Un proche du médecin égyptien Mohamed Helmy a finalement accepté de recevoir à titre posthume cette distinction, la première jamais décernée par Yad Vashem à un citoyen arabe. La cérémonie doit avoir lieu ce jeudi 26 octobre 2017 à Berlin.
Pour la première fois depuis sa création et non sans difficultés, l’Institut Yad Vashem, qui se consacre à la Mémoire et à l’enseignement de la Shoah, va décerner à titre posthume le certificat de « Juste parmi les Nations » à un citoyen arabe. Il y a quatre ans, le mémorial de Jérusalem avait annoncé son intention d’attribuer cette distinction au médecin égyptien Mohamed Helmy, formé à Berlin dans les années 1920, et qui a sauvé une famille juive des griffes des nazis. Mais jusqu’à présent, aucun membre de sa famille n’avait accepté de recevoir ce titre. « Si un autre pays qu’Israël avait offert d’honorer Helmy, nous en aurions été heureux », avait ainsi déclaré Mervat Hassan, l’épouse de son petit- neveu, lors d’une interview accordée à son domicile au Caire, en octobre 2013.
Pour autant, après des années de recherche, Yad Vashem a fini par identifier un proche de Mohamed Helmy disposé à recevoir son titre de « Juste entre les Nations ». Il s’agit de Nasser Kubti, un professeur de la faculté de médecine du Caire âgé de 81 ans, dont le père était le neveu de Helmy et qui le connaissait personnellement. Nasser Kutbi voyagera à Berlin,ce jeudi 26 octobre, pour recevoir cette récompense des mains de l’ambassadeur d’Israël en Allemagne, Jeremy Issacharoff. La cérémonie se tiendra toutefois, comme le rapporte le quotidien Haaretz, dans l’enceinte du ministère allemand des Affaires étrangères et non à l’ambassade d’Israël à Berlin, la famille de Mohamed Helmy restant toujours réticente à accepter directement ce titre d’une institution israélienne.
A ce jour, près de 26.000 individus issus de 44 pays (dont 500 citoyens allemands) ont été nommés « Justes parmi les Nations ». Le titre de Juste a déjà été accordé à plusieurs douzaines de musulmans originaires d’Albanie, de Bosnie ou de Turquie, précise le Mémorial Yad Vashem, mais jamais au ressortissant d’un pays arabe. Un état de fait qui a nourri depuis une dizaine d’années les travaux de l’universitaire Robert Satloff, spécialiste du Moyen-Orient et directeur du Washington Institute for Near East Policy. Après avoir entamé ses recherches après les attentats du 11 septembre dans le but de combattre la négation de l’Holocauste dans le monde arabe, ce dernier avait ainsi proposé à Yad Vashem la candidature d’un fermier tunisien, à la distinction de Juste parmi les Nations. Une requête qui n’a pu aboutir.
Le sujet avait également inspiré à l’écrivain et journaliste français Mohammed Aïssaoui L’étoile jaune et le croissant (2012), un ouvrage sur les Arabes et les musulmans qui ont sauvé des Juifs sous l’Occupation. Pour les besoins de cette vaste enquête, menée dans l’Hexagone et en Algérie, l’auteur avait notamment interrogé Irena Steinfeldt, directrice de la Commission des Justes de Yad Vashem, qui lui avait confié alors : « Il y a eu des choses, on en est sûr. Il y a eu beaucoup de légendes aussi ».
Dans le cas du docteur Mohamed Helmy, les preuves sont formelles. Né en 1901 à Khartoum (sous contrôle égyptien et britannique), le jeune homme arrive Allemagne en 1922 pour y suivre des études de médecine et s’installe à Berlin. En raison de ses origines arabes, on lui refuse d’épouser sa fiancée allemande. Rayé du système hospitalier, il est arrêté en 1939 en compagnie de plusieurs compatriotes, avant d’être libéré pour raison de santé.
Pendant plusieurs années, il cachera Anna Boros, l’une de ses patientes juives, avant d’aider d’autres membres de sa famille à échapper à la Gestapo. Après avoir émigré aux Etats-Unis, Anna Boros (devenue Gutman après la guerre) et les siens écriront dans les années 1950 et 1960 des lettres au Sénat allemand afin de louer les mérites de leur sauveteur. Découverte dans les archives de Berlin, cette correspondance récemment transmise à Yad Vashem a permis de révéler l’histoire du docteur Helmy.
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