Saul Leiter – Rétrospective

Jusqu’à la fin janvier 2017, à Anvers, le musée de la photographie (FOMU) et la Gallery Fifty One mettent à l’honneur l’œuvre de Saul Leiter (1923-2013), un des plus grands photographes de la vie urbaine new-yorkaise de l’après-guerre, pionnier de la photo d’art en couleur.

Originaire de Pittsburgh, Saul Leiter abandonne ses études de théologie à Cleveland pour s’établir à New York en 1946 et devenir artiste, un choix de carrière que son père rabbin n’approuve pas du tout. Après avoir vu une exposition de Cartier-Bresson au MoMA, Saul décide de devenir photographe. Flânant dans les rues de New York, il saisit au quotidien la vie des habitants de la grande ville et se tourne vers la couleur dès 1948, à une époque où les photographes qui veulent faire de l’art ne travaillent qu’en noir et blanc, jugeant la couleur juste bonne pour la photo amateur ou la publicité. Dans un premier temps, le jeune photographe désargenté achète des films Kodachrome périmés. Il produit un travail très personnel qu’il se soucie peu de promouvoir, se contentant de projeter ses diapositives pour ses amis, dans son appartement de l’East Village.

Peintre inspiré par l’art de Mark Rothko et Franz Kline, Saul Leiter transpose dans sa photographie l’esthétique des maîtres de l’expressionnisme abstrait. Ses instantanés tendent vers l’abstraction, se caractérisant par leur composition asymétrique, les violents contrastes d’ombre et de lumière. Ne montrant ni les bâtiments ni les paysages de la ville, Leiter s’attache à saisir des détails, des reflets, capturant l’atmosphère mystérieuse de la rue et des passants anonymes. Il aime travailler au télé-objectif, privilégie le flou, la buée et structure ses compositions autour de miroirs, de fenêtres, de panneaux de signalisation, de fragments de façades et de figures fugitives.

Ses images ne communiquent pas de message politique ou social, mais nous confrontent aux instantanés fascinants d’un monde flottant, dans les lieux familiers de son quartier de l’East Village, une « symphonie polychrome » dont l’œil du photographe perçoit toute la beauté. Photographe de rue, il fait aussi beaucoup de nus féminins et combine photo et peinture en travaillant certaines de ses photos au pinceau.

 Un patrimoine largement inexploré

Exposé au MoMA en 1953 et 1957, Saul Leiter ne cherche pas pour autant à faire connaître son travail de photos de rue ni à se situer dans un courant artistique. Devenu photographe de mode, il publie dans Esquire et Harper’s BazaarElleLifeVogue… Artiste en avance sur son temps et peu soucieux de gloire, la fin de sa carrière de photographe de mode et la fermeture de son studio en 1981 semblent le condamner au dénuement et à l’oubli. Mais, à partir du début des années 1990, la critique d’art découvre son œuvre de photographe de rue, et la prestigieuse galerie Howard Greenberg consacre une première exposition à son travail en noir et blanc. Peu à peu, les expositions s’enchaînent et, en 2006, la parution de son premier livre de photographies, Early Color, lui vaut une célébrité internationale instantanée. En 2008, une rétrospective de son œuvre à la fondation Henri Cartier-Bresson révèle son prodigieux talent au public parisien.

Ami et proche du photographe disparu, Roger Szmulewicz, directeur de la Gallery Fifty One, a largement contribué à cette découverte, tant par des expositions que par deux publications d’œuvres inédites du grand artiste. Il souligne : « Saul Leiter est toujours passé à côté de la célébrité. Mais il me disait souvent que si c’était à refaire, il ferait la même chose ! Il ne cherchait pas du tout la notoriété ! Lors de mes passages à New York, j’aimais lui rendre visite. Chez lui, le temps s’arrêtait ! Il y vivait à sa cadence, occupant depuis soixante ans ce même appartement surencombré de livres, de boites de photographies et de diapositives. Le gros de son œuvre est en cours d’archivage et la nouvelle exposition que nous lui consacrons montre essentiellement des images inédites. Il faudra de nombreuses années avant que la Fondation Saul Leiter ne termine l’archivage de toutes ses images, assurant la pérennité de son œuvre et révélant au public les trésors d’un patrimoine photographique encore largement inexploré, qu’il ne montrait qu’à ses amis et proches »

Expositions : Saul Leiter : Retrospective

A voir jusqu’au 29 janvier 2017 au FOMU, Waalsekaai 47, 2000 Anvers (ma.-dim. 10h-18h). Infos : www.fotomuseum.be

A voir jusqu’au 28 janvier 2017 à la Gallery Fifty One, Zirkstraat 20, 2000 Anvers (je.-sa. 14h-18h). Infos : www.gallery51.com

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