A l’initiative du Centre Peres pour la paix et Panorama, Centre palestinien pour la démocratie, le Forum israélo-palestinien des ONG pour la paix a été lancé début 2006. Il s’attache à renforcer l’action d’une centaine d’organisations de terrain et à créer des synergies entre elles. Du 17 au 19 mars, une délégation de ce réseau présentera ses activités au Parlement européen.
Des deux côtés de la Ligne verte, une centaine d’organisations israéliennes et palestiniennes militent quotidiennement en faveur de la paix, en développant des projets de terrain dont les résultats peuvent être directement perçus par les populations civiles. On ne s’imagine pas l’étendue des domaines couverts par leurs actions : coopération médicale, défense des droits de l’homme, éducation, soutien aux victimes du conflit armé, musique, journalisme, radio, groupes de parole, aide à la jeunesse… Bien que ces organisations aient chacune leur spécificité, elles partagent un dénominateur commun essentiel : la coopération entre Israéliens et Palestiniens. C’est la raison pour laquelle, nombre d’entre elles ne cessaient de réclamer la création d’un réseau leur permettant de mieux coordonner leurs projets et d’agir plus efficacement. « Ce Forum n’est pas une structure destinée à figurer dans de beaux rapports annuels d’activités » explique Yaël Patir, coordinatrice israélienne du Forum israélo-palestinien des ONG pour la paix. « Il a été créé à la demande d’acteurs de terrain. Auparavant, chaque organisation œuvrant pour la paix travaillait seule de son côté sans véritable coordination avec les autres et sans savoir ce qui existait déjà dans la coopération israélo-palestinienne. Avec ce Forum, les ONG constatent qu’elles sont plus nombreuses qu’elles ne le pensaient. Cela facilite les synergies et évite que les efforts se dispersent inutilement sans recueillir de résultats concrets ». La vocation du Forum n’est pas politique : il doit favoriser l’action d’ONG dont les projets visent directement la société civile. Il n’empêche que le contexte politique peut peser énormément. Ainsi, le passage d’une « colombe » comme Amir Peretz au ministère de la Défense entre 2006 et 2007 fut précieuse pour déployer leurs activités, notamment en obtenant plus facilement des permis de passage et d’entrée pour leurs partenaires palestiniens. « En dépit des nombreuses difficultés, nous avons pu rassembler à Nazareth toutes les ONG de notre Forum en 2007 », souligne Yaël Patir. « Notre prochaine grande conférence doit se tenir à Jéricho. C’est un projet risqué car l’armée peut l’annuler en dernière minute en invoquant les éternelles raisons de sécurité. Mais c’est un risque qui vaut la peine d’être pris ».
Message de paix étouffé
Guerre du Liban en 2006, coup de force du Hamas en 2007, offensive israélienne à Gaza fin 2008, autant de crises qui compliquent sérieusement la communication de ces ONG auprès de l’opinion publique israélienne. « Pendant la guerre à Gaza, nous avons continué de diffuser notre message de paix et de dialogue », fait remarquer Sarah Ozacky-Lazar, coordinatrice de projets environnementaux au Van Leer Institute de Jérusalem. « Mais nous avons tout de suite senti qu’il était étouffé par un discours patriotique favorable à la guerre. Nous souhaitions que les médias israéliens soient plus équilibrés et ne s’en tiennent pas exclusivement à la version officielle. Par notre coopération avec les Palestiniens de Gaza, nous étions conscients que la situation était grave ». Et de noter un problème de visibilité par rapport aux projets concrets, « alors qu’ils constituent justement la réponse la plus appropriée à l’affirmation fausse qui prétend qu’il n’y a pas de partenaire palestinien » poursuit Sarah Ozacky-Lazar. « Nous développons des projets à dimension humaine dont les résultats sont perçus directement par la société civile. C’est avec des projets de ce type que nous pourrons préparer les deux peuples au “lendemain de la veille” d’un futur accord de paix ». Côté palestinien, le rapport à l’opinion publique constitue également une source importante de problèmes. Il est particulièrement difficile de tenir un langage de paix et d’ouverture lorsque des civils se font tués par l’armée israélienne. Conscientes que la coexistence pacifique est une nécessité et non un luxe, les ONG palestiniennes pour la paix poursuivent leurs activités contre vents et marées. « On n’a pas besoin de militants pour la paix quand elle est déjà conclue » souligne Maysa Baransi-Siniora, co-directrice palestinienne de la seule radio israélo-palestinienne, All for Peace. « C’est quand les perspectives de paix s’avèrent particulièrement réduites qu’il faut agir et maintenir la coopération avec les ONG israéliennes ».
