Dans notre pays, une partie croissante de la population s’enfonce dans la pauvreté. L’esprit du temps pousse à la démoralisation, au narcissisme angoissé et au repli du citoyen sur la sphère privée. Faire acte de résistance à cette barbarisation de la société tout en restant attaché à la tradition juive, c’est ce que nous montre l’engagement social d’un Mensch anversois, Simon Gleicher.
Les parents de Simon Gleicher sont tous deux originaires de Galicie où ses grands-parents faisaient le commerce du bois. Lotti Mozes arrive toute jeune à Anvers, après 1918, tandis que Peretz Gleicher n’immigre qu’à la veille de la guerre. A peine mariés, ils doivent fuir les persécutions antisémites et se cachent en France, chez un paysan. Après la Libération, ils reviennent à Anvers. Modiste, elle crée des chapeaux, lui est courtier en diamants. La communauté juive, anéantie par les nazis, se reconstruit peu à peu. Les Gleicher ont deux fils, Jacques, puis Simon, né le 6 novembre 1950. Après des études primaires à Yesode Hatorah, Simon Gleicher entre à l’athénée Tachkemoni. Il passe toute sa jeunesse dans le mouvement sioniste religieux Bné Akiva : haver, madrih, et enfin boger, à son retour d’Israël, où Simon étudie à la yeshiva Kerem BeYavne, avant de commencer le droit à l’Université hébraïque de Jérusalem. Rentré à Anvers pour des raisons familiales, il se lance dans la vie professionnelle et devient courtier en diamant. Jouissant d’une excellente réputation dans le métier, il est membre de la bourse diamantaire (Beurs voor diamanthandel) et du club diamantaire (Diamantclub van Antwerpen). Yolande Gleicher-Bloom, sa femme, connaît Simon depuis très longtemps : On s’est rencontré au Bné à partir de 1964, ensuite nous avons tous les deux été à Tachkemoni. Nous nous sommes mariés le 30 juin 1974, et avons eu trois filles, Sara, Sabine et Patricia, dont l’une vit en Israël. Nous sommes aussi devenus de très heureux grands-parents! Naty Wien, coordinateur du KSC Maccabi d’Anvers, affirme avec emphase : Simon est un homme remarquable pour ses engagements communautaires, tous bénévoles. Il fait partie de nombreux comités, mais c’est surtout sa présence sur le terrain que je trouve exceptionnelle. Il y consacre volontiers presque tout son temps libre, et il est aussi d’une grande générosité, que ce soit pour des causes religieuses ou non.
Aider dans la discrétion
C’est par les activités sociales de la Centrale («De Centrale» – Koninklijke Vereniging voor Joodse Weldadigheid), institution anversoise dont il est le secrétaire, qu’Arthur Trau connaît Simon : Il est très concerné par son travail à la Centrale, où il fait partie du conseil d’administration depuis 1989. Lors des élections, il recueille toujours la majorité des suffrages, ce qui montre bien sa popularité et son engagement. Il participe très activement à la commission du service social, aux campagnes de donations et aux commissions responsables des maisons de retraite et de notre centre de vacances à la villa Altol de Coxyde. Simon manifeste aussi son sens de la charité sur le terrain, en toute discrétion, au sein de Tomche Shabbat, une organisation soutenue par la Centrale, qui se charge de distribuer gratuitement et dans l’anonymat des repas de shabbat aux familles dans le besoin. Comme le déclarait Simon dans un récent film documentaire consacré aux activités de la Centrale : Pour nous, la plus belle chose, c’est d’aider quelqu’un sans qu’il le sache. Dans le métier de diamantaire, plusieurs personnes sont venues nous dire qu’un tel, qui est courtier, a des difficultés, et nous avons alors décidé d’aider ce diamantaire en détresse, à son insu, afin de lui redonner courage, sachant que s’il perdait confiance en lui-même, il ne retravaillerait plus. Beaucoup sont assistés de cette manière, sans qu’ils ne soient gênés ou humiliés par notre intervention. Lors du dîner de collecte de la Centrale en mars 2006, Simon Gleicher, s’adressant à «la prochaine génération» de donateurs, soulignait la démesure des tâches à accomplir vu l’insuffisance des moyens financiers. Il évoquait la paupérisation d’une fraction croissante de la communauté juive en Flandre, y compris parfois d’anciens donateurs qui, suite à des revers de fortune, se retrouvent parmi les familles assistées par la Centrale. Pour conclure, il exhortait chacun à ne pas se contenter d’ouvrir son portefeuille mais surtout à ouvrir son cœur pour venir en aide à tous ces nécessiteux dont chaque membre de la communauté doit se sentir responsable du bien-être. Naty Wien souligne le soutien constant des Gleicher au Maccabi, cite le travail accompli par Yolande dans l’organisation des Maccabiades (2003), lorsqu’elle prépare les vêtements de 400 enfants. Et le coordinateur du dynamique centre sportif juif d’Hoboken enchaîne : Hatzoloh (anciennement Hatzole) est une organisation créée par des religieux dont les secouristes bénévoles donnent les premiers secours médicaux aux membres de la communauté (ainsi qu’aux non-Juifs), subitement malades ou victimes d’accidents de la circulation. Membres actifs de l’organisation, Simon et Yolande ont suivi des cours de psychologie afin de remplir la mission difficile d’annoncer aux familles concernées les cas de décès. Ils tiennent des permanences, assurant depuis leur domicile le dispatching des secouristes. Simon participe aussi aux campagnes de collecte d’Hatzoloh.
