quand les gens manipulent dans un couple, c’est pour obtenir ou dissimuler quelque chose, il y a « anguille sous roche » comme on dit. La perversion, c’est le plaisir gratuit de faire mal. Faire usage de paroles perverses et être pervers, ce n’est pas la même chose. Je pense que tout un chacun peut utiliser des paroles perverses. Qui n’a jamais menti dans son couple ? Aucun couple ne tiendrait si l’on ne mentait pas de temps en temps, c’est donc absurde. Cela ne signifie pas que je soutiens ce genre de pratique, je dis juste qu’il ne s’agit pas nécessairement de pervers narcissiques. Ce sont des gens qui utilisent des techniques perverses dans un but précis. Mais la victime étant manipulée, elle ne voit pas pourquoi son partenaire agit de la sorte, et cela peut engendrer des troubles parfois graves. Nous ne sommes d’ailleurs pas tous égaux face aux manipulateurs. Si l’on a reçu une éducation assez culpabilisante, on gardera ce réflexe d’immédiatement culpabiliser face à ce qui se passe, avec probablement plus de difficultés pour repérer les manipulations.
Le négationnisme est-il la pire des perversions langagières ?
Je passe en revue dans mon livre les différentes manipulations perverses, de la plus bénigne à la plus dangereuse, et le manipulateur en essaie parfois plusieurs avant d’être efficace. Le négationnisme est probablement la manipulation la plus pathogène, qui peut entrainer jusqu’au délire du partenaire. Il est extrêmement pernicieux, dans la mesure où il agit sur votre confiance en vous, sur votre rapport à la réalité. Comme lorsque l’une de mes patientes voit, à travers une vitre dépolie, son mari porter une bouteille à ses lèvres, et quand elle le lui fait remarquer, il lui assure que c’est dans son imagination. Ca la met dans un état de profonde confusion, qui peut aller jusqu’au délire. Le négationnisme ne concerne donc pas uniquement l’histoire, il peut être présent dans les couples, en s’adressant au contexte de la victime. Avec parfois un retournement de situation où le bourreau se fait passer pour la victime.
L’arrivée d’Internet a-t-il changé la donne ?
Les nouvelles technologies, Internet et surtout les gsm, sont redoutables et facilitent les intrusions dans l’intimité de l’autre. Mais encore faut-il avoir envie de savoir ! Le gros problème est là. Quand je parviens à repérer des informations dans les couples, il ne faut pas croire que les gens me sont reconnaissants, parce qu’ils se retrouvent confrontés à un problème de la réalité difficile, qu’ils ne peuvent dès lors plus ignorer puisqu’ils en sont conscients. Ils sont moins malades, mais ils sont plus malheureux, et mettront parfois du temps à se reconstruire.
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