Jacques Chirac, le président du discours du Vel’ d’Hiv’

Jacques Chirac est décédé ce 26 septembre 2019. Pour le monde juif, il restera celui qui a reconnu officiellement la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs de France lors d’une cérémonie du souvenir au Square des martyrs du Vélodrome d’Hiver de Paris le 16 juillet 1995.  

Son prédécesseur, François Mitterrand a toujours refusé de reconnaitre la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs de France. « Je ne ferai pas d’excuses au nom de la France. La République n’a rien à voir avec ça. J’estime que la France n’est pas responsable », avait affirmé l’ancien Président socialiste en 1994.

Ce 16 juillet 1995, devant le mémorial de la rafle du Vel’ d’Hiv’, Jacques va prononcer un discours historique que les Juifs de France n’oublieront jamais.

« Il est, dans la vie d’une nation, des moments qui blessent la mémoire, et l’idée que l’on se fait de son pays.

Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l’on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l’horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie. Celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par le souvenir de ces journées de larmes et de honte.

Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’Etat français.

(…) La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux.

(…) Transmettre la mémoire du peuple juif, des souffrances et des camps. Témoigner encore et encore. Reconnaître les fautes du passé, et les fautes commises par l’État. Ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire, c’est tout simplement défendre une idée de l’Homme, de sa liberté et de sa dignité. C’est lutter contre les forces obscures, sans cesse à l’œuvre.

Cet incessant combat est le mien autant qu’il est le vôtre ».

Enfin un responsable politique qui a su trouver les mots que les Juifs de France attendaient depuis de nombreuses années. Selon Serge Klarsfeld, président des Fils et filles des déportés juifs de France, ce discours, « salué dans le monde entier comme une courageuse et salutaire reconnaissance, a marqué une profonde rupture ».

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