Israël/Palestine – La Paix Maintenant!

Du 3 au 7 décembre, le Cclj organise, en collaboration avec Shalom Archav, un colloque international sur le conflit israélo-palestinien et les nouveaux espoirs de paix après le «Pacte de Genève». Celui-ci devrait être signé à la fin du mois de novembre par Yossi Beilin, ancien ministre israélien de la Justice, et Yasser Abed Rabbo, ministre palestinien de l’Information. Trois ans après le déclenchement de la seconde intifada, Israéliens et Pales-tiniens sont dans l’impasse. Crises économiques et poli-tiques, attentats-suicides et représailles sanglantes sont devenus le quotidien des deux populations. Le colloque con-duira une réflexion globale sur la nécessité de relancer le processus de paix et le danger de l’importation du conflit israélo-palestinien en Belgique. En préambule, Regards ouvre ses colonnes à quatre de ses intervenants. SIMON EPSTEIN
Directeur de recherche au Centre international Vidal Sassoon pour l’Etude de l’Antisémitisme, Université Hébraïque de Jérusalem

Quelles sont les particularités des récentes manifestations d’antisémitisme?
Cette nouvelle vague d’antisémitisme se compose de deux caractéristiques nouvelles. Premièrement on assiste à des violences physiques et verbales exercées principalement par des jeunes issus de l’immigration arabo-maghrébine. Il faut garder à l’esprit que ce phénomène de violence a resurgi essentiellement en France, en Belgique et aux Pays-Bas, qui accueillent des communautés musulmanes d’origine maghrébine. Par comparaison, les pays accueillant des communautés musulmanes non maghrébines comme l’Allemagne ou l’Angleterre, n’ont pas connu de telles vagues. Deuxièmement, on assiste au déferlement d’un antisionisme tout à fait démesuré de la part du monde politico-médiatique. Cet antisionisme démonise les Israéliens et présente les communautés juives comme les défenseurs d’une politique israélienne abominable. Le Palestinien est devenu un symbole absolu auquel les jeunes d’origine arabo-maghrébine, souvent nés en Europe, peuvent facilement s’identifier à la fois sur un plan national et religieux. A titre d’exemple, cette référence identitaire n’aurait jamais pu fonctionner avec les Bosniaques ou les Tchétchènes.

Quel regard portez-vous sur l’antisionisme et sur les relents d’antisémitisme qui se développent dans les milieux altermondialistes et l’extrême gauche?
Les Juifs de gauche doivent se mobiliser contre ces courants, il n’est pas normal d’exiger d’Israël ce qu’on ne demande pas aux autres Etats, notamment en matière de lutte contre le terrorisme et de légitime défense. La compassion bouleversante dont fait preuve une partie de la communauté internationale et cette manière de présenter les Palestiniens comme d’incessantes victimes faisant partie d’une population idyllique tient plus de la haine d’Israël que de la compassion à l’égard de la cause palestinienne. Je suis outré que certains milieux de gauche puissent faire des analogies entre la situation actuelle à Jénine et le ghetto de Varsovie. Cette banalisation de la Shoa correspond à une nouvelle phase d’un antisémitisme issu des milieux de gauche.

LUC DARDENNE
Réalisateur

Pour quelle raison avez-vous co-signé avec votre frère une Carte blanche publiée en mars dernier sur l’antisémitisme?
Nous avons été abasourdis par certaines prises de position d’intellectuels et d’hommes politiques depuis la seconde Intifada, notamment sur les attentats-suicides, et par la solitude de la communauté juive face à certains propos. En outre, nous avons été déçus par la manière dont certains responsables politiques instrumentalisaient la loi de compétence universelle et focalisaient leur attention sur le possible procès d’Ariel Sharon. Cette passion anti-Sharon était surtout un moyen détourné d’attaquer l’Etat d’Israël en niant son caractère démocratique.

Comment expliquez-vous la montée du sentiment anti-israélien à l’heure actuelle?
Je vois deux facteurs. Premièrement, la résurgence de préjugés antisémites correspondant à la fin d’une culpabilité européenne liée à la Shoa, et deuxièmement, la Conférence de Durban sur le racisme qui a légitimé une certaine vision des droits de l’Homme ouvertement anti-israélienne et qui démonise Israël. Décrire le sionisme comme une doctrine raciste permet de conforter un nouvel antisémitisme en le revêtant du sceau de la légitimité des droits de l’Homme, comme le décrit très bien Alain Finkielkraut dans son dernier livre Au nom de l’Autre, Réflexion sur l’antisémitisme.

