Dans 1942, l’Opération Torch*, un docu-fiction diffusé sur France Inter, Brigitte Stora revient sur le rôle déterminant et méconnu d’une poignée de jeunes résistants juifs d’Algérie dans la réussite du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord en novembre 1942.
Sous le commandement du général Eisenhower, l’opération Torch est déclenchée le 8 novembre 1942. Quelques 300 bâtiments et plus de 100.000 hommes débarquent sur les côtes d’Afrique du Nord (Algérie et Maroc). Cette opération anglo-américaine marque un tournant décisif et irréversible dans le cours de la Seconde Guerre mondiale.
L’Opération Torch n’aurait jamais pu réussir sans le coup de force, spectaculaire et génial, mené à Alger par une poignée de jeunes résistants… juifs pour la plupart.
Dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942, 400 jeunes hommes armés de vieux fusils s’emparent des points stratégiques d’Alger (Palais du Gouverneur général d’Alger, centre de transmissions, Radio-Alger, …), tiennent en respect plus de 12.000 soldats de Vichy et ouvrent ainsi la voie aux soldats anglais et américains. Grâce à ces jeunes résistants, l’entrée des troupes américaines à Alger peut se faire sans combat et rapidement (en quinze heures).
Ils s’appellent José Aboulker, Jacques Zermati, Jean Daniel (oui, le fondateur du Nouvel Observateur), Bernard Karsenty… Ils ont 20 ans et sont tous bien décidés à en finir avec Pétain et Hitler. Dans un appel qu’ils lancent sur Radio Alger, ils exhortent les Français à reprendre la guerre aux côtés des Alliés et concluent en des termes très patriotiques : « Nous n’avons qu’une seule passion, la France, qu’un seul but, la victoire. Souvenez-vous que l’Armée d’Afrique tient entre ses mains le destin de la France ».
Une alliance improbable est à l’origine de ce « putsch » contre les autorités de Vichy à Alger. Des jeunes résistants républicains et juifs s’associent à des militants d’extrême droite royalistes comme Henri d’Astier de La Vigerie. « Tout les oppose mais ils ont en commun le patriotisme », souligne Brigitte Stora. Fondateur d’un réseau de résistance dès septembre 1940, José Aboulker, étudiant juif en médecine à la faculté d’Alger alors âgé de 22 ans, est un des principaux dirigeants de ce coup de force audacieux. « Il est un des plus étonnants héros de notre histoire », reconnaît l’ancien résistant et historien de la Résistance Jean-Louis Crémieux-Brilhac.
« José Aboulker et ses camarades juifs ne mettent pas en avant leur judéité. Ils se considèrent comme des patriotes car ni Vichy ni la Résistance ne les feront retourner dans le ghetto », précise Brigitte Stora. « Quand ils découvrent peu à peu qu’ils sont majoritairement juifs dans ce réseau, ils sont même embêtés. Ils auraient préféré qu’il y ait surtout des Français non-juifs dans leurs rangs. Ce n’est pas du tout l’insurrection du Ghetto de Varsovie qu’ils projettent. Il n’est pas question de montrer que les Juifs se battent les armes à la main. Ce sont des jeunes français, certes juifs, qui inscrivent leur combat dans l’esprit patriotique de la Résistance française ». C’est la raison pour laquelle ils ne vont pas revendiquer cette histoire après la Guerre ni la placer sous le sceau de la judéité. « Et comme tous les grands héros, ils vont rester humbles et n’étaleront pas leur prestigieux états de service », ajoute Brigitte Stora.
Ces jeunes résistants juifs d’Alger reprennent leur vie normalement après la Guerre, tout en conservant l’idéal de justice de la Résistance. Ainsi, Compagnon de la Libération et devenu délégué de la Résistance d’Algérie à l’Assemblée consultative provisoire d’Alger puis de Paris en 1944-1945, José Aboulker déposera une proposition de modification de la loi électorale en Algérie, afin de permettre l’élection de députés musulmans indigènes, ce qui n’avait jamais été admis auparavant. Adoptée par l’Assemblée consultative et reprise par la loi électorale, cette proposition permet alors la présence de tels députés à l’Assemblée constituante.
Une histoire méconnue ou peu connue que vous pourrez écouter en podcast sur France Inter.
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