Rien ne va plus pour le gouvernement d’Ehoud Olmert. Après la publication, le lundi 30 avril, du très attendu rapport Winograd, incriminant la responsabilité du Premier ministre et de son ministre de la Défense, Amir Peretz, dans la conduite des opérations militaires menées au Liban, durant l’été 2006, la légitimité de l’Exécutif a été très sérieusement écornée. Dans sa conférence de presse, le président de la commission d’enquête n’a pas mâché ses mots : « Nous estimons que le Premier ministre est responsable, tant sur le plan professionnel que personnel, de graves défaillances dans les décisions qui ont été prises ainsi que dans le processus qui a précédé. Le chef du gouvernement s’est forgé une opinion sans avoir pris connaissance au préalable d’un plan précis et détaillé. Il n’a pas demandé non plus qu’on lui propose une alternative et n’a pas mis en doute, comme il aurait dû le faire, les positions adoptées par l’armée. En cela, il a échoué ». L’homme fort d’Avoda au gouvernement n’a pas davantage été épargné par le juge honoraire Eliyahou Winograd : « Nous avons décelé de graves défaillances dans la direction du ministère de la Défense et Amir Peretz n’a pas pris les mesures nécessaires pour combler son manque d’expérience. Son rôle pendant la guerre a affaibli l’aptitude du gouvernement à relever les défis ». Outre le discrédit public dont Ehoud Olmert a été l’objet, ce dernier a également dû faire face à une fronde venue de son propre parti. Ainsi, Avigdor Yitzhaki, chef du groupe parlementaire Kadima, a explicitement appelé le Premier ministre à la démission tandis que Tsipi Livni, ministre des Affaires étrangères, invitait le chef de son propre gouvernement à tirer toutes les conséquences de sa mise en cause. La tentative de renversement politique ayant tourné court, c’est la rue qui se fit à son tour entendre pour réclamer l’organisation d’élections anticipées. Quelque 150.000 personnes défilèrent ainsi à Tel-Aviv à l’occasion d’une manifestation qui rassembla notamment des réservistes, des membres des familles de soldats tués durant le conflit au Liban et des étudiants. En dépit de ces différents mouvements de protestation, Ehoud Olmert est toujours en fonction et compte bien aller au terme de la législature. Espérons qu’il conduira les négociations de paix avec la même obstination que celle dont il fait preuve pour rester au pouvoir.
Vertus du système démocratique A gauche, non plus, les démissions ne se sont pas succédé. Amir Peretz, après avoir laissé planer le doute sur son éventuel départ, s’est lui aussi accroché à son strapontin ministériel. La critique est pourtant sévère, moins rude, il est vrai, pour la coalition en place que pour les hommes qui l’ont scellée. C’est la raison pour laquelle les états-majors politiques s’animent, espérant garder le cap en dépit de la tempête populaire et institutionnelle qui a failli emporter leurs chefs. Si Kadima a refait son unité, pour un temps, autour de l’héritier d’Ariel Sharon, Avoda, en revanche, est toujours à la recherche du successeur du ministre de la Défense. Parmi les prétendants, le candidat qui semble le mieux placé est bien connu des Israéliens. Ancien Premier ministre, Ehoud Barak ferait ainsi son grand retour sur le devant de la scène s’il parvenait à prendre la tête du Parti travailliste à l’occasion de l’élection interne prévue pour le 28 mai. Ce serait un paradoxe étonnant. Alors qu’il était Premier ministre, il avait en effet été très vigoureusement critiqué pour le départ précipité et désordonné des troupes israéliennes du Liban Sud, qui avaient dû se résoudre à abandonner -pour ne pas dire fuir- leurs positions sous le feu du Hezbollah plusieurs semaines avant la date prévue pour le retrait définitif de Tsahal. Plus surprenant encore. Le Hezbollah, par la voix de son chef, Hassan Nasrallah, commenta également le rapport Winograd et les conséquences multiples qu’il provoqua : « Israël est notre ennemi (…) mais il faut reconnaître qu’il est digne de respect car il reconnaît les faits en vue de réparer ses erreurs, contrairement à ce qui se passe chez nous », déclara-t-il, et d’ajouter : « Je respecte l’opinion publique israélienne qui s’est mobilisée pour sortir de la crise dans laquelle elle est plongée ». On comprend volontiers que Nasrallah reprenne à son compte le constat d’échec de la campagne israélienne du Liban, maintes fois évoqué par la commission d’enquête, pour souligner les capacités de résistance du Hezbollah à des fins de propagande intra-libanaise. Mais si les urnes devaient parler aujourd’hui en Israël, elles porteraient probablement au pouvoir une coalition beaucoup moins encline à la négociation avec le monde arabe que ne l’est le gouvernement actuel. De plus, entendre le chef du parti chiite vanter les mérites de la société démocratique de son voisin méridional laisse perplexe puisqu’il ne cherche à se prévaloir de la caution populaire que pour légitimer sa contestation du gouvernement libanais, hostile à l’ingérence de Damas. Et le sort réservé par le régime alaouite à la transparence démocratique et à la liberté d’opinion n’est pas des plus enviables, c’est le moins que l’on puisse en dire. Si les responsables politiques israéliens désignés par la commission d’enquête ont choisi de conserver leurs fonctions, leur décision est certes critiquable sur le plan de la morale publique. Mais ces calculs politiques ne doivent cependant pas occulter l’essentiel : le rapport Winograd est avant tout l’expression de la vitalité de la démocratie israélienne. La critique du pouvoir demeure, il est vrai, un exercice particulièrement rare au Proche-Orient. Toutefois, à rester lettre morte, il risque de devenir rapidement décoratif et désuet.
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