Pensez-vous que les pouvoirs politiques ont suffisamment dénoncé la montée de l’antisémitisme?
Etant proche des socialistes depuis toujours, j’ai vraiment été déçu par la manière dont ils ont pris position sur le conflit au Proche-Orient et par leur conformisme anti-israélien. Je suppose que l’électorat musulman et le syndrome Jospin du 21 avril jouent un rôle dans cette volonté de rejoindre le courant humanitariste-altermondialiste-antisoniste qui a le vent en poupe aujourd’hui. Je déplore que cela se fasse au détriment d’un débat public qui montrerait les liens étroits existant entre l’antisionisme et l’antisémitisme, et qui permettrait au PS de rester le pôle de la gauche qui refuse les amalgames.

AVI PRIMOR
Ancien ambassadeur d’Israël et vice-président de l’Université de Tel-Aviv

Quelles sont les perspectives de paix au Proche-Orient?
Elles sont hélas assez sombres. Nous sommes face à une situation où les Américains ne s’engagent pas ou alors du bout des lèvres, et où les gouvernements israéliens et palestiniens ne font rien. D’un côté, les Israéliens ne veulent renoncer ni aux territoires occupés, ni aux colonies qui continuent à se développer. De l’autre côté, on a un gouvernement palestinien qui lance des messages ambigus. Nous ne savons pas ce qu’ils veulent, ni s’ils veulent vraiment mettre fin au terrorisme. Malgré la noirceur de la situation, il faut cependant souligner les mouvements d’humeur au sein des deux populations palestinienne et israélienne, qui même si pour le moment ne perçoivent pas la possibilité d’un changement, finissent par se dire que l’on ne peut pas continuer de la sorte indéfiniment et qu’il faut mettre un terme à la violence. A l’avenir, cette mobilisation des deux peuples peut avoir un impact et bousculer leur gouvernement respectif.

Que pensez-vous du Pacte de Genève récemment élaboré par des personnalités de la gauche israélienne et leurs homologues palestiniens?
Cette déclaration commune prouve que les deux populations ont réalisé que le vieil adage «Pas d’alternative, Pas d’interlocuteur, Pas de solution» est erroné. Il y a moyen de trouver un compromis en modifiant la politique actuellement menée, même si cet impact ne peut être envisagé qu’à long terme. Le camp de la paix a été mis à mal lors du déclenchement de la seconde Intifada. Après avoir perdu trois ans à se dire que de nouvelles négociations n’étaient plus possibles, les partis de gauche reprennent espoir et occupent à nouveau leur rôle d’opposition à la politique menée par le gouvernement d’Ariel Sharon. Néanmoins, la situation actuelle ne pourra se débloquer qu’avec l’aide du gouvernement américain, qui a des moyens de pression énormes sur les deux camps et qui seul peut relancer et imposer un nouveau processus de paix. A mon sens, les Américains n’entreprendront rien avant 2005, avant les élections présidentielles. Restera alors à voir quelles seront la composition et les priorités en matière de politique étrangère de la nouvelle administration américaine.

DAN BITAN
Directeur de Shalom Archav Israël

Comment analysez-vous la situation actuelle au Moyen-Orient?
Il n’y a plus de processus de paix, la situation est gelée et la feuille de route ne ressemble plus guère qu’à une lettre de bonnes intentions. Néanmoins, le Pacte de Genève a rendu l’espoir aux deux camps et a influencé l’opinion publique. Il prouve qu’il existe entre nous un socle commun de propositions de paix, que les négociations sont possibles, que les Palestiniens peuvent faire des compromis notamment en renonçant au droit au retour et qu’il existe des partenaires et des solutions, ce que la droite n’a pas cessé de nier ces trois dernières années.

Le parti travailliste représente-t-il une alternative au gouvernement d’Ariel Sharon?
Théoriquement oui, mais pas pour l’instant, elle est trop divisée et trop faible. On parle souvent de la création d’un parti social-démocrate qui regrouperait le Meretz, une partie du parti travailliste avec des gens comme Amram Mitzna ou Avraham Burg et d’autres formations de gauche pour créer une réelle alternative politique.

Comment voyez-vous l’avenir de Shalom Archav, mis à mal par trois ans de conflit?
La seconde intifada a enclenché énormément de peurs, de frustrations et de haines poussant les populations à se radicaliser et à généraliser. L’opinion publique est devenue sourde à notre discours et à celui de la gauche. Il y a eu pas mal de manipulations tendant à dire que l’ensemble des erreurs avait été commis par le camp palestinien et que tous les Palestiniens étaient des kamikazes en puissance. Il faut dépassionnaliser et rationaliser le débat. Et même si nous ne pouvons pas modifier pour l’instant l’opinion publique israélienne, notre devoir est de tout faire pour encourager le dialogue et toutes les formes d’initiative en faveur de la paix.

Colloque Israël/Palestine – La Paix Maintenant!
Du 3 au 7 décembre 2003 à l’Espace Yitzhak Rabin
Informations et réservations : 02/543.02.70
info@cclj.bewww.cclj.be

Programme du colloque disponible sur http://www.shalomarchav.be

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