Né suite à la Marche des femmes contre les ghettos et pour l’égalité organisée à travers toute la France en 2003, Ni Putes Ni Soumises (NPNS) est un réseau international qui lutte pour une société fondée sur la laïcité, l’égalité, la mixité et le respect. Alors que les comités locaux de ce nouveau mouvement populaire, adversaire résolu de toute idéologie d’exclusion, se multiplient en France, il s’implante en Suède, en Espagne, en Suisse… et en Belgique, où en novembre dernier, la présidente de NPNS International, Fadela Amara, a été nommée docteur honoris causa par l’Université Libre de Bruxelles. Les fondateurs du comité belge partagent un même enthousiasme pour le combat mené par l’organisation dans les cités françaises et soulignent la nécessité d’une lutte analogue dans notre pays. Vice-président de NPNS Belgique, Pierre Efratas est conseiller en communication à l’ULB : Il y a un an et demi, j’ai été invité à une réunion où parlait Sihem Habchi, la vice-présidente internationale de «Ni Putes Ni Soumises». Elle m’a ému, et j’ai décidé d’adhérer à ce mouvement dont les objectifs correspondent exactement à ma recherche. Je me suis dit que c’était la meilleure réponse à apporter aux problèmes que connaît la société belge de fragmentation, d’ethnicisation, de violences. Présidente de la nouvelle association en Belgique, Fatoumata Sidibé travaille au Centre du Libre examen : J’ai découvert «Ni Putes Ni Soumises» lors d’une conférence au Cclj en mars 2005. Les intervenantes y ont évoqué avec un franc-parler et une émotion étonnante des thèmes que l’on n’a pas l’habitude d’aborder ici en Belgique. J’ai contacté Pierre Efratas, et nous avons débuté les activités du comité belge en juin dernier, suite à un long entretien avec Fadela Amara… Delphine Szwarcburt, vice-présidente, a suivi la préparation de la conférence où Sihem Habchi venait prendre la parole sur l’antisémitisme, l’homophobie et le racisme : Nous étions sur la même longueur d’ondes! Sihem m’a dit le lendemain que ce serait bien d’avoir une antenne en Belgique. Je rencontre beaucoup d’enfants dans le cadre des journées écoles du Cclj et suis souvent choquée par la montée d’intolérance qui remet en question de nombreux acquis démocratiques. Marie-Ange Veyckemans, secrétaire de l’association, milite contre l’extrême droite et enseigne dans une école à discrimination positive : Je vois les valeurs de la mixité et de la laïcité remises en question face au pouvoir croissant de la religion dans la vie publique, et je constate aussi que la mixité est de plus en plus contestée dans l’enseignement. Jouissant d’une capacité d’action pleine et entière sur base des principes de la charte fondatrice de l’organisation internationale, NPNS Belgique se compose d’un conseil d’administration de 7 personnes chargées de différents pôles d’activités selon leurs spécialités, et aussi d’antennes locales formées de membres qui ont décidé d’agir dans leur quartier ou dans leur entreprise. Ainsi à l’ULB, comme l’expose Andrea Almeida, présidente de l’antenne universitaire : J’ai découvert cette organisation lors de la Journée de la femme. J’ai rencontré Pierre et Marie-Ange et leur ai proposé d’ouvrir une antenne à l’ULB où l’on assiste à des inégalités et à des attitudes insupportables. Notre cercle va à présent organiser des conférences sur le campus, éduquer, créer un espace de prise de parole, où les jeunes peuvent venir dire ce qui ne va pas…
Défendre l’universel
Le combat d’une organisation née dans les banlieues des grandes villes françaises, est-il adapté aux spécificités belges? NPNS Belgique n’hésite pas à l’affirmer. Pierre Efratas : Certes, la Belgique n’est pas la France, et nos quartiers ne sont pas les cités. Mais en Belgique, une femme sur cinq est victime de violences. On constate une montée des fondamentalismes de tout bord. L’extrême droite et les islamo-fascistes utilisent tous les problèmes de notre société pour opposer entre eux les citoyens, ouvrant la voie au choc des civilisations. Fatoumata Sidibé : Les violences sont banalisées, en particulier dans les écoles où elles se généralisent. Des bandes organisées sévissent dans les villes. Il faut prendre garde à l’exemple français pour éviter d’arriver à une situation incontrôlable. Entamer dès maintenant des actions concrètes avec la jeunesse et des organisations de terrain. Pour le moment, nous préparons un Guide du respect qui embrasse tous les problèmes des jeunes : les traditions qui oppriment, comme le mariage forcé et l’excision, le déni du corps, le poids de la virginité, les formes de racket. Nous voulons aller sur le terrain pour ouvrir un dialogue et sensibiliser les jeunes au respect. Il faut les laisser parler et dire ce qui ne va pas. Libérer la parole partout où c’est possible de le faire pour que les filles et les garçons soient émancipés dans la société. Comment le monde associatif perçoit-il le nouveau mouvement? Delphine Szwarcburt : Nous voulons être un lien entre les associations, reliant les causes aux effets au lieu de nous limiter à soigner les effets. Fatoumata Sidibé : Nous sommes subversifs, nos actions et notre discours dérangent. J’ai le sentiment que tout l’espace public a été déserté par les citoyens et notre mouvement interpelle. Il dérange et se place à l’intersection de tous les maux de la société. Parti à la base des violences faites aux femmes, il mène un combat pour la laïcité, la mixité, l’égalité et se retrouve aujourd’hui dans la ligne de mire de l’extrême droite, des intégristes et des communautaristes. Il faut modifier ce qui existe, les grands maux de la société contemporaine. Notre mouvement est «mixiste» et veut fédérer tous ceux qui sont prêts à se battre pour ce projet de société commun. Un combat. Un rempart. Nos valeurs sont universelles et suscitent l’enthousiasme.
