Tout part d’une amitié, entre l’auteur Joost Loncin, rédacteur au journal Het Volk, et un ancien enfant caché, Jacky Borzykowski, journaliste de la TV israélienne, abandonné par sa mère fin 1942 sur un banc, rue des Tanneurs, dans le couloir de L’Entraide des Travailleuses, une institution catholique d’assistance médico-sociale aux habitants nécessiteux du quartier des Marolles. Jacky veut connaître son passé d’enfant caché et après avoir lancé un appel à témoins dans son journal, Joost mène l’enquête. Il retrouve Marcelle de Meulemeester, la femme qui a recueilli son ami à la crèche de l’Entraide pour l’héberger à Bruges en 1943, ainsi que Gabriel, un autre enfant juif, caché par les soeurs de Meulemeester avec Jacky et deux autres ketjes juifs des Marolles… Grâce à Joost, Jacky rencontre Marcelle et Gabriel, retrouve son passé… Ce «miracle de Hanoucca» pousse le journaliste flamand à recueillir des témoignages, à rassembler des documents pour nous restituer le contexte historique et social du sauvetage de son ami. Il en tire un reportage historique remarquable (Rafle dans les Marolles : Quatre enfants juifs sauvés de la Shoah, Editions Versant Sud) qui nous donne une vision nouvelle de la traque des Juifs à Bruxelles.
C’est une histoire de gens ordinaires qui ne se soumettent pas à l’histoire et prennent des décisions héroïques dans des circonstances chaotiques. Une histoire des Juifs de Bruxelles et des Marolles, ce quartier enclavé entre les boulevards élégants et le Palais de Justice, où en 1836 le tisserand juif Jacob Katz fonda la Ligue belge pour le suffrage universel dans le café «A l’Agneau Bleu». Un quartier à la population remuante d’artisans et d’ouvriers, le coeur de la vie populaire bruxelloise, lieu d’accueil de tous les immigrés… 4.000 Juifs habitaient les Marolles avant la guerre…
Vie quotidienne du Shtetl des Marolles, exode, registre des Juifs, étoile juive, rafles et trains pour Auschwitz…
Dans ce récit émouvant d’un sauvetage extraordinaire, Joost Loncin nous retrace la chronologie de la «Solution finale» à Bruxelles et nous décrit avec précision l’organisation des réseaux de solidarité qui permettront à Jacky et à beaucoup d’autres enfants juifs d’échapper à la déportation. Il faut souligner aussi la qualité des documents publiés par l’auteur et, en particulier, des nombreuses photos qui nous identifient ces familles juives des Marolles anéanties par les nazis et immortalisent tous ces visages de ketjes juifs menacés d’extermination.