Comparaison n’est pas raison

La Shoa représente un traumatisme douloureux pouvant susciter chez les Juifs des angoisses et des peurs terribles, surtout lorsqu’il s’agit de faire face à l’adversité. Certains, souvent hantés eux-mêmes par le souvenir de l’extermination de leur famille, ont politisé la Shoa. Menahem Begin n’a cessé de l’exploiter dans ses combats politiques. L’invocation de la Shoa va devenir la pierre angulaire du credo des mouvements ultra nationalistes religieux n’hésitant pas à scander que la politique des territoires contre la paix entamée par Yitzhak Rabin se situe dans le droit-fil de l’inscription placée au-dessus du portail d’Auschwitz «Arbeit macht Frei». D’autres, tout aussi outranciers, ont même écrit sans trembler que cette politique, qui ramène Israël aux «frontières d’Auschwitz», conduit le pays vers une piège mortel.
De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l’exploitation politique de la Shoa à l’égard du conflit israélo-palestinien. A titre d’exemple, il suffit d’évoquer la lettre ouverte d’Amos Oz au titre mémorable Hitler est déjà mort, Monsieur le Premier ministre parue dans le quotidien populaire Yediot Aharonot en pleine guerre du Liban. Dans ce texte, ce romancier israélien s’est opposé ouvertement à l’assimilation entre Arafat et Hitler opérée par Menahem Begin. Ni Amos Oz ni d’autres figures de la gauche sioniste ne cherchent à remettre en cause l’importance de la Shoa dans l’identité juive. Bien au contraire. Pour ceux-ci, cet événement traumatique est et demeure une réalité ineffaçable. En raison des angoisses terribles qu’elle suscite chez les Juifs, on ne peut mêler sans cesse la Shoa au conflit israélo-arabe. Elle appartient à un autre lieu et relève d’une autre sphère. Si on mélange tout, on risque alors de donner à la Shoa une signification falsifiée.
Malheureusement, l’exploitation idéologique de la Shoa a fait son apparition en Europe dans des milieux soutenant activement la cause palestinienne où certaines personnes retournent la mémoire de la Shoa contre les Juifs en accusant les Israéliens d’infliger aux Palestiniens ce que les nazis leur ont infligé il y a soixante ans. Il n’est pas rare de lire dans des courriers de lecteurs que la Shoa n’autorise pas les descendants des victimes de s’ériger en bourreaux. Une députée européenne belge n’hésite pas à comparer la situation dans les territoires occupés aux camps de concentration! Elle ne se gêne pas pour répéter ces propos lors de la commémoration de la journée de la terre organisée le 27 mars à l’Espace Senghor et ironiser sur la perplexité du journaliste lui faisant remarquer qu’elle exagère. L’évocation du drame palestinien dans les termes du génocide des Juifs met en exergue une ignorance militante. L’occupation israélienne et l’humiliation quotidienne qu’elle fait subir aux Palestiniens ne sauraient se comparer à la tentative d’extermination de la Shoa.
En se livrant à ces amalgames grossiers, non seulement ces militants pro-palestiniens compromettent la noble cause qu’ils défendent, mais ils se coupent totalement du camp de la paix israélien. Ses militants, qui s’opposent à la politique du gouvernement Sharon, n’ont en effet jamais caché leur irritation face à des procédés qu’ils ont dénoncés par le passé, et ce à plus forte raison, lorsqu’il est question de nazifier un pays qu’ils aiment et une société dont ils font pleinement partie.

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