Le réveil inespéré du camp de la paix israélien

Le Camp de la paix est de retour. Nous ne parvenions pas à y croire avant la manifestation du 11 mai organisée par le mouvement Shalom Archav. Plus de 100.000 Israéliens se sont réunis au coeur de Tel-Aviv pour manifester en faveur de la paix, de la fin de l’occupation et du démantèlement des implantations. Ceux qui cherchent à décrédibiliser ce mouvement en qualifiant ces manifestants de traîtres doivent se rendre à l’évidence : les exigences formulées lors de cette manifestation s’inscrivent pleinement dans le projet sioniste originel selon lequel le partage de la terre permettra au peuple juif d’assurer l’existence d’une identité nationale. De plus, porteur de valeurs humanistes, le sionisme ne s’est jamais fixé comme objectif l’occupation d’une population.
Ce rassemblement pacifiste intervient justement dans un climat de régression morale et politique. Quiconque a le malheur d’expliquer le point de vue palestinien, sans y adhérer, ou de critiquer la politique gouvernementale, est vite accusé de trahison. Yaffa Yarkoni, la chanteuse septuagénaire qui galvanise les Israéliens avec ses chants patriotiques depuis la guerre d’indépendance, en a fait l’amère expérience quand elle s’est prononcée publiquement contre l’opération Rempart de protection : des extrémistes l’ont menacée de mort. Parmi ceux-ci, certains envisagent même de juger les criminels d’Oslo! D’autres n’hésitent pas à exploiter honteusement des enfants en leur demandant d’envoyer des lettres de soutien aux soldats dans lesquelles on peut lire : Mon cher soldat, fais-moi plaisir, tue le plus d’Arabes possible. Enfin, il y a la résolution du comité central du Likoud stipulant qu’il n’acceptera pas l’existence d’un Etat palestinien indépendant. Cette position démontre sans ambages que le Likoud ferme définitivement la porte à toute perspective de paix. Ce vote, qui intervient dans le cadre d’une lutte interne, n’a pas pour autant transformé Ariel Sharon en colombe. Bien qu’il préconise une position intermédiaire admettant l’idée d’un Etat palestinien vidé de sa substance, Sharon dissimule mal ses intentions de briser le mouvement national palestinien par la force. Pourtant, les experts militaires le répètent depuis des années : espérer résoudre le problème palestinien par l’écrasement militaire est une illusion dangereuse. L’enchaînement affreux d’attentats et de représailles ne peut créer de climat favorable à la négociation.
La conclusion qui s’impose aux Travaillistes est claire : la démission du gouvernement. Elle nous délivrerait d’une équivoque qui devient chaque jour moins supportable. Les Israéliens sont-ils condamnés à croire qu’ils n’ont plus le choix qu’entre la ligne du Likoud et l’impasse d’Ariel Sharon? Les Travaillistes, qui ne peuvent plus assumer une politique hostile que le Likoud exige, doivent rompre ce dilemme en prenant la tête du camp qui préfère la paix aux territoires. Ce choix est le seul qui permettra à Israël de vivre en paix et en sécurité tout en restant un Etat juif et démocratique.

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