Rétablir l’égalité
Ni Putes Ni Soumises s’affirme résolument contre la culture des ghettos et ce fétichisme de la différence culturelle qui fonde le pouvoir des nouveaux caciques, représentants autoproclamés de leurs communautés «allochtones». Pierre Efratas : Nous constatons dans certains quartiers que les problèmes se juxtaposent, et tout finit par devenir un chaudron épouvantable. Nous voulons en finir avec cette culture de ghettos par un travail social en profondeur. Il faut que les gens se mélangent! Marie-Ange Veyckemans : A l’école se créent des ghettos volontaires. Entre filles et garçons, pas de bises ni de contacts, ni de couples! La méconnaissance mutuelle! Une tension qui se traduit par la violence. Pierre Efratas : Il faut analyser le problème social et économique et l’usage qui en est fait par les fascistes. Deux problèmes sont très graves : une partie de la classe politique refuse de voir les réalités en craignant d’alimenter le racisme. Il faut dire où se trouvent les problèmes même si cela fait mal. D’autre part, ils ne voient pas que les problèmes des quartiers sont exploités par des groupes d’extrême droite qui incriminent toute une population. Notre ligne, difficile à tenir, se trouve sur la ligne de crête contre l’angélisme et le sécuritarisme, pour l’égalité, la mixité. Fatoumata Sidibé : Nous disons tout haut ce que les autres pensent tout bas. Beaucoup en ont assez mais n’osent pas s’exprimer, ont peur de dire non, d’oser parler de cette peur. Les partis démocratiques doivent prendre leurs responsabilités et se remettre en question. Delphine Szwarcburt : Les hommes politiques manquent de courage. Certains représentants de communautés sont autoproclamés, ce qui pousse au communautarisme. On introduit des droits et devoirs différents selon les communautés. Au nom de la tolérance et du respect, on pousse aux particularismes. Mais comment garantir le respect de la différence tout en dénonçant les travers d’une pseudo-multiculturalité? Pierre Efratas : Pour nous, il y a des marqueurs de l’extrême, et si on veut les identifier, il faut parler des femmes, de l’homosexualité, de la tolérance vis-à-vis de la violence, la place de la femme dans la société. Des pseudo-féministes prêchent la complémentarité entre hommes et femmes pour justifier la séparation entre hommes et femmes. Au nom de la différence… Marie-Ange Veyckemans : Nous rencontrons de l’opposition à notre position sur le port du voile, une question sur laquelle les gens se montrent virulents ou sceptiques, confondant respect de la religion et soumission. Pour nous, cette question n’est pas négociable. Fatoumata Sidibé : Par rapport à notre position laïque, mixiste, féministe, le voile est un outil d’oppression, qui place la femme dans un état de sujétion. Nous estimons qu’un lieu public, en particulier l’école, doit préserver les filles de ce symbole de soumission. Si l’on veut préserver la jeunesse, lui donner le goût de la liberté, il faut interdire le port du voile. Derrière les femmes qui prétendent le porter volontairement, il y a les pères et les frères, la contrainte. Il faut aussi dialoguer avec eux. Si on l’interdit à l’école, un débat sera suscité dans les familles. Pierre Efratas conclut ce propos résolument laïque : Il ne faut pas confondre le respect mutuel avec le respect d’autorités autoproclamées. Il ne faut pas confondre la tolérance avec l’acceptation de ce qui la nie. Le concept de l’égalité des droits n’implique pas le droit égal d’établir des inégalités, mais implique au contraire l’égalité des droits et des devoirs sans distinction d’ordre de civilisation. Tant que des jeunes gens ne sont pas majeurs, ils doivent avoir une éducation publique ouverte, sans censure, ne pas être empêchés de suivre des cours de biologie, d’éducation sexuelle, etc. Nous refusons cette régression.
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