Exilé en Belgique, Halil Mohamad Abdallah Nawareh est un membre de bas niveau de la branche armée du Fatah. Et pas vraiment un « gros poisson » du terrorisme. J’espère qu’il ne souffre pas trop et que le gouvernement belge le protège. C’est tout ce que je demande. Sur les hauteurs de Daza, une petite colline située dans la périphérie de Bethléem, Maryan Ahmad Mahram passe son temps assise à côté du téléphone. Elle attend les appels de son fils Halil, envoyé en exil en Belgique après la levée du siège de l’Eglise de la Nativité le 10 mai. Ici, nous sommes tous affiliés au Fatah, explique-t-elle. Mon mari (décédé il y a vingt-trois ans, ndlr) en faisait également partie. Comme mes autres enfants. Ils se sont tous battus pour l’indépendance et Halil a poursuivi la même voie, je ne comprends pas ce qu’on lui veut.
Selon les services de sécurité israéliens, Nawareh opérait sous les ordres d’Ibraham Abayat (alias «Abou Galif»). Il aurait notamment participé à des attaques de voitures de colons circulant sur les routes de Cisjordanie ainsi qu’à des tirs sur les appartements de Gilo, un quartier du sud de Jérusalem (annexé après la guerre des Six-Jours en 1967), situé à quelques centaines de mètres de Bethléem. En outre, le Shabak (la Sûreté générale) et l’Aman (le Renseignement militaire) l’accusent d’avoir été mêlé à l’assassinat d’au moins un Israélien. En tout cas, lorsque la sortie des 250 personnes enfermées dans l’Eglise de la Nativité durant 37 jours a été négociée, ces services l’ont classé dans la catégorie des «terroristes ayant du sang sur les mains», qui n’avaient pas d’autre alternative que d’être jugés en Israël ou d’être bannis à l’étranger.
Ouvrier maçon peu éduqué (il a abandonné les études à la fin des années 80, durant la première intifada), Nawareh est aujourd’hui considéré comme un «héros de la Palestine» à Bethléem. Comme pour les 12 autres bannis et les 26 Palestiniens envoyés en «exil intérieur» dans la bande de Gaza, son portrait orne dorénavant la façade de nombreux commerces de la ville. Pourtant, avant son «fait d’armes», l’exilé ne passait pas vraiment pour un élément de pointe du Fatah. Encore moins pour combattant de première valeur. Plutôt comme un suiveur (il traînait dans l’entourage des membres de la famille Abayat) beaucoup plus intéressé par le football, par ses séances d’entraînement au club de body building ou il venait de s’inscrire, et par sa Golf d’occasion (elle a été incendiée par Tsahal avant son départ de la ville) que par l’action politique.
Dernier né d’une famille de sept garçons et de quatre filles, l’exilé ressemble en fait à la plupart de ces jeunes Palestiniens que l’on croise à Bethléem, à Ramallah, à Gaza-city ou ailleurs. Pour lui comme pour nous tous, tirer sur des Israéliens fait partie du combat quotidien contre l’occupation, explique Nasser H., l’un de ses amis devenu guide touristique. C’est tout simplement l’intifada. Une guerre est une guerre, non? Il n’y a rien de mal à défendre sa terre. Et de poursuivre : Des gens comme Halil, il y en a des centaines. Ici, tout le monde à une arme à la maison. Depuis que les Israéliens (il dit «les Juifs», ndlr) ont évacué la ville, beaucoup d’entre nous ont acheté une nouvelle arme puisque l’on en trouve comme on veut, malgré le bouclage. D’une manière ou d’une autre, nous avons tous ouvert le feu sur Gilo. Le fait que Halil soit exilé en Belgique ne changera pas le fait que cela recommencera à un moment ou à un autre.
En réalité, Halil Mohamad Abdallah Nawareh correspond parfaitement au type de «terroriste» que le gouvernement voulait accueillir en Belgique : un combattant mais pas un «trop dangereux» pour éviter les ennuis avec Israël (qui veut toujours demander son extradition) et avec les organisations palestiniennes (qui auraient pu exiger sa libération en menaçant de commettre des attentats). Quoi qu’il en soit, la mère du banni va bientôt demander l’autorisation de se rendre à Bruxelles pour rencontrer son fils. Il n’est pas sûr qu’elle l’obtiendra.