Noire blanchitude

Pour ceux qui s’en souviennent, je me suis tenté le mois dernier à démontrer par quelques exemples bien choisis que l’antisémitisme était, en Belgique, un angle mort. Mal m’en a pris, j’ai été « mouché » par un journaliste non sur le fond de mon texte, mais sur une question de forme !

Pourtant, le moins que l’on puisse dire est que l’actualité n’a pas manqué de conforter ma thèse. Dans tout autre pays que le nôtre, le refus du Centre flamand de la langue des signes de retirer de son dictionnaire en ligne le geste -figurant un nez crochu- pour signifier « Juif » aurait fait débat. Au contraire du Nouvel Obs, notre presse francophone ne s’est guère inquiétée de cette affaire. Et pourtant, il semblerait que chez les sourds et muets francophones, ce geste pour le moins déplacé serait également d’usage. A suivre donc.

Contrairement aux Français, les Belges ne sont guère portés au débat d’idées. Pourtant, il y aurait manifestement lieu de revenir au projet du gouvernement bruxellois de cibler la lutte contre certains phénomènes tels, je cite entre guillemets, « la stigmatisation d’un public dû à un discours récurrent sur la radicalisation et le terrorisme », ce qui, en termes très concrets signifie qu’il sera désormais fort mal à propos de qualifier d’islamistes les actes terroristes qui frappèrent la France et la Belgique. Imaginerait-on un seul instant la réaction de nos journalistes si l’ordre leur était intimé de ne plus parler des crimes nazis, de la collaboration flamingante, des génocidaires du hutu-power et ce, pour ne pas heurter nos amis allemands, nos voisins flamands et nos concitoyens d’origine hutu ? Cette politique du déni a de quoi inquiéter car, pour paraphraser A. Camus après B. Parain, mal nommer le Mal (le terrorisme islamique) revient à s’interdire de remédier à ses causes ! Je suis de ceux qui pensent, en effet, que le seul moyen de sauver l’Islam des lumières passe par la dénonciation de l’Islam des ténèbres, à l’instar du combat mené le siècle dernier contre l’Eglise ultramontaine et, aujourd’hui, en Israël contre les forces obscures du nationalisme religieux.

On comprendra dès lors pourquoi je m’inquiète de voir notre classe politique emprunter aux concepts et dispositifs des décolonialistes et autres Indigènes de la République/Royaume, sans que personne ne s’en alarme outre mesure. L’heure est désormais à « la logique intersectionnelle » et au concept de « racisation », tout récemment exhibé en prime time par l’un de nos (co)présidents de parti et ce, sans susciter la moindre réaction.

Pour être le fils de deux parents qui furent institutionnellement racisés, je puis vous assurer que ce concept est tout, sauf anodin. La politique de racisation nazie, relayée on le sait par l’administration belge, signifia pour mes parents, d’abord, leur mort civile (exclusion de l’école, etc.) puis la programmation de leur mort physique. Ils ne durent tous deux leur survie qu’à ces nombreux Justes qui sauvèrent l’honneur de notre pays.

Si l’on songe que le Parlement bruxellois est composé d’au moins 40% de députés d’origine étrangère et que deux des trois présidents de Parlements bruxellois sont d’origine africaine, on comprendra sans peine que ce concept de racisation est à géométrie variable. Qui fait mieux, en effet, que la Région bruxelloise dans le monde ? Ne me faites surtout pas dire que je défends l’idée de la disparition du racisme antimusulman et/ou anti-arabe. Loin s’en faut. Tout comme l’antisémitisme, il reste bien présent. Tout ce que je veux dire est que certains concepts sont attentatoires au « vivre-ensemble ». On ne combat pas, en effet, le racisme avec des concepts qui réintroduisent le concept de race dans l’espace public. Je songe à ce concept de racisation et, davantage encore à celui de blanchitude qu’affectionne tant Henri Goldman, le chouchou de la gauche belge.

J’en veux pour ultime preuve la thèse défendue en août dernier par l’égérie des indigénistes français, Mme Rokhaya Diallo dans le mensuel communiste français… Regards.fr (et non .be !)*. A l’en croire, en effet, la blanchitude est le Mal absolu. Je la cite (entre guillemets) : « Jamais les blancs n’ont été visés en tant que groupe par des politiques oppressives au profit de minorités non blanches et ce du seul fait de leur couleur. Jamais ils n’ont fait l’objet de théories raciales faisant d’eux des êtres inférieurs et se traduisant dans des pratiques institutionnelles. Certes des Blancs étrangers peuvent être exposés à la xénophobie, des Blancs peuvent être réduits à l’esclavage par le passé, des Blancs juifs ont vécu la tragédie du racisme et du génocide ». Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre en quoi cette rhétorique tient du délire. Son « certes » est lourd de (non)-sens si l’on songe à l’assassinat des six millions de… « Blancs juifs » (sic), mais aussi au génocide des Arméniens et des Tutsi que l’on soupçonne, à suivre sa logique binaire, assassinés ici par des Blancs turcs et là, par des Blancs Hutu. Un coloré n’est-il pas toujours innocent, même lorsqu’il pratique la traite négrière sur des siècles ? Ce concept de blanchitude, cher aux collectifs de type Tayush, est assurément aussi abscons que… racialiste.

*http://www.regards.fr/societe/article/pourquoi-le-racisme-anti-blancs-n-existe-pas

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