L’épreuve de la guerre à Gaza
Une crise aigue comme celle suscitée par la dernière intervention israélienne à Gaza n’a pas épargné non plus les relations entre Israéliens et Palestiniens au sein de ce forum d’ONG pour la paix. Si elles n’ont pas pu se réunir physiquement pour en parler, la question de la guerre a fait l’objet de nombreux débats grâce aux moyens de télécommunication modernes. Pour Saman Khoury, directeur général du Forum palestinien Paix et Démocratie et négociateur du Pacte de Genève (2003), « les débats vifs et intenses qui se sont tenus entre nous étaient nécessaires. Ils ont permis aux Palestiniens de constater que leurs partenaires israéliens comprennent bien leur situation. Même si nous n’avons pas réussi à rédiger une déclaration commune, nous avons énormément échangé et le contact n’a pas été rompu ». Les responsables des ONG palestiniennes sont pleinement conscients que les Israéliens impliqués dans la coopération et le dialogue s’opposent aux interventions militaires comme celles de Gaza. « Ils se sont exprimés à plusieurs reprises dans les médias en dépit des difficultés que cela pouvait occasionner » relève Maysa Baransi-Siniora. « Je sais qu’ils défendent fermement les droits des Palestiniens à vivre librement dans un Etat souverain. Le combat qu’ils mènent depuis longtemps en est la meilleure preuve ». Tous ces acteurs de terrain ne sont pas déconnectés de la réalité des deux sociétés. Ils ont depuis longtemps identifié les obstacles à la conclusion d’une paix définitive entre Israéliens et Palestiniens. La formule « deux peuples, deux Etats » constitue-t-elle encore la solution au conflit ? De manière unanime, ils répondent favorablement à cette question. Toutefois, il ne suffit plus de se prononcer en faveur de cette solution, soutenue par une majorité d’Israéliens. « La majorité des Israéliens sont maintenant convaincus que c’est la seule solution réaliste » analyse Yaël Patir. « Maintenant, nous devons absolument leur montrer qu’il y a moyen d’y parvenir. Bien qu’ils la souhaitent, beaucoup d’Israéliens et de Palestiniens ne croient plus que cette solution puisse se réaliser. Je pense qu’un forum israélo-palestinien d’ONG comme le nôtre leur démontre le contraire ».
Mardi 17 mars à 20h30 – conférence Forum israélo-palestinien des ONG pour la paix : pour la poursuite d’un travail commun Conférence en anglais avec traduction simultanée en français. Espace Yitzhak Rabin. Infos : 02/543.02.70 Le Centre Peres pour la Paix a 10 ans
Le Centre Peres pour la paix a fêté ses 10 ans le 26 octobre 2008. Cet anniversaire a été marqué par l’inauguration de la Maison de la paix à Jaffa. L’édifice abritera les bureaux du personnel du Centre Peres pour la paix, un auditorium de 200 places faisant face à la mer Méditerranée, une bibliothèque spécialisée sur les processus de paix, et les archives de Shimon Peres. Par les nombreuses activités qu’il déploie, ce centre s’efforce de traduire sur le terrain le projet utopique de son fondateur : la création d’un « nouveau Moyen-Orient » pacifié grâce à la coopération économique entre les pays qui le composent. Jusqu’à présent, Shimon Peres n’a pas réussi à imposer politiquement son rêve. Toutefois, avec les différents programmes qu’il conçoit et met en œuvre, le Centre Peres semble avoir trouvé un moyen non politique pour promouvoir ses idées à l’échelle citoyenne. Si ce centre n’est pas dirigé par Shimon Peres, le prix Nobel qui lui a été attribué en 1996, son statut présidentiel, et son expérience de plus de 50 ans de vie politique confèrent un cachet prestigieux et précieux à cette fondation active dans tous les secteurs de la société civile, tels que l’agriculture, la médecine, le sport, la jeunesse, le tourisme, les affaires, l’art, l’environnement et l’éducation. Le Centre Peres pour la paix est actuellement dirigé par Ron Pundak. Il appartenait à la délégation israélienne à Oslo en 1993 et a participé activement à la rédaction du Pacte de Genève (2003). Il copréside le Forum israélo-palestinien des ONG pour la paix, créé sous l’égide du Centre Peres pour la paix en 2006.
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