Il est particulièrement choquant de constater à quel point nombre de nos éditorialistes, de nos politiques, de nos enseignants épousent bien moins les positions de l’Autorité palestinienne, qui accepte désormais le fait israélien, que celles, maximalistes, du Hamas ; certains d’entre eux allant jusqu’à fournir au mouvement terroriste, et sans le moindre état d’âme, l’argumentaire nécessaire à leur dessein génocidaire.
J’en veux pour preuve cette très récente analyse d’un professeur de l’ULB, certes émérite, mais pour le moins éminent, qui en vient à comparer l’Etat d’Israël à un… parasite. Je le cite : « L’histoire de la Palestine ressemble au phénomène parasitaire dans lequel un individu colonise un animal ou une plante et s’en nourrit à ses dépens (…) le parasite israélien s’est donc installé dans le corps palestinien et il en fait partie au même titre que les millions de levures, parasites et bactéries qui occupent le corps humain ! ».
Ce texte* est d’une telle charge que j’ai cru dans un premier temps qu’il avait été bidonné par le créateur du site qui l’a posté : Pierre Piccinin, l’inénarrable défenseur des pauvres et des opprimés (pêle mêle le Hamas, Dieudonné, Bachar El-Assad, l’Eglise catholique) et pourfendeur des puissants, entendez les Kurdes, les sionistes et les francs-maçons. Hélas, il n’en est rien : Eric David en est bien l’auteur. En quoi ce texte est-il hallucinant ? Tout simplement parce que notre professeur inscrit l’histoire d’Israël dans un schéma
médical, une représentation hygiéniste qui nous ramène aux discours euthanasiques du terrible XXe siècle. Désigner une ethnie, une nation, un Etat de « parasite », de « bactérie », de « levure » n’a rien de fortuit ou de novateur pour s’inscrire, ici, dans la représentation nazie des Juifs, là, hutu des Tutsi. Pour preuve, cet extrait de Mein Kampf qui ne concerne pas (encore) la Palestine, mais l’Allemagne : (…) « Le juif reste à l’endroit où il s’est établi et s’y cramponne, à tel point qu’on ne peut l’en chasser que très difficilement, même en employant la violence. Il est et demeure le parasite type, l’écornifleur qui, tel un bacille nuisible, s’étend toujours plus loin dès qu’un sol nourricier favorable l’y invite. L’effet produit est celui des plantes parasites : là où il se fixe, le peuple qui l’accueille s’éteint **».
On se souviendra encore de cette caricature hutu qui, en amont du génocide de 1994, présentait le Rwanda sous l’image d’un patient (hutu) infecté par le microbe tutsi. La solution ? L’antibiotique !
Ce n’est pas par hasard que le Hutu Power après les nazis usa et abusa de cette tournure métaphorique. Toutes les métaphores qui ressortissent au registre sanitaire et médical, souligne Gilles Karmasyn, spécialiste du négationnisme, visent à rassurer le génocidaire qu’il n’a pas le choix : le microbe, le bacille, le parasite étant par définition néfaste, il se doit d’être éliminé sans le moindre sentiment de pitié. «L’antisémitisme, c’est une question de désinfection. Eradiquer les puces infectieuses, ce n’est pas une question d’idéologie. C’est une affaire d’hygiène » (Heinrich Himmler). Il n’y a pas de moyen terme avec un agent infectieux, comme le souligna, en septembre 1944, l’un de ces livrets militaires que la Wehrmacht publiait à l’attention de ses nouvelles recrues : « Qui croit encore dans la possibilité d’améliorer un parasite (un pou, par exemple) ou de le convertir ? Qui pense qu’il existe un moyen de trouver un compromis avec un parasite ? Nous n’avons qu’un seul choix : nous laisser dévorer par le parasite ou l’anéantir (vernichten) ».
A lire le long, tendancieux et abscons développement d’Eric David, il ne saurait en être autrement avec l’Etat juif et ce, d’autant plus que notre expert en droit international humanitaire le définit comme colonial par essence, c’est-à-dire illégitime même dans les frontières de… novembre 1947, pourtant adoptées par les Nations Unies. A suivre notre juriste, le conflit israélo-palestinien ne serait en définitive qu’un simple problème d’hygiène qui se réglera, non par d’absurdes et inutiles négociations, mais par l’éradication pure et simple de l’agent infectieux, à savoir l’Etat juif. Je ne pense pas (mais je puis me tromper) que cet éminent professeur ait jamais caractérisé un autre Etat (que juif) de parasite. A suivre sa logique hygiéniste, il y aurait pourtant bien d’autres nations, bien plus illégitimes qu’Israël (cf. Judée) à euthanasier. Songeons aux Etats parasites que seraient les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, qui se substituèrent à des entités autochtones ou encore à cette Turquie qui s’infiltra dans les corps byzantin, arménien et kurde.
A ma connaissance, aucun autre Etat n’a jamais été caractérisé de parasite, sinon peut-être la Tchécoslovaquie que les démocraties livrèrent aux nazis en 1938. Evidemment, contrairement aux espoirs de ses fossoyeurs, l’euthanasie de la seule démocratie d’Europe centrale ne servit en rien la Paix. Que du contraire ! Je me demande sincèrement si notre universitaire pense réellement que l’Humanité se porterait mieux si le parasite israélien était détruit. Pour mille ans peut-être ?
P.S. Par sa défense des thèses palestiniennes les plus extrémistes, notre Belle âme progressiste s’affirme aussi, tout aussi paradoxalement, comme l’allié objectif de l’autre clan du refus, celui de la droite dure israélienne qui aura beau jeu de dénoncer la haine obsidionale des élites progressistes occidentales . Non sans raison.
* Eric David, « Palestine, il était une fois la Nakba » (Le Courrierdu Maghreb et de l’Orient)
** A. Hitler, Mein Kampf, Le peuple et la race (chapitre 11), p.159.
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