La caricature : miroir de l’antisémitisme

Au nom de l’antisionisme, l’ouvrage remarquable que Joël et Dan Kotek viennent de publier aux Editions Complexe démontre de manière incontestable que les caricatures anti-sionistes s’inspirent de l’antisémitisme tradition-nel, de l’iconographie chrétienne moyenâgeuse, de la rhétorique anti-dreyfusarde ou nazie. Une étude sans concession que Joël Kotek a accepté de nous préciser. Votre livre fait parler de lui, il suscite intérêt et commentaires… Vous attendiez-vous à une telle réaction?
L’accueil qui est réservé à ce livre nous semble dû au fait qu’il était à la fois attendu et nécessaire : il pose sur l’actualité brûlante de l’antisémitisme un regard singulier, il répond aux questions que beaucoup se posaient sans pouvoir y répondre parce qu’ils n’avaient pas à leur disposition la bonne grille de lecture. Le bon marqueur. Regain de l’antisémitisme en Europe? Certains en doutaient encore! Propagande antijuive à l’oeuvre dans les pays arabo-musulmans? Et dans certains milieux de gauche! D’aucuns ne voulaient pas y croire… Notre livre les oblige à voir la réalité en face… à partir de quelques caricatures…

Votre enquête commence à Durban. Pourquoi Durban?
A Durban, à l’automne 2001, se déroule une conférence censée lutter contre le racisme et qui tourne vite à la chasse aux Juifs. On y distribue notamment des caricatures violemment antisémites. Dérapage? C’est ce que plaident d’aucuns! Pour en savoir plus, nous nous lançons dans un voyage de plusieurs mois dans la presse arabo-musulmane. Et là, nous constatons que non seulement les dessins diffusés à Durban ne sont pas le fait du hasard, mais qu’il s’en publie tous les jours, et de bien pires encore, dans tous les médias musulmans… Ceux qui avançaient la thèse du faux-pas en Afrique du Sud en sont pour leur frais. Nous sommes bien ici en présence d’une propagande orchestrée et cohérente. Ce qui nous a à la fois étonnés et alarmés, c’est que cette propagande reprend un à un les thèmes de l’antisémitisme développé en Occident depuis le Moyen Age jusqu’à la période nazie…

Par exemple?
L’idée d’un complot juif mondial en vue de dominer le monde était étrangère à la pensée musulmane jusqu’à date récente. Elle ne l’est plus. De même que l’accusation de meurtre rituel, de libelle de sang, d’association avec le diable. Ou encore de déicide… Les caricaturistes musulmans représentent les Juifs comme le faisaient leurs homologues nazis : nez et doigts crochus, dos voûté, cheveux crépus, etc. Araignée, pieuvre, cochon tout est bon pour les représenter. En diabolisant les Juifs, les élites musulmanes, et leurs amis de la gauche européenne, empruntent la pire des voies qui soit. La haine est toujours la pire des conseillères. Avec Plantu, qui a signé l’avant-propos de notre livre, nous pensons que ce n’est pas sur de telles bases que se construira la paix.

Propos recueillis par Sarah Lavan

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