Un exemple de tolérance
Comme ne cessent de le souligner ceux qui le connaissent, Simon et Yolande Gleicher font preuve d’un dévouement absolu dans le soutien aux activités du centre Tikvatenoe – Ontwikkelingscentrum voor het Joodse Kind, institution médico-pédagogique pour enfants différents, associée à une école avec internat et semi-internat. Naty Wien remarque : Bien que Simon ne soit pas membre du conseil d’administration ni du comité chargé des activités culturelles de cette institution, son engagement est exemplaire. Il aide Yolande dans la préparation des fêtes de Tikvatenoe, et participe notamment aux pièces de théâtre. Yolande donne des conférences dans les écoles juives pour intégrer ces enfants différents dans la société. L’un comme l’autre font tout pour que ces jeunes aient une vie normale. Arthur Trau ajoute : Simon Gleicher est aussi un homme religieux, orthodoxe modéré, tolérant et cela dans tous les domaines. Il n’est pas «politisé» au sens péjoratif du terme. Il est très attaché à l’Etat d’Israël et va faire son alya avec sa famille dans un avenir proche. Naty précise : Son frère, Jacques, est hazan à la synagogue de la rue de la Clinique. Un des meilleurs amis des Gleicher, Francis Weitz, est laïque : Nous partageons vingt ans d’affaires professionnelles et de réflexions communes. Simon est un homme au cœur d’or, qui se donne à fond dans ce qu’il fait et ce qu’il croit. L’amitié avec lui, c’est à la vie et à la mort. J’ai ouvert mon bureau il y a plus de vingt ans, à Anvers. Et il faut du crédit pour pouvoir travailler dans le diamant. Simon avait repris le portefeuille de son père et était déjà bien établi dans le métier. D’emblée, il m’a fait confiance, m’a aidé à me lancer, m’offrant ses garanties au moment crucial. C’est un modèle de tolérance et de respect de l’autre, d’ouverture à la différence. Lui et Yolande forment un couple exceptionnel, très attachés l’un à l’autre, ils se complètent parfaitement. Leurs filles, tout aussi religieuses, manifestent le même esprit d’ouverture. Mireille et Joël Abend connaissent Simon dans un cadre ludique, où la passion des cartes et du théâtre s’associent au travail social communautaire. Comme l’indique Joël : Notre point commun, c’est les cartes! Le boraco, un jeu dérivé de la canasta, se joue à deux ou à quatre. Nous jouons pour de l’argent et les gains vont à Tikvatenoe. Lors de nos soirées de cartes, c’est un bon vivant. Dès qu’il ouvre la bouche il nous fait tous rire! Nous avons aussi inventé ensemble des sketches burlesques en yiddish lors de soirées de collecte et joué au Théâtre yiddish d’Anvers dans «Pirem spiel», «Shider» et enfin «A Jerische» qui a été montré au Centre Romi Goldmuntz en 1995. Simon parle très bien le yiddish et on entend tout de suite qu’il le pratique depuis sa petite enfance. Mireille ajoute : C’est une personne extrêmement modeste qui ne recherche pas les honneurs. Lui et Yolande forment un couple remarquable et ne cessent d’exprimer leur estime réciproque.
La simplicité même
Comment un homme si engagé dans la vie communautaire parvient-il à concilier ses activités multiples avec une vie de famille? Yolande répond sans hésiter : L’engagement communautaire fait partie intégrante de notre vie, depuis toujours, et ne cesse d’enrichir notre vie privée. Nous sommes en contact régulier avec des personnes très diverses : Juifs anversois et bruxellois, laïques et Hassidim. Ce sont des frontières et des différences qu’on apprend à dépasser par la discussion et dans l’élaboration d’actions communes. Quelles que soient nos différences, c’est dans le travail communautaire, en réalisant ensemble des objectifs concrets, que nous pratiquons le respect de l’autre. Simon manifeste ce talent admirable de valoriser ce qui nous rassemble, de montrer que c’est à travers toute notre diversité que nous sommes un peuple. Dans le privé, son sens de l’humour aide à se sortir des situations les plus difficiles, et c’est aussi un papa extraordinaire qui s’occupe de sa famille de façon merveilleuse. Associé depuis longtemps à la vie anversoise et fondateur du Musée juif de Malines, Natan Ramet commente : Partout, on fait son éloge. Tant dans son métier de courtier, que pour sa moralité impeccable, mais on parle surtout du travail de charité fantastique qu’il accomplit sur le terrain, payant de sa personne, en toute simplicité, sans chercher à briller. David Susskind met en valeur l’originalité du nouveau Mensch de l’année : Un homme qui, sans cesse, travaille au bien de la communauté, sans en tirer ni gloire ni vanité, correspond parfaitement à notre vision du Mensch : un homme pour les hommes. Le titre de Mensch décerné n’est pas une récompense philosophique, c’est ici un hommage rendu à une personne d’action qui, avec son épouse, au quotidien, sans relâche, honore la communauté par toutes ses actions de bienfaisance, son engagement constant en faveur des démunis.
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