Figure incontournable de la gauche israélienne, Avraham Burg, ancien président de la Knesset et négociateur israélien des accords de Genève, sera au Cclj pour une conférence exceptionnelle le 6 mai prochain, à 20 h 30. On le dit ambitieux, carriériste, imbu de lui-même, bref un homme politique comme on se les représente traditionnellement. Et cependant, Avraham Burg ne mérite pas ce soupçon autant que nombre de ses pairs. Après tout, s’il avait montré patte blanche, s’il s’était montré plus souple, plus conciliant, plus « politique », il eût été, à coup sûr, ministre en 1992 et en 1999 lorsque les travaillistes revinrent aux affaires. Il n’en fut rien : cavalier seul, il ne faisait partie ni des proches de Rabin, encore moins de ceux de Barak, et ces deux derniers le lui ont bien rendu. Il sut alors prendre la bonne distance : ni trop près du pouvoir, ni trop loin non plus. Une première fois comme directeur général de l’Agence juive, puis la seconde, comme président de la Knesset, élu contre les voeux de Barak, qui avait propulsé son propre candidat en vain.
Qu’on se le dise : Burg n’est pas de ceux dont on fait les courtisans. Il serait plutôt un oiseau rare dans la politique israélienne. Les avis peuvent bien être partagés à son égard, nul ne peut dire de lui sans le calomnier qu’il est opportuniste. Son parcours le démontre : fils de Yossef Burg -l’inamovible chef de file du parti national religieux-, il aurait pu aussi bien tirer parti de cette filiation pour entreprendre une carrière morne et sans éclat. A une époque où partis et public religieux rompaient définitivement avec la gauche après des années de collaboration, Avraham Burg annonçait avec fracas son adhésion au parti travailliste. Le parti lui tendit les bras : ce n’est pas tous les jours qu’un homme portant la calotte sur la tête franchissait les portes de la dernière citadelle laïque. Cependant, Burg n’entendait pas être le « religieux de service »; en dépit d’un premier échec, il compte bien être, un jour, le numéro un.
«Le néo-soinisme tue le sionisme»
Cet objectif, légitime en politique, ne l’empêche guère d’opérer actuellement une métamorphose. En fait, ses positions idéologiques et stratégiques, sur le fond, n’ont guère varié : il est l’un des signataires de l’initiative de Genève, l’un des seuls à réclamer la Séparation de la Synagogue et de l’Etat, et le plus fermement opposé à une nouvelle coalition avec le Likoud. Seulement voilà, le ton a changé : les travaillistes ayant trop trempé dans l’ambiguïté, dans la demi-mesure, dans le flou, dans la compromission avec la droite, Burg ne craint pas de hausser le ton, de se montrer incisif souvent, excessif parfois, tranchant et mordant. Ils ont été des gestionnaires de la chose publique, Burg, lui, voudrait leur faire retrouver le sens et la pugnacité du combat politique.
Il sait de quoi il parle : il reconnaît, lui aussi, avoir longtemps succombé aux charmes du consensus. Mais l’heure est grave, très grave même. Il y a, pour lui, péril en la demeure. Pour qui sonne le glas? Pour toutes les valeurs qui ont animé non seulement la gauche travailliste, mais le sionisme historique. C’est pourquoi il ne supporte plus le flirt avec le pouvoir si la conquête de celui-ci ne répond pas à une réelle envie de changer l’état des choses, l’état des esprits, en somme l’état d’Israël et l’état des Israéliens.
Pour incarner l’alternance d’une manière crédible, Burg ne craint pas, ne craint plus de rompre les liens avec la doxa ambiante, avec les règles du bien-parler : si le sionisme aujourd’hui, c’est Netsarim et Kyriath-Arba, il n’hésite guère alors à se déclarer anti-sioniste. Tel quel : ni post-sioniste, ni a-sioniste, mais bien antisioniste. Autrement dit, le néo-sionisme des implantations tue le sionisme. Mais Kyriath-Arba est une contrefaçon, un faux, un assassinat du sionisme fondateur. C’est ainsi qu’il faut interpréter le titre qui lui valut les foudres de tant de lecteurs juifs indignés. Ce n’était pas dans son esprit un ultime enterrement, un congé définitif donné à des convictions d’antan, mais un constat lucide et critique pour dénoncer un sionisme défiguré par une situation coloniale, et un appel ardent et éloquent à revenir aux sources humanistes qui avaient inspiré Herzl et la Déclaration d’Indépendance.
En ces temps incertains, il y a dans la vigueur de sa parole une mise en garde, des accents quasi-prophétiques qui méritent d’être entendus. Son labeur est une tâche de Sisyphe. Sera-t-il écouté? Et d’abord, dans son propre parti si prompt à rejoindre le gouvernement?
Avraham Burg
Israël aujourd’hui : entre politique et histoire
Jeudi 6 mai à 20 h 30
Espace Yitzhak Rabin
Infos : 02/543.02.70