Michel Judkiewicz « Réenchanter le CCLJ »

Ingénieur civil ayant accompli sa carrière dans le monde de l’entreprise et de la consultance, Michel Judkiewicz vient d’être nommé directeur général du CCLJ. Dans l’entretien qu’il nous accorde, il explique ce qui l’a motivé à accepter de relever ce défi.

Pourquoi décidez-vous de rejoindre le monde associatif juif après avoir mené une longue carrière dans le monde de l’entreprise et du consulting ?

Comme disait Jacques Monod, il y a le hasard et la nécessité. On m’a contacté alors que je n’y avais jamais pensé. Mais comme j’adhère à l’engagement sociétal du CCLJ, j’ai été tenté d’accepter. Quant à la nécessité, il faut reconnaître que même à 68 ans, on peut garder encore l’envie de se dépasser professionnellement et de contribuer modestement à une cause qui n’est pas simplement qu’une affaire commerciale. J’ai donc accepté de relever ce défi qui consistera surtout à créer et à modeler cette nouvelle fonction pour que dans les deux ou trois années à venir, elle soit sur les rails et qu’un jeune puisse me succéder.

Et la judéité ?

Elle est liée à mon attachement au CCLJ. Par ailleurs, je fais partie de cette espèce en voie de disparition qui parle encore le yiddish. Je le parle avec plaisir, mais de moins en moins, car rares sont ceux qui peuvent me répondre. Cette langue demeure malgré tout importante puisque c’est ma première langue, ma langue maternelle. Bien que profondément laïque et athée, je suis très attaché à la culture juive à travers le yiddish, la cuisine, les witz (bons mots) et toute une approche teintée d’une certaine tolérance et d’une distanciation par rapport aux événements. Je retrouve tout cela au CCLJ et je dois admettre que c’est un plaisir qu’on n’éprouve pas dans une multinationale où il faut adhérer à une culture d’entreprise qui vous est imposée et dans laquelle vous ne vous reconnaissez pas nécessairement. Ce que je ressens aujourd’hui au CCLJ correspond à ce que j’ai connu dans ma jeunesse lorsque j’étais moniteur aux colonies de la Sol (Solidarité juive). J’y ai découvert qu’on pouvait être juif et laïque. Ce fut une révélation.

Que comptez-vous faire pour que le CCLJ puisse encore se développer et rayonner ?

Ce serait très présomptueux de ma part de vous dire que j’ai un plan clé sur porte. J’ai néanmoins quelques lignes directrices qui doivent guider mon action. L’environnement du CCLJ a considérablement changé. Le nombre de possibilités d’activités culturelles et de loisirs a explosé à Bruxelles. Par conséquent, le CCLJ évolue aujourd’hui dans un monde très différent de celui de David Susskind. Pour continuer de briller, il va falloir trouver ce qui est le plus approprié par rapport à notre environnement. Il s’agit donc de « réenchanter le CCLJ ». Cela signifie que le CCLJ doit demeurer un pôle d’attraction important pour la communauté juive, mais aussi pour les non-Juifs dans l’hinterland bruxellois. Il n’y a pas d’autre organisation en Belgique, voire en Europe, qui présente le même profil que celui du CCLJ. Je ne connais pas d’institution juive qui organise tant d’activités avec une telle ouverture sur le monde. « Est juif celui qui se déclare juif », peut-on lire sur le site du CCLJ. Cette affirmation peut paraître subversive dans certains milieux juifs, mais elle correspond à une vision du judaïsme que partagent beaucoup de Juifs. Nous avons des fondements solides pour continuer, mais nous ne pouvons pas non plus recréer l’esprit militant et pionnier des premières années, même si c’est très sympathique. En revanche, on doit créer une forme d’aura et d’attraction pour que le CCLJ brille à nouveau comme un pôle central dans le rayonnement du monde juif pour les Juifs et les non-Juifs. 

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