Isi Halberthal, nouveau président du CCLJ

Figure emblématique de la vie politique d’Etterbeek dont il fut échevin pendant vingt ans, et militant de longue date du CCLJ, Isi Halberthal a été élu le 6 juin dernier président du conseil d’administration de cette organisation qu’il connaît bien. Cet ami proche de David Susskind lui avait en effet succédé à la présidence du CCLJ entre 1983 et 1984.

Quelle est la nature du lien qui vous unit au CCLJ ?

Mon rapport au CCLJ est presque filial, même si je ne me suis jamais considéré comme le fils ni l’héritier de Suss. C’était un ami et nous avions un parcours similaire. Comme lui, je suis originaire d’Anvers et je suis issu d’une famille religieuse. Et comme Suss, j’ai cessé d’être croyant lors de mon adolescence. Comme de nombreux Juifs de ma génération, je me suis engagé à gauche. Ce choix de justice et d’égalité pour tous était évident, même si les communistes et l’extrême gauche antisioniste avaient à mes yeux un curriculum vitae imbuvable. Très vite, l’option du CCLJ est apparue clairement après mes études d’ingénieur polytechnique à l’ULB. J’ai donc rejoint le CCLJ dès la fin des années 1960 et j’ai accompagné tous ses combats, jusqu’à accepter d’en être le président en 1983. Le CCLJ fait donc partie de ma vie depuis longtemps.

Que représente le CCLJ au sein du monde juif ?

Il y a une anecdote que je raconte chaque fois qu’une personne me demande ce qu’est le CCLJ. Lors d’un congrès mondial des organisations juives laïques organisé au CCLJ en 2002, le rabbin Sherwin Wine, une des figures majeures du judaïsme humaniste américain, a déclaré dans son discours d’ouverture qu’il était très heureux de participer à ce congrès organisé dans le plus grand et le plus important centre juif laïque au monde ! Et c’est vrai. Le CCLJ est unique dans le monde juif. Ce que Suss et tous ceux qui l’ont accompagné dans cette aventure ont réalisé est une réussite extraordinaire. Mais au-delà de cette anecdote, le CCLJ offre surtout aux Juifs la possibilité d’une intégration totale dans la société où ils vivent, sans verser dans l’assimilation culturelle complète. Il permet aux Juifs de se tenir sur deux jambes : celle de la fidélité à leur identité et celle de leur intégration à la société en tant que citoyen. Si une de ces deux jambes se casse, le CCLJ perd sa raison d’être.

Comment éviter la perte de l’identité juive ?

Nous devons accorder une place essentielle à la connaissance et à la culture. Dans le Talmud, il est écrit que les Sages détestent trois catégories d’individus : le pauvre qui joue au riche, le vieux qui court après les jeunes femmes et surtout, l’ignorant qui joue au sage. Il faut comprendre cette dernière détestation comme une valorisation de la connaissance dans le judaïsme. Un Juif, même laïque, ne peut ignorer sa culture, son histoire et ses traditions. Il n’y a rien d’exceptionnel dans ce que je dis en tant que Juif laïque. Déjà dans les années 1950, le très laïque Ben Gourion ne cessait d’insister sur la transmission de la culture juive. Suss avait également saisi cette nécessité et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’hésitait pas à inviter à la tribune du CCLJ des personnalités éminentes du judaïsme, comme les rabbins Josy Eisenberg, René-Emmanuel Sirat, Adin Steinsaltz… Si un centre communautaire comme le CCLJ se veut l’expression de la vie juive, il se doit de perpétuer notre culture.

En tant que président du CCLJ, quel est le projet qui vous tient à cœur ?

J’aimerais amorcer une réflexion sur le judaïsme laïque en termes de contenu et de rituels. Non seulement le rituel donne du sens, mais il procure aussi des émotions. Si l’individu n’a pas d’émotion, à quoi appartient-il ? A rien. Pour que le CCLJ et le judaïsme laïque puissent s’inscrire dans la durée, cette réflexion est nécessaire. En ce qui me concerne, l’assimilation n’est pas un problème religieux. Ceux qui ont besoin de donner du sens à leur identité juive se sont souvent accrochés à deux choses : la Shoah et le soutien inconditionnel au gouvernement israélien, quel qu’il soit. Ces deux référents identitaires remplissent un vide qui, selon moi, doit être comblé autrement et de manière positive. Cette réflexion ne peut être menée exclusivement par le CCLJ. Pour ce faire, nous devons impliquer des associations ou des personnalités du monde juif francophone, car même s’il n’est pas formulé de la même manière, ce besoin existe aussi dans ces communautés juives.

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