Le consul de Bordeaux enfin au Panthéon de la nation portugaise

Le 19 octobre dernier, Aristides de Sousa Mendes (1885-1954) est enfin honoré par l’Etat portugais au panthéon national de Lisbonne.

Juste parmi les Nations (1966), réhabilité par l’Assemblée de la République portugaise (1988), ce consul portugais de Bordeaux avait désobéi aux ordres supérieurs, octroyant des visas pour le Portugal à des milliers de Juifs et autres réfugiés en juin 1940. Châtié par le dictateur Salazar, il mourut dans la misère. Devenu ces dernières décennies une figure mondialement célèbre de la résistance à la barbarie nazie, ce catholique courageux entre enfin dans le haut-lieu de la mémoire nationale portugaise.

Les discours du président de l’Assemblée nationale et du président de la République portugaise, suivis de l’inauguration de la plaque honorant le consul rebelle dans ce vénérable monument, marquaient le succès du long combat mené par la famille d’Aristides de Sousa Mendes que les associations de descendants de ceux qu’il avait sauvé, à Bordeaux, Bayonne ou Hendaye, en leur délivrant ces visas qui leur permettaient d’échapper aux nazis.   

Margarida de Magalhães Ramalho est responsable du musée virtuel Aristides de Sousa Mendes et du musée Fronteira da Paz à Vilar Formoso, lieu d’entrée au Portugal des réfugiés dans la deuxième guerre mondiale. Au début de la cérémonie, cette historienne résumait la biographie du Juste portugais. Elle précise : « Cette cérémonie est la reconnaissance nationale d’un exemple qui reste très actuel aujourd’hui face à la remontée de l’antisémitisme et aux pays qui ferment leurs frontières aux réfugiés ! ». José Oulman Carp, président de la communauté israélite de Lisbonne, souligne : « Cette cérémonie très émouvante rappelle le geste exemplaire de cet homme qui a sauvé tant de vies, sacrifiant sa famille et sa propre vie pour maintenir ses vrais valeurs d’humaniste et écouter sa conscience plutôt que les ordres de son gouvernement ! ». Jennifer Hartog, dont les grands-parents et trois de leurs enfants, Juifs des Pays-Bas, reçurent des visas à Bordeaux et survécurent à la Shoah, relie l’histoire aux enjeux du présent : « Le courage de Aristides de Sousa Mendes incite à s’interroger sur ce que peut signifier aujourd’hui faire de la résistance, désobéir. Ce héros n’a pas hésité à agir face aux injustices et aux discriminations ».

De même, le belge Pierre Guislain affirme : « On reconnaît enfin un acte de courage remarquable et une désobéissance civile nécessaire ! La cause des réfugiés demande aujourd’hui des personnes d’une telle générosité ! Mon grand-père Albert de Vleeschouwer, ministre belge des Colonies en 1940, en fuite avec sa femme et ses enfants, obtint des visas de Aristides qui logea toute la famille dans sa propre maison à Cabanas de Viriato, avant leur départ du Portugal ». Le jeune ministre libéral Marcel-Henri Jaspar, dont la femme était juive bénéficia lui aussi du visa portugais et gagna Londres où dès le 23 juin, à la radio, il appelait les Belges à la résistance jusqu’à la libération de notre pays. De même, l’ancien premier ministre Paul Van Zeeland, tout comme David et Alice Van Buuren, la grande duchesse Charlotte de Luxembourg et de nombreux autres réfugiés de nos pays fuient la France grâce aux visas signés par Aristides de Sousa Mendes, consul en poste à Anvers en 1929-1938 et dont la fille Isabel avait épousé un Belge, Jules d’Août…

Vice-présidente de la Sousa Mendes Foundation, Leah Rozenfeld Sills, arrivée la veille de New York pour honorer l’homme qui a sauvé son père et ses grands-parents et montre fièrement les copies de leurs passeports tamponnés du visa portugais signé par le consul de Bordeaux. Originaires de Lodz, ces Juifs polonais réfugiés à Anvers, contraints à l’Exode après le 10 mai 1940, furent, comme beaucoup d’autres réfugiés juifs venus de Belgique, sauvés par le consul de Bordeaux ! L’histoire de Aristides de Sousa Mendes, Juste parmi les Nations, est aussi liée aux mémoires de la Deuxième guerre mondiale en Belgique ! 

« Notre famille voit un vieil espoir se réaliser », S’exclame en souriant Tiago Sousa Mendes à la sortie du Panthéon. Son arrière-grand-père était le frère cadet du consul « rebelle » : « Enfants nous avons tous entendu cette histoire occultée ! Bannie jusqu’à la fin de la dictature, la mémoire d’Aristides est enfin consacrée dans le lieu le plus prestigieux du Portugal ».

]]>