C’est un documentaire exceptionnel réalisé par Christian Krönes, Florian Weigensamer, Roland Schrotthofer, Olaf S. Müller qui sera présenté ce lundi 30 janvier 2017 à 19h30 à Bozar. Le témoignage inédit de Brunhilde Pomsel, secrétaire personnelle de Joseph Goebbels, aujourd’hui âgée de… 105 ans.
C’est sur un fond noir, en gros plan et dénué de tout décor, que s’exprime pour la première fois Brunhilde Pomsel, la dernière personne vivante qui a été dans le sérail même de la machine de guerre nazie, le dernier témoin qui de 1942 à la fin de la guerre aura vécu dans l’intimité la plus proche du ministre de la propagande Joseph Goebbels. Une heure trente (sur 30 heures d’enregistrement) d’un monologue à la fois glaçant et interpellant, entrecoupé d’images d’archives peu connues, allemandes et russes.
« C’est un peu par hasard que les cinq réalisateurs allemands sont tombés sur cette femme qui était à l’époque âgée de 101 ans », explique le professeur Thomas Gergely, invité par IMAJ pour introduire ce documentaire projeté dans le cadre de l’International Holocaust Remembrance Day. « Son témoignage est filmé de façon très simple, ce qui le rend peut-être d’autant plus impressionnant. Le spectateur y verra un esprit tout à fait clair, une mémoire excellente et la verbalisation parfaite ».
Le film n’en laisse pas moins perplexe, selon le professeur Gergely. Les raisons qui ont poussé Brunhilde Pomsel à parler ne sont pas en effet d’apaiser sa conscience, rien de tout cela. « Elle le dit elle-même, elle souhaite juste expliquer sa participation au régime, comme simple dactylo, même si on ne saura jamais si elle a été aussi simple dactylo que cela… ».
C’est parce qu’elle était la plus rapide et la meilleure de toutes les sténodactylos connues alors qu’elle a été engagée pour être celle du ministre de la propagande nazie, elle en est fière et n’hésite pas à le rappeler. Et si elle a participé de façon « tout à fait innocente » à ce qui s’est passé, elle le justifie sans difficultés. « Elle nous explique sa présence comme une fatalité historique qui aurait frappé la plupart des jeunes de l’époque », poursuit Thomas Gergely. « La jeunesse étant fascinée par les promesses du régime, des personnalités séduisantes comme pouvaient l’être Hitler, et Goebbels, nous avons tous été égarés par des secrets entourant toutes les atrocités périphériques de la guerre. Nous ne savions pas, nous avons tout découvert après, soutient-elle ».
Brunhilde Pomsel, à l’époque insouciante et naïve, pour se dédouaner peut-être un peu plus encore, revient aussi son enfance, son éducation « prussienne », son père violent, et peut-être lié, son peu de sensibilité à la souffrance. Elle parle aussi de son travail d’avant-guerre chez un avocat juif, de sa meilleure amie juive… qui sera déportée comme elle l’apprendra plus tard. Elle explique n’avoir découvert les horreurs de la guerre qu’après sa condamnation à cinq ans de prison par les Russes.
« C’est un film qui illustre l’insoutenable banalité du mal », souligne le professeur Gergely, « le témoignage tristement honnête de celle qui dit avoir juste été « exécutante de bureau », entretenant avec Goebbels les meilleures relations, évoquant un gentleman intelligent et cultivé, tout en découvrant un jour, lors de son mémorable discours appelant à la « guerre totale », les deux faces d’un même personnage ».
Un documentaire sous forme d’aveux, les aveux cyniques d’une femme qui n’hésite pas à juger les jeunes Allemands d’aujourd’hui, qui sont dans la réparation, la repentance et le « Plus jamais ça ». « Elle nous assure qu’ils mentent pour être politiquement corrects », relève encore Thomas Gergely, « que s’ils avaient été à sa place, ils auraient fait la même chose… ».
« A German Life »
Réservation recommandée exclusivement sur www.bozar.be
Le film (113 min.) sera projeté Version originale allemande sous-titrée anglais & français.