Avec le procès d’Adolf Eichmann qui s’ouvre à Jérusalem le 11 avril 1961, un criminel nazi est soumis pour la première fois au jugement de ses victimes.
De 1939 à 1945, Adolf Eichmann a dirigé le département des affaires juives, le bureau IV B4 du Bureau central de sécurité du Reich (RSHA) de la SD, le service central de répression du IIIe Reich. La tâche principale d’Eichmann entre 1941 et 1945 est d’organiser la déportation des Juifs vers les centres d’extermination.
Tout au long de son procès, Eichmann se borne à répéter qu’il n’était qu’un exécutant ayant obéi aux ordres. Mais ses déclarations d’après-guerre, ses réponses lors de l’interrogatoire mené après son arrestation et les propos qu’il tient devant le tribunal indiquent aux juges qu’il n’est pas du tout ce fonctionnaire falot et dénué de libre arbitre.
Le tribunal israélien a saisi le vrai visage d’Eichmann, celui d’un nazi fanatique obsédé par l’accomplissement du projet d’extermination des Juifs d’Europe. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur le rôle central d’Eichmann dans la déportation de 474.000 Juifs de Hongrie vers Auschwitz-Birkenau entre avril et octobre 1944. Envoyé à Budapest, Eichmann est le véritable maître d’œuvre de cette déportation de masses. Il y déploie une énergie démoniaque en prenant soin de vérifier personnellement si les convois sont bien remplis et en s’assurant jusqu’au dernier moment que les Juifs sont bien déportés. Eichmann pousse le fanatisme jusqu’à désobéir à Himmler qui lui ordonne de cesser les déportations en raison de la progression des armées alliées.
Eichmann a beau répéter qu’il n’était qu’un fonctionnaire obéissant, les entretiens qu’il a accordés en 1956 à Buenos Aires à Willem Sassen dont les transcriptions sont lues lors du procès l’accablent complètement. Dans ces entretiens enregistrés, Eichmann parle très librement. Il ne cesse de se vanter de son rôle dans la Solution finale, se félicite d’avoir exterminé des millions de Juifs, et se souvient avec joie du bon temps qu’il a passé en Hongrie !
Le 11 décembre 1961, soit huit mois après l’ouverture de son procès, Adolf Eichmann est reconnu coupable de crimes contre le peuple juif, crimes contre l’Humanité et crime de guerre. La lecture du jugement de 211 pages a duré quinze heures et les trois juges, Moshé Landau, Yitzhak Raveh et Benjamin Halevy se sont relayés pour le lire. Le lendemain, le juge Landau prononce la sentence, en le condamnant à la peine de mort.
Eichmann interjette appel, mais le 28 mars 1962, la Cour d’appel de Jérusalem confirme le verdict. Le recours en grâce déposé le 31 mai devant le Président de l’Etat d’Israël ayant été refusé, Eichmann est pendu le jour même, peu avant minuit dans la prison de Ramleh. Son corps est ensuite incinéré dans un crematorium construit pour cet usage exclusif. Ses cendres seront dispersées en Mer méditerranée à l’aube du 1er juin 1962.
]]>