Dyab Abou Jahjah un humanisme à la Milosevic

Je ne suis pas sans savoir que je passe auprès de nombreux de mes contemporains comme un dangereux extrémiste. Il est vrai que je suis sioniste, c’est-à-dire un ardent défenseur de l’idée du retour des Juifs dans l’histoire et dans la géographie. Je suis prêt à convenir que cela peut constituer une tare rédhibitoire pour tous ceux qui estiment, à tort plus qu’à raison, que la vocation juive est prophétique et non tristement, banalement nationale.

Je suis donc un de ces sionistes qui estiment que le gouvernement israélien conduit l’Etat d’Israël à sa perte, sinon dans le mur, de l’apartheid ou de l’Etat binational. Ce gouvernement incarne le triomphe de ce qu’il est convenu d’appeler désormais la post-vérité, cette langue qui consiste à s’adresser à l’instinct plutôt qu’à l’intelligence, au mensonge plutôt qu’à la vérité, et ce, en toute connaissance de cause. C’est ainsi que le ministre Avigdor Liberman s’est osé à comparer la Conférence de Paix sur le Moyen-Orient de Paris à l’affaire Dreyfus ! C’est effectivement un propos imbécile, mais le problème est que cet enfumage marche. Pour preuve, le site France-Israël Marseille qui en vient tout simplement à présenter François Hollande en ennemi d’Israël.

L’hystérie gagne décidément la judaïcité mondiale. J’aurais eu plaisir à développer ce triste bêtisier, n’étaient les récents dérapages relatifs à l’affaire Abou Jahjah. Comme à chaque fois dans pareil cas, il s’est encore trouvé des journalistes et des intellectuels à contester le droit du Standaard à se séparer de ce sinistre individu, évidement présenté sous les meilleurs atours : « puissant », « affable », « raffiné » et même « modéré ».

La question posée est toujours la même : pourquoi notre presse se montre-t-elle toujours aussi complaisante envers les pires ennemis du vivre-ensemble dès lors qu’on ne retient d’eux que leur seule opposition au sionisme. C’était hier le cas avec Dieudonné et Souhail Chicha, et c’est encore le cas aujourd’hui avec Dyab Abou Jahjah. Or, une simple recherche suffit à démontrer par A+B que le cas d’Abou Jahjah dépasse largement le cadre de l’opposition rabique à Israël, bref que cet activiste d’origine libanaise est tout, sauf humaniste. N’en déplaise à ses thuriféraires (on songe à la journaliste Candice Vanhecke, au président de la Ligue des Droits de l’homme, Alexis Deswaef ou encore au philosophe Lieven De Cauter), le dernier dérapage de l’ancien président de la Ligue Arabe européenne (AEL) n’a rien de fortuit pour s’inscrire pleinement dans une weltanschauung racialiste sinon judéophobe.

Comment oublier que ses premiers faits d’armes, tandis qu’il dirigeait l’AEL, eurent pour cible, dès 2002-2003, non pas la NVA, mais bien la communauté juive d’Anvers, présentée comme absurdement sioniste. Sur le site de l’AEL, la Métropole était alors décrite comme « une ville où les gangs pro-Sharon de fanatiques sionistes (dictaient) la loi, une ville dont le pouvoir (était) dans les mains du lobby sioniste », d’où l’impérieuse nécessité de la purifier, d’en faire la capitale européenne du soutien à la Palestine. S’en suivirent de nombreuses manifestations, souvent ponctuées d’appel au meurtre des Juifs (et non des sionistes), où l’on vit, ici, des bris de vitrines de commerce diamantaire, là, un bûcher d’une effigie d’un Juif religieux, sous les vivats d’une foule scandant « Hamas », « Hezbollah ».

De quoi Abou Jahjah est-il le nom, sinon de cette haine obsidionale qui caractérise désormais une frange du mouvement chiite, affidée à Téhéran ! Car c’est bien son tropisme chiite qui explique tout à la fois son hostilité au califat (sunnite) de Daesh, mais aussi et surtout son soutien aux tueurs du Hezbollah et, naguère, au président iranien Ahmadinejad avec lequel, il partage un sérieux problème avec la Shoah. C’est bien sur le site de l’AEL que fut, en effet, publié, en 2006 un certain nombre de caricatures à caractère négationniste dont une qui défraya la chronique pour représenter Anne Frank couchant avec… Hitler (voir illustration ci-contre) !

On conviendra aisément que cette campagne que soutint notre affable humaniste ne ressortit en rien de l’antisionisme. Et l’on rappellera encore qu’en août 2009, cette même AEL fut condamnée aux Pays-Bas pour une autre caricature à caractère négationniste qui suggérait, quant à elle, la Shoah comme exagérée, sinon comme carrément inventée. Et que dire des relents homophobes et surtout racialistes de l’AEL. L’une des revendications phares de son fondateur ne fut-elle pas d’exiger que les Arabes de Belgique soient reconnus comme communauté à part entière au même titre que les Flamands, les Wallons et les germanophones et la langue arabe, comme langue nationale ? On le voit, la réalité dépasse de loin la fiction islamo-gauchiste.

Je m’en voudrais de ne pas conclure par une note d’optimisme. Contrairement à ce d’aucuns voudraient nous faire croire, la rhétorique d’Abou Jahjah n’a rien de nazi. Pourquoi ? Tout simplement parce que contrairement aux hitlériens, qui ne laissèrent aucune chance aux Juifs, notre activiste laisse une porte de sortie aux Juifs d’Israël, une fois leur Etat détruit. C’est le sens de sa formule-choc « la valise ou le cercueil » qui n’a pas été, n’en déplaise à Henri Goldman, inventé par ses détracteurs sionistes. Dyab Abou Jahjah serait-il un humaniste ? Peut-être, mais alors à la sauce d’un Bachar El Assad ou encore d’un Slobodan Milosevic. A chacun ses héros !

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