Ce n’est qu’un au revoir…

Il y a exactement 50 ans, j’ai assisté au Centre des Jeunes, ancêtre du Cercle Ben Gourion, à une conférence donnée par Eli Ben-Gal, shaliah (envoyé) du Mapam Europe. Le Mapam était le parti sioniste d’extrême gauche auquel étaient liés les kibboutzim de l’Hashomer Hatzaïr.

A cette époque, il y avait en Belgique une vie sioniste foisonnante et tous les partis israéliens y avaient des militants. A cette conférence, Eli Ben Gal avait déclaré : « Si on veut rester juif, il faut soit être un juif religieux, soit vivre en Israël. D’ici 50 ans, des centres comme le vôtre auront disparu ou seront devenus des clubs de  pêcheurs à la ligne ». Cinquante ans plus tard, si malheureusement le Cercle Ben Gourion a en effet disparu, le CCLJ lui est toujours là.

Le CCLJ a été créé par de jeunes adultes pour de jeunes adultes à la fin des années 50 pour recréer, en dehors de la synagogue, une vie juive que les nazis avaient essayé d’éradiquer complètement. Très vite, ses fondateurs ont compris que s’ils voulaient pérenniser cette vie juive, la transmission du judaïsme laïque aux jeunes était essentielle. Ils ont donc créé successivement la JJL et la Colonie Amitié, et ensuite la crèche Nitzanim-Rachel Kemp, l’école Shalom Alehem et l’Année du Judaïsme pour les Bnei-Mitzva (30 jeunes fêteront leur Bar-Mitzva au CCLJ cette année !).

C’est donc dès le plus jeune âge que les enfants sont plongés dans cette vie juive. Comme c’est à la JJL que nos jeunes passent le plus d’années, c’est surtout sur ce travail éducatif à la JJL que je vais me pencher. Il est bien connu qu’il y a autant de définitions d’être juif que de Juifs. Définir ce qu’est cette identité de Juif laïque n’est donc pas chose aisée. L’équipe éducative de la JJL, madrihim (moniteurs), bogrim (anciens de la JJL) et shlihim (responsables de la JJL) s’est penchée ces dernières années sur les piliers et idéaux de la JJL. Ils ont redéfini quels étaient les idéaux et en ont approfondi le sens. Ces idéaux sont le respect, l’égalité, la solidarité, le pacifisme et l’ouverture. Les piliers sont la transmission, le judaïsme, la laïcité, le sionisme et l’engagement. En effet, le judaïsme, c’est avant tout la transmission, le seder de Pessah que nous venons de célébrer en est la parfaite illustration.

Les missions de la JJL telles qu’elles figurent dans son programme pédagogique sont :

·         la transmission des valeurs et de la culture du judaïsme puisées auprès du Livre, des textes et de l’histoire du peuple juif ;

·         la pérennité du judaïsme et de la communauté juive en Belgique ;

·         le développement d’un judaïsme laïque et humaniste, s’exprimant en toute tolérance à côté des définitions religieuses ou de tout autre courant ;

·         la solidarité avec l’Etat d’Israël et toutes les autres communautés juives dans le monde ;

·         le combat contre toutes les formes de discriminations ethnique, religieuse, culturelle ou sociale.

C’est donc à l’application de ce programme que je me suis attelé avec les différentes équipes éducatives de la JJL. Ma contribution aura, notamment, été d’ajouter à leur programme un mahane en Israël et un voyage à Auschwitz-Birkenau et Cracovie pour les madrihim (moniteurs).

Le judaïsme est transmission, mais c’est aussi le questionnement. Je pense que prochainement le CCLJ et la JJL devraient requestionner ce judaïsme laïque dans la société d’aujourd’hui, la place qu’occupent ou devraient occuper Israël et le sionisme auprès des jeunes. La relation des Juifs de diaspora à Israël n’est forcément plus la même que dans les années 50 ou 60. Il n’y a plus aujourd’hui de représentants des partis sionistes et l’OSB est devenue une coquille vide.

Pour conclure, j’aimerais exprimer tout le plaisir que j’ai eu à travailler avec toute l’équipe de la crèche dont la renommée va au-delà de la communauté juive, avec Judith qui a porté l’école Shalom Alehem à bout de bras pendant huit ans, Judith qui va céder le relais à Audrey qui l’a accompagnée depuis quelques années, avec Delphine responsable du programme des Bnei-Mitzva dont le succès ne se dément pas, avec Mireille qui gère avec talent le volet Paracha de cette même Bar-Mitzva, avec tous les madrihim, bogrim et shlihim qui m’ont permis de rester jeune dans ma tête, avec les nombreux parents que j’ai croisés, parfois critiques, mais toujours constructifs et qui me permettaient de mesurer leur degré de satisfaction de nos différentes activités et de les remettre en question quand c’était nécessaire, et enfin avec Christiane que j’ai côtoyée au quotidien, Christiane qui est la mémoire de la Maison de Jeunes, qui est l’interface efficace et diplomate entre les parents et la Maison de Jeunes. Après neuf années passées au CCLJ, neuf années que je considère comme une belle aventure, je passe le relais à Mathilde qui va la poursuivre avec enthousiasme.

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