Si le procès de Mehdi Nemmouche a réellement démarré ce jeudi 10 janvier 2019 au Palais de Justice de Bruxelles, le Musée juif de Belgique qui s’est constitué partie civile poursuit de son côté ses activités, privilégiant l’ouverture en dépit du renforcement des mesures de sécurité. Accompagnée du président Philippe Blondin, Pascale Falek-Alhadeff, directrice, tenait à être présente.
Dans quel état d’esprit êtes-vous au premier jour du procès ?
On est très ému évidemment, c’est difficile, et c’est sans doute le cas pour toute la communauté juive de Belgique. C’est un procès qui est attendu et qui sera suivi de près. Le Musée juif de Belgique s’est constitué partie civile dès le 10 juin 2014, et plusieurs employés seront appelés comme témoins. Nous attendons que justice soit rendue, même si cela nous replonge aussi dans ce moment tragique de l’attentat et des mois qui ont suivi. Ce procès nous permettra aussi de tourner d’une certaine façon la page, de guérir un peu cette blessure qui restera quoi qu’il en soit toujours présente.
Vous ne travailliez pas encore au Musée au moment de l’attentat, vous êtes arrivée peu avant sa réouverture quatre mois et demi. Comment reprend-on le travail après un tel choc ?
Au sein de l’équipe, on a pu constater à quel point les gens étaient soudés. C’est une épreuve qu’on a vécue ensemble, et les marques de soutien ont été très massives, les dépôts de fleurs, les bougies, les lettres, bien au-delà de la communauté juive. Et c’est un soutien qui a perduré jusqu’à aujourd’hui.
Le Musée a souhaité reprendre ses activités assez rapidement après l’attentat. Nous sommes quatre ans après. Que s’est-il passé depuis ?
Effectivement, nous n’avons pas voulu nous laisser abattre. La Justice nous a imposé la fermeture pour pouvoir mener son enquête au mieux, à la suite de quoi nous avons décidé de rouvrir. Nous ne voulions pas laisser la place à la terreur et nous nous sommes attelés à la préparation de l’expo « Le monde de Gottlieb » qui a rencontré beaucoup de succès. Le public a afflué, on peut dire qu’il a doublé, et cette augmentation s’est maintenue. Certains ont peut-être découvert le Musée à cette occasion, mais ils ont ensuite continué à venir à nos évènements, à nos expositions. Nos partenariats se sont renforcés, au sein de la communauté juive, avec le CCLJ, IMAJ, le CCOJB, la Grande Synagogue, le Habad, la Caserne Dossin, mais aussi en dehors.
Vous avez misé sur une politique d’ouverture.
Tout à fait, c’était déjà le cas, mais nous avons fait le choix d’une plus grande ouverture encore après les attentats. C’était une demande, mais c’est aussi un vrai besoin de se rassembler qui a émergé, une volonté de s’ouvrir et de partager ce qu’on a en commun avec les autres cultures. De là sont nées les expositions « Juifs et musulmans, cultures en partage » et « Bruxelles, terre d’accueil », qui montrent aussi finalement l’universalité du « Juif errant ». Nous avons souhaité aussi multiplier les publics, avec notamment l’expo « Amy Winehouse » qui a attiré quelque 10.000 visiteurs ! A cela s’ajoute notre travail de terrain avec les maisons de quartier, les écoles, l’Exécutif des musulmans, le théâtre Le Public, le Foyer de Molenbeek, etc. Nous sommes très sollicités par la communauté musulmane qui souhaite aussi montrer une autre image.
Qu’attendez-vous de ce procès ?
Nous sommes curieux d’entendre la plaidoirie de la défense qui semble déjà vouloir faire entrer au tribunal les théories du complot en accusant trois victimes d’êtres des agents du Mossad. Ca fait peur. Mais nous voulons rester debout, malgré tout, en hommage justement aux victimes et au principe de résilience qui nous caractérise. Le Musée vit et poursuit ses activités. Nous sommes un lieu de mémoire, d’histoire et de culture et ne voulons pas être un lieu de pèlerinage. Cet attentat n’a pas réussi à tuer notre institution, au contraire elle est aujourd’hui encore plus forte.