Précédant les commémorations officielles en Belgique du 30 janvier, une grande cérémonie internationale, réunissant de nombreuses délégations gou-vernementales, Sa Majesté le Roi Albert II, les présidents d’Israël, de Pologne, de Russie, etc. commémorera le 27 janvier, à Birkenau, le 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz. Dans ce cadre, le Congrès Juif Européen organise à Cracovie Let My People Live, rencontre internationale entre jeunes et survivants (dont Elie Wiesel). Les derniers témoins disparaissent. Le «devoir de mémoire» nous aidera-t-il à vaincre la haine raciale qui, à nouveau, agite l’Europe? Dès 1940, les nazis soumettent les Juifs vivant en Belgique à une série de mesures discriminatoires visant à isoler et à déposséder une population dont la majorité ne jouit pas de la nationalité belge. L’occupant crée ainsi le «ghetto de papier» préalable à la mise en oeuvre de la «Solution finale» en Belgique. Après l’ordonnance sur le port obligatoire de l’étoile, ce processus entre dans sa phase meurtrière, à l’été 1942 : les convocations pour «mise au travail» à l’Est sont suivies de rafles menées par les nazis et leurs auxiliaires belges à Anvers et Bruxelles. Rassemblés à la caserne Dossin de Malines, la plupart des victimes de la traque des Juifs seront déportés à Auschwitz…
Ouvert au printemps 1940, dans une ancienne caserne, à Oswiecim, petite ville de Pologne où depuis le Moyen Age vivait une communauté juive (50 % des habitants en 1939), le camp d’Auschwitz devient progressivement un vaste complexe associant à l’univers concentrationnaire, camps de travail et centres de mise à mort. Construit à l’origine pour les prisonniers de guerre soviétiques fin 1941, Auschwitz II-Birkenau devient un lieu d’extermination des Juifs dès mars 1942… La construction d’énormes installations couplant chambres à gaz et crématoires fait de Birkenau une «usine à tuer» à partir du printemps 1943. C’est là que sont assassinés en masse les Juifs déportés de Belgique, de France, des Pays-Bas, de Grèce, de Hongrie, dans ce lieu inconnu aux confins de l’Europe occupée! Jusqu’en janvier 1945, plus d’un million d’enfants, femmes, hommes, Juifs et Tziganes, déportés raciaux de toute l’Europe y trouveront la mort.
Au terme de la sélection effectuée sur la rampe, dès la descente des trains, enfants, personnes d’âge, femmes enceintes sont envoyées au gaz. Les hommes et femmes jugés «valides» sont tatoués sur le bras et enregistrés au camp. Répartis dans les nombreuses industries et kommandos du vaste complexe concentrationnaire, ils serviront d’esclaves aux nazis pour être exterminés par le travail et soumis à des sélections régulières qui enverront au gaz les plus faibles et les plus malades d’entre eux. Au moment le plus intense du génocide, à l’été 44, lors de la déportation à Birkenau des Juifs de Hongrie, plus de 20.000 personnes sont assassinées chaque jour. Face à la progression des armées soviétiques, les SS tenteront d’éliminer les traces de ces crimes contre l’Humanité et démonteront les crématoires avant de les faire sauter en janvier 1945.
Du 4 août 1942 au 31 juillet 1944, 28 convois transportent 25.257 déportés raciaux de la caserne Dossin à Malines à Auschwitz. Les deux tiers sont gazés à leur arrivée et n’entreront jamais au camp. Les autres viennent grossir le nombre de détenus du complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau : seuls 1.207 d’entre survivent à leur détention, aux Marches de la Mort et à la véritable hécatombe dont sont victimes tous les prisonniers des camps de concentration situés au centre du Reich durant les longues semaines qui précédent la victoire finale des alliés sur le nazisme au printemps 1945, en particulier les déportés juifs…
Le tailleur et son Shtetl
Tailleur de métier, Abraham Potezman est né à Pinczow, petite ville entre Kielce et Cracovie, comptant 50 % d’habitants juifs jusqu’en 1939. En 1992, il accompagne son fils Gérard, en Pologne, pour revoir son Shtetl. Abraham y retrouve un ancien camarade de classe, Jan Gorecki. Conservateur du musée local et grand amateur de photographie, Jan garde la clé de la synagogue du XVIe siècle. Il n’y a plus de Juifs à Pinczow mais de ce voyage sur les lieux d’un monde disparu naît tout un projet. Abraham, sa femme Sarah -enfant cachée- et leur fils réalisent Le jour ne se lève plus à Pinczow, un film original, transposition audiovisuelle d’un livre de mémoire, alternant photos du Shtetl disparu et séquences filmées lors du retour des Potezman à Pinczow. La famille se mobilise ensuite pour restaurer la vieille synagogue en ruines, cherche des fonds, retrouve d’autres survivants originaires de Pinczow, en Israël et aux Etats-Unis… Aujourd’hui, la synagogue restaurée, arrache à l’oubli le passé juif de cette petite ville de Pologne. Le 1er février, à l’occasion des commémorations de la libération d’Auschwitz sur la RTBF, dans «Les années belges», Bernard Balteau nous évoquera le travail singulier et fascinant des Potezman.