2009 commence mal

Depuis de nombreuses années, les Juifs de Belgique sont coincés dans une impasse dont il leur est difficile de sortir. Lorsque le conflit israélo-palestinien traverse une crise aigue qui se traduit par une démonstration de force d’Israël sur les Palestiniens, leurs concitoyens non juifs les interpellent et les somment de se prononcer. A se demander si les Juifs de diaspora ne sont pas considérés comme des Israéliens redevables des actes posés par leur gouvernement. Comme si leur nationalité belge et leur présence en Belgique étaient effacées. Pour être honnête, il faut admettre que dans certains cas, les Juifs eux-mêmes ne doivent pas se faire prier pour tenir ce rôle et se transformer en Israéliens de service. Deux postures sont alors adoptées.
Les uns choisissent de jouer les ambassadeurs d’Israël auprès de leur entourage et s’efforcent de justifier ses moindres faits et gestes. Dans cette optique, il s’agit d’assurer à Israël un soutien inconditionnel et de n’émettre à aucun moment la moindre critique. Cela conduira notamment à faire remarquer qu’il existe d’autres conflits beaucoup plus meurtriers qu’à Gaza. Ils
citent alors le Darfour, la Tchétchénie, l’Est du Congo… Face à l’indignation sélective dont peuvent faire preuve les contempteurs d’Israël, ils n’ont pas tort de le rappeler. On peut néanmoins regretter qu’ils mesurent les actes d’une démocratie comme Israël à l’échelle de valeurs d’un Vladimir Poutine déterminé à « buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes ». Les Israéliens n’ont jamais marqué leur adhésion à un régime autoritaire méprisant la vie. Israël est un pays civilisé dont les pères fondateurs ont même souhaité faire une « Lumière pour les Nations ».
Les autres, en revanche, choisissent de tirer à boulet rouge sur Israël, rendu exclusivement responsable de la crise actuelle. Grâce à internet, ils peuvent nourrir leurs condamnations des analyses les plus critiques publiées dans la presse israélienne.
Entre ces deux pôles, beaucoup de Juifs s’interrogent sur le rôle qu’on cherche à leur assigner, et observent avec scepticisme les rassemblements des uns devant l’ambassade d’Iran et la participation des autres à une manifestation pro-palestinienne aux côtés d’islamistes antisémites. Alors, ils choisissent le silence car ils ont le sentiment qu’il est impossible d’exprimer avec nuance ce que ce conflit tragique leur inspire vraiment. Ces Juifs sont déchirés par ce qu’ils ont vu pendant cette offensive. Comment ne pas l’être : la mort de civils innocents, quelle que soit leur nationalité, est inacceptable. Ils sont surtout tiraillés entre l’indignation face à la brutalité de l’offensive israélienne et leur attachement à Israël, ce pays qu’ils connaissent et qu’ils aiment. Cet attachement à Israël est bien réel même s’ils sont conscients que leur avenir est en Belgique. C’est pour cette raison que les dernières manifestations pro-palestiniennes à Bruxelles les ont effrayés. La nazification des Juifs y avait malheureusement étouffé la solidarité à la Palestine.
Dans ce contexte, 2009 commence sous de mauvais augure. D’autant plus que les Juifs de diaspora n’avaient pas besoin du conflit israélo-palestinien pour broyer du noir. Les exploits d’un des plus grands escrocs de l’Histoire suffisaient amplement. Lorsque la presse a précisé l’identité juive de Bernard Madoff, beaucoup de gens, juifs et non juifs, y ont vu une indélicatesse : prend-elle soin de rappeler les origines catholiques ou protestantes de tel ou tel criminel en col blanc ? Non. Pourtant, même si cela laisse songeur, cette précision prend du sens lorsqu’on apprend qu’un nombre considérable de ses victimes sont juives. Que ce soient des particuliers célèbres et anonymes, ou des institutions sociales, culturelles et éducatives, ils ont pu se rendre compte que ce cher Bernard les a bien bernés. Non seulement cette affaire constitue un cas d’école pour illustrer l’arnaque pyramidale de Ponzi, mais elle démontre à quel point les élucubrations antisémites selon lesquelles les Juifs se tiennent tous entre eux sont bien loin de la triste et banale réalité. On aura beau le répéter mais les mythes ont malheureusement la vie dure.

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