Chaque année au cours de la lecture de la Haggada, le soir du seder, nous remercions D. pour tous ses bienfaits et nous disons pour chacun d’entre eux que s’il avait été le seul à avoir été accompli, « cela nous aurait suffi » et nous reprenons en chœur « Dayenou ».
Nous pouvons nous inspirer de ce chant traditionnel pour recenser les raisons qui nous poussent à souhaiter lors des prochaines élections un changement dans la direction du pays. Et comme dans la chanson, chacune de ces raisons pourrait suffire à elle seule à nous convaincre de la nécessité de ce changement. J’en ai identifié dix, comme les dix plaies, qui toutes témoignent de la détérioration progressive de la société israélienne ces dernières années.
1. Amender la « loi de l’Etat-nation » dans l’esprit du texte de la Déclaration d’Indépendance afin de permettre à tout Israélien, quelle que soit son appartenance ethnique ou religieuse, de s’identifier avec son pays et de ne pas se sentir rejeté.
2. Remettre la morale au cœur du débat public, dans l’esprit de l’héritage des prophètes auquel les pères fondateurs de l’Etat ont voulu se rattacher. Ne pas oublier que « nous avons été esclaves en Egypte », comme le fait le gouvernement ces jours-ci en renvoyant des enfants nés en Israël et leurs parents entrés illégalement. Lutter contre la corruption et interdire l’éligibilité de candidats mis en examen et la possibilité qu’ils soient nommés à des fonctions publiques.
3. Réduire les différences sociales qui se sont creusées, faisant d’Israël un des pays les plus inégalitaires au sein de l’OCDE, et ne plus diriger le pays en privilégiant l’intérêt de quelques familles.
4. Donner des moyens identiques pour le développement de toutes les agglomérations du pays, quelle que soit l’identité de leur population ou leur localisation et ne pas comme aujourd’hui privilégier les colonies au détriment de la périphérie du pays.
5. Lutter contre le climat d’intolérance prédominant trop souvent aujourd’hui dans le débat public, opposant les communautés les unes aux autres : laïques contre religieux, Orientaux contre Ashkénazes, Juifs contre Arabes, droite contre gauche… Développer au contraire les valeurs de tolérance, sans que l’une des composantes de la nation ne cherche à imposer ses convictions à l’autre.
6. Ne pas privilégier la conception religieuse des orthodoxes sur celle des libéraux, par calcul électoraliste ; un choix qui risque de conduire à une coupure avec une part importante des Juifs de la Diaspora, notamment américaine.
7. S’engager de façon active pour rechercher un accord avec les Palestiniens sur la base de deux Etats qui mette fin à l’occupation et garantisse l’avenir d’Israël comme Etat juif ET démocratique et ne pas soutenir comme aujourd’hui les projets d’annexion d’une partie de la Cisjordanie qui mettent en danger la sécurité du pays.
8. Changer l’image d’Israël sur la scène internationale et comprendre que la meilleure « Hasbara » n’est pas de refuser l’entrée du pays à des opposants à cause de leurs opinions, mais au contraire de montrer la situation du pays dans toute sa complexité.
9. Ne pas s’immiscer comme aujourd’hui dans la politique américaine, allié stratégique le plus important pour Israël, en soutenant ouvertement le Parti républicain, choix dangereux pour l’avenir et qui embarrasse la majorité des Juifs américains qui sont démocrates.
10. Ne pas soutenir les régimes populistes dont les dirigeants professent ou ont soutenu des opinions ouvertement antisémites comme la Pologne de Jarosław Kaczyński, la Hongrie de Victor Orban ou plus récemment le président brésilien Bolsonaro, au détriment des pays européens avec lesquels Israël partage les mêmes valeurs de démocratie libérale.
En juillet dernier, Netanyahou a dépassé la longévité politique de Ben Gourion. Cet évènement, très largement commenté dans les médias israéliens, a suscité la comparaison de l’héritage des deux hommes. Sans entrer dans celle-ci, on peut néanmoins mettre en évidence le message que, par leurs actes, ces deux hommes ont délivré aux jeunes générations après les nombreuses années passées à diriger le pays.
Alors qu’Israël des années 1960 se tournait progressivement vers la société de consommation, Ben Gourion choisit de se retirer dans le kibboutz Sde Boker dans le Néguev. Il signifiait ainsi que le temps des pionniers n’était pas terminé et que le pays était encore à construire. Et lui, le fondateur de l’Etat qui s’était battu toute sa vie pour en agrandir le territoire avant sa création, en encourageant le développement de la présence juive, n’a pas hésité après la guerre des Six Jours à dire qu’il ne fallait pas rester dans les Territoires occupés.
Quel message délivre aujourd’hui Netanyahou ? Celui d’un homme prêt à toutes les compromissions pour rester au pouvoir et obtenir par ses alliances politiques l’immunité parlementaire qui lui permettra d’échapper aux inculpations qui le menacent.
Chacun appréciera la différence. Pour ma part, j’espère que ces élections marqueront la fin de l’ère Netanyahou. Dayenou !
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